Vendredi 6 janvier 2012 5 06 /01 /Jan /2012 02:15

gerry-portrait.jpgJ’aimerais, en guise d’introduction, souhaiter à vous tous, qui me faites l’honneur de lire mes billets sur mon blog, sur mes nombreux profils de réseaux sociaux, sur les sites internet d’information togolais ou dans la presse écrite locale, une bonne et heureuse année 2012. Je ne demanderai pas au Tout Puissant de vous accorder santé, succès, prospérité et longévité, mais simplement le bonheur. Pour moi, le bonheur est ce petit rien qui peut vous surprendre à tout moment, même dans l’épreuve, même dans la douleur, et qui vous procure une sensation de plénitude proche de la communion avec le Créateur. Ce sentiment est rarement durable, mais  puissions-nous être plus souvent heureux en 2012.

Pour moi, l’an 2011 a été particulièrement riche en évènements. Sur le plan personnel, les éditions l'harmattan ont été implantées au Togo, et nous avons publié nos premiers auteurs, qui désormais vont être vendus à l’international. Jaguar Security, ma société, a atteint le chiffre de 250 personnes casées dans des métiers de sécurité, en plus de la centaine que j’emploie localement. Notre showroom installé sur le boulevard circulaire commence aussi à attirer de la clientèle, faisant de ma petite personne un employeur ravi, qui galère cependant pour finir ses fins du mois. Mais c’est dans l’air du temps au Togo. Sans les marchés publics, nous les PME allons continuer encore un temps à avoir des fins de mois difficiles.

Sur le plan national, ce que je retiens est la tenue des audiences de la CVJR. Comme je l’ai déjà dit, je n’ai jamais cru que cette commission nous réconcilierait plus que nous ne le sommes actuellement. Je doutais même de sa mise en action. Mais je me suis trompé, et tout le mérite revient à Monseigneur Barrigah qui a fait preuve de ténacité et de courage sur un dossier aussi sensible. Même si aucun présumé bourreau n’a répondu de ses crimes, les victimes ont pu soulager leur conscience. Tout le mérite des audiences se trouve là. Le résultat est maigre, mais pour les victimes, énorme.

L’an 2011 a vu aussi tomber trois mythes. Le mythe de l’inviolabilité du statut des députés avec l’exclusion des députés proches de l’ANC de l’assemblée nationale, le mythe de l’inviolabilité de la famille Gnassingbé avec le procès de Kpatcha Gnassingbé et coaccusés, et le mythe de l’inviolabilité du nord, supposé fief du parti au pouvoir, avec les émeutes dans la ville de Kara et les manifestations des élèves dans d’autres villes importantes du nord. Je ne reviendrai pas sur ces trois mythes, j’en ai abondamment parlé dans mes précédents billets.

Mais l’an 2011, c’est aussi cette tout autre triste réalité, malheureusement passée inaperçue, et qui concerne le nombre de pauvres au Togo. Selon le représentant résidant de la banque mondiale au Togo, le nombre de pauvre a augmenté de 500 000 au Togo. Ce chiffre est effarant. Il représente 8% de la population. L’équation est simple. Avec 3.7% de croissance économique, nous avons en parallèle une croissance de la pauvreté de 8%, plus du double. C’est comme si nous faisions un pas en avant, et deux en arrière. Si on cherche un argument objectif servant à démontrer que notre pays est dans l’impasse, je crois que ces chiffres sont assez significatifs.

 

Alors, que nous réserve l’année 2012 à mon avis ?

 

L’année dans laquelle nous sommes devrait être avant tout celle de la décentralisation. Il s’agit d’un processus long, complexe et périlleux, tant il peut faire renaitre les démons des conflits ethniques dans certaines localités à forte population allogène. C’est pourquoi il faut dès maintenant commencer la sensibilisation, et les préparatifs administratifs (découpage électoral, construction ou location des locaux partout où il n’y avait pas de mairie, de conseil préfectoral ou de gouvernorat).

C’est aussi l’année des réformes. Certes, le CPDC a du mal à asseoir sa crédibilité, mais nous n’avons encore rien en échange. La seule condition pour que ces réformes passent dans les meilleurs délais, c’est la volonté politique de Faure Gnassingbé. Comme je l’ai souvent répété ici, Jerry Rawlings a doté son pays d’institutions fortes alors qu’il n’avait pas une vraie opposition en face. Si le président veut, nous pouvons faire toutes les réformes en moins d’un mois, il a une assemblée nationale acquise à sa cause pour cela. Mais ne nous trompons pas, 2012 devrait être l’année des institutions fortes  (parlement, justice surtout tribunal administratif, cour des comptes, médiateur de la République, conseil économique et social…),de la transparence des scrutins (code électoral, mode de scrutin, découpage électoral…) ou du chaos. Les secousses sociales que nous avons ressenties en 2011 ne sont que les prémisses d’un tsunami qui couve, impétueux et imprévisible.

L’année 2012 devrait aussi être celle d’un nouveau type d’engagement : celui de la jeunesse aux instances de décision. En 1990, ceux qui ont mené à bras le corps la lutte pour la démocratie dans notre pays avaient notre âge. Ils avaient la fougue et l’insouciance que confère la jeunesse, et l’espérance qu’impose le combat contre une dictature. Vingt ans plus tard, il faut leur rendre hommage, et faire un travail de mémoire pour qu’on ne les oublie pas, surtout ceux qui ne sont plus. Mais vingt ans plus tard aussi, la donne a sensiblement changé. En 1990, nos ainés criaient liberté. En 2012, le mot de ralliement ne saurait plus être le même, car sur ce registre nous avons réalisé des avancées importantes, quoique incomplètes. L’ennemi du Togolais aujourd’hui s’appelle précarité (emploi, santé, sureté, formation, loisirs…). Pour combattre la précarité, la solution passe forcément par une meilleure gestion des ressources existantes, et une capacité à générer la richesse par la création d’emplois et la promotion du secteur privé. Pour ce faire, on retourne au point de départ, il faut des institutions fortes, une bonne gouvernance, et une communauté d’intérêts à l’échelle de l’action politique. L’expérience de ces vingt dernières années a montré que nos ainés des deux bords, sont restés figés dans une attitude qui sans doute était logique en 1990, mais impossible à défendre en 2012 : la prédation du pouvoir. En effet, depuis les débuts d’implantation de la démocratie dans notre pays, le RPT et ce qu’il en reste s’est cantonné dans la logique de conservation du pouvoir, pour sa valeur de trophée, et n’a orienté toutes ses actions qu’à renforcer son emprise sur celui-ci, quitte à aller contre l’intérêt supérieur de la nation. L’opposition quant à elle s’est employée exclusivement à ravir le sésame au RPT, souvent au détriment des maux récurrents que vivent les Togolais. Le résultat est là, palpable : depuis une vingtaine d’années, notre pays donne l’impression de s’être immobilisé. C’est dorénavant aux jeunes Togolais de montrer la voie. Parce qu’ils sont les plus nombreux, (60% de la population) ils sont mieux placés pour exprimer et comprendre leurs besoins. Parce que depuis longtemps, on les a utilisés comme du bétail électoral, il faut qu’ils donnent de la voix, car ils sont faiseurs de rois.

L’engagement de la jeunesse ne peut se faire que par une voie : une participation en tant qu’acteur incontournables aux futures élections à venir dans notre pays (locales et législatives). Il ne s’agit pas d’un vœu, mais d’un impératif. Dans les futurs conseils municipaux, conseils généraux ou régionaux, dans la future assemblée nationale, il faudra qu’y siègent de nouvelles personnes, issues d’appareils politiques inédits, ou de lobbies récents. Pour imprimer la rupture, et ramener le discours politique vers le citoyen. Mais ne nous y trompons pas. En 2012, ces jeunes ne feront pas des miracles. Ils ne domineront aucune instance, ils ne seront majoritaires dans aucun conseil, mais il faudrait qu'ils y soient, s’ils veulent insuffler à notre pays un nouveau départ dans dix ou quinze ans. S’ils ne le font pas cette année, plus ils attendront, et plus les années qu’ils mettront pour changer les choses dans ce pays le jour où il se décideront, s’allongeront. Mais ils sont seuls à pouvoir gagner ce pari. Ce sera nous aujourd'hui, ou nos cadets demain, mais ce sera les jeunes, car les ainés, certes avec de bonnes intentions, se sont trompés d’adversaires. Ils ont passé leur temps à se battre pour le pouvoir, alors qu’il fallait combattre pour le peuple. Le pouvoir, c’est le peuple.

Tous les jours, je scrute les médias, je sonde mes interlocuteurs, et je me désespère à trouver chez les jeunes, chez nous, cette prise de conscience conduisant immédiatement à l’action.  C’est bien dommage, car avec le délitement des anciens partis monolithiques (UFC, RPT), la période s’apprête bien à ce que d’autres fauves sortent des bois.

Pas de doute possible, cette année, tout peut recommencer, car nos plus belles victoires sont nos combats.

 

Hello world. Aux Togolais, soyez heureux. Normal, vous êtes Togolais.

Par Gerry - Publié dans : Coups de coeurs - Communauté : blogueur africains
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Mardi 13 décembre 2011 2 13 /12 /Déc /2011 03:35

http://img.over-blog.com/222x166/5/05/06/62/inscription-devant-le-services-des-impots.JPG

Monsieur Gerry TAAMA

De Kara, je vous écris[1]

Je vous écris cette lettre pour que vous la publiiez sur votre blog, et dans les journaux, car vous, on vous connait. Vous êtes venus à plusieurs reprises nous faire des formations à Kara, et comme vous-même vous avez fréquenté à Kara, je sais que vous connaissez nos problèmes, et si vous parlez, les gens vont vous écouter un peu.

Je ne sais pas par quoi je vais commencer. Bon, moi, je suis étudiant en troisième année à l’UK. Mon propre  frère a eu sa maitrise de géographie depuis quatre ans. Actuellement, il aide quelqu’un à faire Zemidjan[2] les samedi et dimanche à Bassar. Nous sommes quatre chez notre père. Ma grande sœur s’est mariée à un béret rouge à Kara ici, mon petit frère est en terminal, et la benjamine est en troisième. Nous sommes de Kabou. Notre maison est à l’entrée du village, en venant de Kara.  Mon père est cultivateur, ma mère est ménagère, une fois par semaine, elle prépare le Tchakpa[3] pour vendre au marché. J’ai fréquenté jusqu’au BAC à Bassar, et j’étais parmi les meilleurs de ma classe. Au Bac 2008, j’étais parmi les cinq premiers du lycée, en série D, avec 10,25 de moyenne. Vous allez dire que cette moyenne n’est pas forte, mais dans notre classe, sur 45 élèves, nous étions 8 seulement à réussir, et j’étais le seul à passer d’emblée. En 3e, j’avais eu 15 de moyenne, pour aller en seconde, mais au lycée, les cours sont plus compliquées, et  nous n’avons pas de livres, aucune annale pour préparer les examens. Si quelqu’un amène une annale, tout le monde se jette dessus et au bout d’un trimestre, ça devient un chiffon.

Monsieur Gerry TAAMA, la première question que je vous pose, c’est de me dire si avec 10,25 de moyenne là, je peux avoir bourse de l’excellence. Parce que ceux qui sont à Lomé, et les enfants de riches, eux, au BAC, ils ont 14 et  15 de moyenne. Ce n’est pas qu’ils sont plus intelligents que nous, mais ils ont les annales, des répétiteurs, ils ont le courant à la maison le soir, ils ont internet. Il faut demander au ministre si avec ma moyenne là, je peux avoir la même bourse que celui qui a 14. Et mes compagnons qui ont passé oral, mais qui sont dans les dix premiers de mon lycée. Ils vont avoir la bourse ou pas ?

Bon, je passe. Comme je le disais, voici trois ans que je suis à l’UK. Avant, monsieur Gerry, nous on se disait que le jour où on sera étudiant, ça va être le paradis. Pour venir à Kara, c’est ma sœur qui m’a envoyé un peu d’argent pour le taxi, et quand je suis arrivé, j’ai passé trois mois à dormir chez elle, dans le salon parce qu’on ne trouvait pas de chambre dans les cités. Ici à l’UK, nous sommes plus de 10 000 étudiants, je ne sais pas combien de chambres il y a mais c’est moins de 1000. Si tu vas à la cité même, tu vas voir comment les camarades vivent là bas, toi-même tu vas avoir les larmes aux yeux. Ils sont parfois quatre dans une pièce où deux personnes ne peuvent même pas dormir. C’est grâce à tranche d’aide là, 35 000F que j’ai loué une pièce à 3000F à Dongoyo, avec une ampoule, pour rester et aller au campus. Donc, M Gerry, depuis trois ans, c’est avec les aides là (80000 par an), que je paie le loyer, que je me nourris, que je me déplace, c’est même dans ça que je paie l’écolage de mon petit frère qui est au lycée. M Gerry, dites-moi, est-ce que le ministre là, il réfléchit même ? Comment il peut vouloir supprimer les aides. Il veut qu’on abandonne les études, après avoir fait souffrir nos parents qui se sont privés de tout pour nous scolariser.  C’est l’Etat qui dit qu’il faut aller à l’école, après, non, pardon, je ne voulais pas m’énerver, mais est-ce que le ministre là même a ses enfants à l’université ici ?

Ici, tu dois te lever à 4heures pour courir au campus, pour espérer trouver une place dans la salle. Si tu veux une place assise, il faut partir à 2heures. Si tu attends le bus, c’est que tu vas rester dehors. À partir de la deuxième année, tu deviens nomade, parce que tu ne sais jamais dans quelle salle tu vas suivre le cours. Le délégué se promène et cherche les salles, dès qu’il trouve une de libre, il faut courir vite, sinon, une autre faculté va la prendre. Parfois, il y a devoir et vous ne faites rien parce que les feuilles manquent, ou il n’y pas de polycopies. Pour frère les recherches, hum, M Gerry. On dit que nous avons une bibliothèque. Si vous-même vous rentrez dedans, vous allez sortir plus bête même, car les livres qu’on trouve là bas, c’est des vieilleries qu’on a jeté en France et quelqu’un a ramené pour nous donner. Ils disent qu’ils ont mis un cyber à l’université. Si vous allez dans le cyber là, pour ouvrir votre boite même, vous pouvez allez chez vous préparer la pâte manger revenir, ce n’est pas encore ouvert. Comment on peut travailler dans de telles conditions, M Gerry.

Ils disent que nous avons cassé des choses. Hum ! Nous n’avons encore rien cassé. Ce qui s’est passé ici à Kara, c’est le commencement. Comment vous pouvez comprendre que nous, vos enfants, vos petits frères, on nous impose quelque chose qui va détruire notre avenir, nous on manifeste pacifiquement, et on enferme nos délégués, on nous envoie les militaires nous gazer. Tout ça a commencé avec notre président, M Tchagbélé. Moi, je n’ai jamais vu un homme méchant comme ça. Il n’y a pas de restaurant universitaire. Tous les étudiants mangent au bord de la route. Même ici, sur le campus, il y a une école primaire (je vous jure que c’est vrai) et en récréation, on se retrouve avec les petits à acheter Ayimoulou. Alors qu’il n’y a pas de restaurant, lui, il se promène partout pour dire que le restaurant fonctionne. M Gerry, tout ce que je vous ai décrit comme condition de vie là, est-ce que vous pouvez dire que l’étudiant à Kara vit bien? Lui, partout où il va, il dit que tout va bien à Kara. Depuis trois ans, on demande qu’on le change, mais on ne sait pas comment il a attaché les gens, personne ne le touche. Mais M Gerry, l’homme là est trop mauvais. Un de nos professeurs est mort ici, et les étudiants ont demandé le bus pour accompagner le corps, il a refusé. On lui a même dit, donne le bus, on va mettre le carburant, il a refusé. Est-ce qu’un homme peut être méchant comme ça, même contre les morts ?

Quand le ministre a parlé à la télévision disant que les aides seront supprimées, nous, on a décidé de manifester pacifiquement. Les deux premiers jours, tout s’est bien passé. Le troisième jour, les militaires ont enfermé nos délégués. Le préfet était venu négocier avec nous au campus, on l’a attrapé là bas. Des camarades ont attrapé M Tchagbélé aussi. Hé, M. Gerry, vraiment, les gens là, ils ne sont rien quoi. Si vous voyez comment les étudiants les obligeaient à dire certaines choses et eux aussi ils répétaient, on ne dirait pas que c’est les gens là qui nous narguaient tous les jours. Chuan ! ce ne sont même pas des garçons. Heureusement qu’on a libéré nos délégués, sinon, ils allaient voir ce qu’ils allaient voir.

On dit que nous avons cassé les choses. Honnêtement, moi, même, je ne suis pas pour les casses, parce que ce qui appartient à l’État, c’est pour nous tous. Mais c’est qu’ils nous ont cherchés. Au quatrième jour, nous, nous étions sortis pour aller au campus pour manifester encore, et là, il y a avait des militaires, bon, des gendarmes et des policiers partout. Ils ont commencé à nous balancer des grenades lacrymogènes. Certains camarades se sont mis en tenue rouge, couleur de danger, et c’est là que la bagarre a commencé. Hum, les policiers là, ils pensent que nous sommes à Lomé où ils poursuivent les gens et ils courent. Ici, nous sommes des garçons, des vrais. On s’est organisé, et nous-mêmes on les attaqué. Hé, M Gerry, c’est ici que j’ai vu sodja courir aussi. Bon, en vérité, c’est eux qui ont cherché, parce que s’ils nous avaient laissé aller au campus, on allait faire notre marche tranquillement, mais comme ils ont tout bloqué, à la fin, ce ne sont plus les étudiants qui manifestaient, mais c’est tout Kara qui était sorti. C’est là que la casse a commencé. Moi, je ne pense pas que ce sont les étudiants qui ont cassé, parce qu’avant on faisait nos manifestations et personne ne cassait rien, mais quand ils ont commencé à arrêter les gens, la population est rentrée dedans. Il fallait voir, les bonnes femmes nous versaient l’eau sur le corps à cause du gaz. Des gens même nous ont donnés carburant pour allumer les pneus. Les enseignants mêmes étaient avec nous, et nous avons fait sortir les élèves des lycées et collèges, qui nous ont suivis.

J’entends les gens dire que ce sont les politiciens qui nous manipulent. Il faut demander à ces gens là que lorsqu’on meurt de faim, il faille attendre que quelqu’un vienne vous manipuler avant de chercher à manger. Je suis d’accord que des gens ont profité de la pagaille pour faire aussi du bruit. Mais il faut vous renseigner chez ceux qui sont à Kara ici, est-ce quand avant on manifestait pacifiquement, quelqu’un appelait le nom de Kpatcha ou insultait Faure. Les gens de la ville sont rentrés dans les manifestations et tout a dérapé. Mais même avec ce que les gents ont écrit et dit, il faut que nos dirigeants se posent des questions. Trop, c’est trop.

M Gerry, vous savez, c’est ici, à Kara que le RPT fait les meilleurs scores lors des élections. Après, quand on a fini de les élire, ils reviennent ici, même bonjour vous les saluez, ils ne répondent pas. Pendant la campagne, ils viennent verser l’agent en pagaille ici. Un mois après, même 25F tu cherches pour manger tu ne trouves pas. Moi, je vous demande, est-ce que c’est bien que nos frères, ceux-là mêmes qui ont fréquenté cadeau dans ce pays, nous réservent un tel sort ? Ils viennent nous dire chaque année que si les opposants viennent au pouvoir, on va renvoyer nos frères du sud, même si je reconnais que nos opposants là, ils ne valent même pas la peine, eux-mêmes, ils font quoi pour nous ? On est à Kara ici, tu finis l’université, tu ne trouves pas de travail. Tu ne peux même pas descendre à Lomé parce que tu ne connais personne là bas. M Gerry, si vous revenez à Kara, je vais vous montrer le nombre de chômeurs avec des diplômes universitaire ici, vous allez pleurer quoi.

Bon, M Gerry, je vais m’arrêter ici. Si vous publiez ma lettre, il faut me dire, je vais monter ça à mes amis. Dites à ceux qui disent que nous sommes des bandits que les étudiants de Kara ne sont pas des bandits. On a toujours manifesté pacifiquement. Mais quand on nous attaque, nous aussi, on répond. C’est dommage pour tout ce qui a été cassé là, mais s’ils avaient pris l’argent de gaz lacrymogène là, ils auraient payé les aides à quelques étudiants, et on n’aurait rien cassé.  Dites bien à tous ceux qui disent qu’ils veulent supprimer l’aide aux étudiants de Kara que s’ils font ça, c’est tout le campus qui va se vider, car sans les aides, on va rentrer au village. Mais comme on n’a rien à faire au village, nous, on les attend ici.

 

 

[1] J’ai reçu cette lettre d’un étudiant de Kara. Elle a atterri dans ma boite, et je ne suis absolument pas en mesure de dire si l’identité rattachée est réelle. Ce serait le cas d’ailleurs que je ne le dévoilerai pas. Je me suis permis, partout où il semblait nécessaire, d’y faire quelques corrections.

 

[2] Moto taxi

 

[3] Boisson locale

Par Gerry - Publié dans : Info togolaises - Communauté : blogueur africains
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Vendredi 2 décembre 2011 5 02 /12 /Déc /2011 01:03

http://photo.europe1.fr/infos/international/laurent-gbagbo-reste-campe-sur-ses-positions-refusant-de-ceder-aux-pressions.-930620-356893/5998207-1-fre-FR/Laurent-Gbagbo-reste-campe-sur-ses-positions-refusant-de-ceder-aux-pressions.-930620_scalewidth_630.jpg

Monsieur le président ;

Dès le mois de décembre, alors que le président Gbagbo s’était fait investir président de la république Ivoirienne, et vous avait confiné au Golf-hôtel, j’avais le plus sérieusement au monde demandé à m’engager auprès des forces qui vous défendaient. Tel un volontaire des Brigades internationales, je voulais servir – et peut-être mourir – pour la démocratie. Les personnes contactées m’avaient fait savoir que les seules possibilités pour le faire serait de rejoindre la rébellion au nord de la Côte d’Ivoire, ou de retourner dans notre armée nationale, et espérer qu’on me renvoie à Abidjan. Je n’ai jamais eu l’âme d’un rebelle, et la liberté dont je jouissais depuis que j’avais quitté l’armée m’était trop précieuse pour la jouer sur un tel engagement. Je vous ai donc défendu avec une autre arme : ma plume. J’ai multiplié les articles, lettres ouvertes et interventions dans les médias pour dire mon amour pour votre pays, et ma conviction de votre victoire. Ceci m’a certes valu la perte de certaines amitiés d’armes, mais j’étais persuadé qu’il fallait que vous accédiez au pouvoir pour dire à tous ces présidents africains prédateurs de pouvoir dans leur pays, au détriment du suffrage de leur peuple que désormais, une page s’ouvrait sur notre continent.

Finalement, vous avez atteint votre but, notre but à nous tous qui croyions défendre à travers vous, la démocratie en Afrique. Personnellement, je n’ai pas aimé la façon dont vous avez atteint cet objectif. J’aurais tant aimé que la seule pression internationale vienne à bout de Gbagbo et de son régime. J’aurais tant aimé que le printemps arabe ait été d’abord ivoirien. Mais dans votre confrontation avec votre rival, vous aviez un atout, que peu d’opposants ont en Afrique : vous aviez une rébellion bien armée, et plutôt motivée de votre côté.

Ces rebelles-là, je les ai connus, j’ai su apprécier leur courage, jauger leur ténacité, mesurer leur valeur guerrière. J’ai, durant les quatre mois passés dans la zone Zuenoula, - Bouaflé -  Kounahiri Mankono, comme officier de l’arme blindé du contingent togolais de l’ONUCI 1, appris à évaluer les forces en présence. Cette acuité m’a donc permis, dans un jeu de guerre à distance, d’anticiper l’évolution du conflit militaire, jusqu’à l’arrivée des FRCI aux portes d’Abidjan. J’ai prié pour que vos troupes s’emparent toutes seules du bastion de Gbagbo, et circonscrire le conflit à la cote d’Ivoire. Mais comme les événements le démontreront plus tard : mal armées et insuffisamment entrainées, elles se sont montrées incapables de s’emparer du palais présidentiel, vous réduisant à accepter l’intervention d’une troupe étrangère, n’arborant pas pavillon onusien, pour finir le travail.

Monsieur le Président, avec tout le respect que je vous dois, et toute l’amitié que j’ai pour l’armée française à qui je dois ma formation saint-cyrienne, c’était la première erreur. Que n’avez-vous pas appliqué la vieille tactique vieille comme le monde du siège, pour contraindre votre ennemi à sortir de son bunker une fois les provisions consommées, puisque vos troupes avaient complètement coupé toutes les issues de ravitaillement des assiégés ?.

Mais comme le dit l’adage, la fin justifie les moyens. La capture de Gbagbo équivalait pour moi à l’instauration de la paix. Les boucantiers allaient investir la place et ramener la joie comme on le dit à Abidjan. Pour moi, l’essentiel était là. Le peuple ivoirien que j’ai connu et appris à aimer durant six mois est non seulement industrieux, mais optimiste et joyeux. Il suffisait que les armes se taisent et la vie allait reprendre.

Et je ne me suis pas trompé. Moins d’une année seulement après la fin des hostilités, Abidjan, votre capitale a renoué avec sa vitalité légendaire. L’activité économique é été relancée avec une célérité qui est tout à votre honneur. Vous avez su remettre, avec fermeté et doigté, votre pays sur le chemin de la prospérité. Sur le plan social par exemple, vous avez, grâce aux  soins médicaux gratuits, réalisé une avancée plus impressionnante que des pays baignant dans la stabilité depuis longtemps. Même sur le plan politique, alors que l’on s’était attendu à une immense chasse aux sorcières, la réconciliation a été votre leitmotiv. Plusieurs de vos ennemis d’hier sont devenus vos collaborateurs. La commission Vérité et Réconciliation, composée de sommités au dessus de tous soupçons (je pense notamment à Drogba) ont accepté s’investir dans cette périlleuse quête de la paix des cœurs.

Alors, qu’avez-vous à faire ça, monsieur le président ? Qu’avez-vous à déporter Gbagbo, ainsi que le faisaient jadis les colonisateurs, des rois africains qu’ils n’arrivaient à soumettre par le simple pouvoir des armes ? Vous aviez redressé les institutions de votre pays, redonné de l’aplomb à votre appareil judiciaire, et bientôt, vous compléterez ce tableau par la constitution d’une assemblée nationale plurielle, où je m’attendais à ce que vous pesiez de tout votre poids pour la participation du FPI à ce scrutin. Votre système judiciaire est-il si mauvais pour connaître des crimes commis sur son sol ? Si mes chiffres sont exacts, le second tour des élections présidentielles vous ont crédité de 54% de voix. Il faut donc croire que 46% de votre peuple a porté son choix à celui que vous envoyez, comme le plus vil des criminels, dans un tribunal où il a autant sa place que vous, monsieur le président, car, n’eût été votre entêtement à arracher ce pouvoir par la force – au lieu d’attendre les effets des sanctions internationales et la négociation  – les 3000 Ivoiriens que nous pleurons aujourd’hui seraient encore en vie. Le départ des présidents tunisiens, égyptiens et du Yémen montrent que la pression populaire, doublée d’un activisme diplomatique, a plus facilement raison des dictateurs.

Monsieur le Président, que n’avez-vous pas attendu la composition de l’Assemblée nationale pour que les députés se penchent sur la nécessité d’envoyer Gbagbo au CPI ? Que n’avez-vous pas demandé l’opinion de votre peuple par l’organisation d’un référendum pour savoir ce qu'il veut faire de son ancien président, en dehors d’un procès national ? Gbagbo est-il pire que Hissène Habré, qui coule de jours heureux au Sénégal, sur les cadavres des milliers de Tchadiens. Gbagbo est-il pire que Moubarak, El Béchir, Savimbi, Saleh, et toute cette liste infinie de présidents qui sont confortablement installés à la tête de leurs États, après avoir massacré des milliers de compatriotes pour y accéder ? La Cote d’Ivoire est-elle moins souveraine que la Libye, qui malgré un engagement total de l’OTAN auprès des rebelles pour renverser le régime de Kadhafi, a farouchement refusé de livrer Saif-Al Islam, pourtant recherché par le CPI ?

Ne voyez-vous pas qu’en agissant ainsi, vous donnez raison à tous ceux qui voient en cette cour pénale, un instrument au service non seulement des vainqueurs, mais surtout d’un occident dont vous vous faites le plus loyal serviteur ? Ne voyez-vous pas, monsieur le président, que par cette décision, vous éloignez du continent les droits de l’homme et tous les bienfaits contingents, par un indigeste mélange de genre, où le règlement de compte et la justice forment un couple à la morale douteuse ?

Monsieur le Président, je ne vous adresse pas cette lettre. Et je serai bien aise que vous ne la lisiez jamais. Car je préfère conserver de vous l’image d’un grand homme que le monde aurait eu la chance de voir diriger un pays si déterminant pour l’avenir d’une partie de l’Afrique. Je vous voyais tel un Mandela, un dalai-lama, un Ang San Suu Kyi, un Gandhi. Mais à votre place, aucune de ces personnes n’aurait envoyé Gbagbo au CPI. Ils l’auraient sans doute fait jugé, en prenant soin de lui assurer un procès équitable, et si jamais il était condamné, ils l’auraient gracié dans les plus brefs délais, au nom de la réconciliation nationale.

Voyez-vous monsieur le président, je n’aime pas les africanistes, ces personnes qui sont persuadés que l’Afrique est une entité contre laquelle le méchant Occidental complote sans arrêt. Je ne suis pas non plus panafricaniste. Pour moi, il y a entre le Togolais que je suis et le Hottentot namibien, autant de points communs qu’on en trouve entre un Sénégalais et un Inuit de l’Alaska. Je suis plutôt citoyen du monde. Parce qu’aujourd’hui les droits de l’homme et la démocratie sont des valeurs universellement partagées, je n’éprouve aucune raison de m’identifier à une région de la planète, où en dehors de ces seules valeurs-là, tout nous distingue les uns des autres. Gbagbo se voulait panafricaniste. Dans une longue lettre adressée à Me Koffigoh, président de la commission électorale de l’UA en Cote d’Ivoire, et fervent défenseur de Gbagbo, j’ai dénoncé la duplicité de cette identité. Il n’en reste pas que depuis son incarcération à Korhogo, tous les africanistes et certains panafricanistes s’identifient à Gbagbo. Du prédateur de pouvoir qu’il était à mon sens au départ, il serait devenu une victime de cette hydre géante appelée franceafrique. Aujourd’hui, en le déportant comme vous l’avez fait, loin de sa famille, de ses amis, loin de 46%  d’Ivoiriens qui l’ont choisi comme président, vous en faites un martyr. Et alors qu’il y a seulement quelque mois, je n’imaginais jamais être réduit à une telle extrémité, je vais hurlez à l’unisson avec tous ces jeunes Ivoiriens, Togolais, Béninois, Africains à la recherche de leur identité et en quête de héros : Vive Gbagbo. Lui, malgré sa roublardise, sa duplicité et sa sournoiserie, avait une idée de la Côte d’Ivoire. Et je crois, en le suivant sur son chemin de croix, qu’il l’aime réellement, ce pays. Il vit avec cette terre une aventure passionnelle. Voilà pourquoi il a accepté d’aller aux élections, alors que les rebelles n’étaient pas désarmés et que rien que pour ce motif, il aurait pu continuer à maintenir le statu quo.

Monsieur le président, l’objet de cette lettre que vous ne lirez jamais est ma déception. Déception d’un pauvre gars qui avait cru en vous, et découvre, ahuri, que le pardon que vous professez à longueur de journée ne s’adresse pas à tous vos compatriotes. Déception de voir qu’alors qu’il a sacrifié toute son existence sur l’autel de la politique en Cote d’Ivoire, Gbagbo n’aura pas le repos dont bénéficie Bush ou Blair, pourtant reconnus comme responsables d’une guerre injuste en Irak,  où des dizaines de milliers de personnes ont perdu la vie.

Je me suis permis donc d’emprunter à  Emile Zola cette expression devenue légendaire: J’accuse : Mais qui est-ce que j’accuse donc ? Je ne saurais vous le dire.  La bible nous rapporte qu’alors qu’une femme était accusée d’adultère, et qu’il fallait, en application d’une loi hébraïque la lapider, les pharisiens allèrent demander à Jésus ce qu’il pensait du châtiment. La bible rapporte que Jésus leur fit la réponse suivante. Que celui qui n’a jamais pêché lui jette la première pierre. Monsieur le président, je crois qu’avant de déporter Gbagbo à La Haye, vous auriez dû demander au Seigneur tout Puissant d'inspirer votre décision. Je n'aurai point été étonné qui vous serve la même réponse. Que celui qui n'a pas sur les main le sang d'un Ivoirien envoie le premier Gbagbo au CPI.

Par Gerry - Publié dans : Coups de gueule - Communauté : Les relations Europe Afrique.
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Lundi 7 novembre 2011 1 07 /11 /Nov /2011 22:36

http://www.afriscoop.net/journal/IMG/arton317.jpgDepuis près de deux semaines, le débat fait rage, et tiens en haleine les quelques Togolais qui ont encore de l’énergie à suivre les débats politiques. Quid du régime politique au Togo ? Chacun y va de sa théorie, de son argumentaire. À écouter tous les acteurs, leur proposition serait le seul remède à l’instabilité politique au Togo.

Mon opinion sur le sujet est très simple. Quel que soit le régime choisi, si les acteurs politiques sont de bonne foi, la stabilité peut être retrouvée. Ma seconde opinion est que pendant que la misère est la chose la mieux partagée au Togo, nos politiques nous fatiguent avec ces histoires qui peuvent trouver solution en une journée, pour peu que le bon sens soit au rendez-vous.

Par contre, s’il fallait donner mon avis sur le type de régime politique utile au Togo, je dirai avant tout le type de régime qu’il ne faut pas au Togo.

Dans un premier temps, il peut être utile de présenter les choix possibles. Comme nous vivons déjà dans une république, disons que nous avons majoritairement le choix entre un régime présidentiel, un régime semi-présidentiel (qui est une variante du régime parlementaire dualiste) et un régime parlementaire. Je ne vais pas m’appesantir dans la description de ces régimes, puisque j’expliciterai les raisons pour lesquelles je préfère l’un aux deux autres.

Je ne pense pas que le régime parlementaire soit le plus indiqué pour le Togo. En théorie, c’est mon préféré, puisqu’il permet une répartition harmonieuse des pouvoirs, en autorisant notamment les représentants du peuple à jouer un rôle majeur dans la conduite des affaires de la cité. Le parlement (monocaméral ou bicaméral) vote les lois et contrôle l’activité d’un gouvernement issu du parti majoritaire en son sein.  En cas de blocage sérieux, le gouvernement peut dissoudre le parlement tout en espérant retrouver une plus grande majorité aux élections suivantes. Le parlement de son côté peut voter une motion de censure ou de défiance pour faire chuter le gouvernement.  

Dans le cas togolais, je vois deux handicaps se profiler à l’horizon. Le premier est que nous sommes un peuple de tradition présidentielle. La fonction présidentielle est presque un mythe, un des fondements de notre nation. La première république elle-même, qui avait un régime parlementaire, n’a pas osé se contenter d’un premier ministre, mais a élu un président, car sous nos cieux, cette fonction (institution) incarne un prestige irrécusable. Un premier ministre a quelque chose d’éphémère et d’incomplet. La seconde raison est que le régime parlementaire ne viendra pas changer grand-chose à ce qui se fait déjà chez nous. Nos députés attendront toujours de l’exécutif l’introduction de projets de loi, qu’ils se contenteront de voter. Si les élections législatives de 2007 avaient été celles d’un régime parlementaire par exemple, les députés RPT auraient donc continué à jouer à la caisse d’enregistrement, alors que ceux de l’UFC et du CAR se contenteraient de voter contre tous les projets de loi, sans faire d'autres propositions (de loi). Le seul changement, c’est que Faure aurait été responsable devant le parlement, au lieu de se mettre à l’écart et y envoyer Houngbo,  comme c’est le cas actuellement.

Le régime semi-parlementaire tel qu’il est appliqué au Togo et en France est à mon avis une sacrée peau de banane. S’il a un régime qu’il ne faut surtout pas (ou plus) expérimenter, c’est le régime semi-parlementaire, parce qu’avec les égos démesurés et les esprits revanchards que nous avons sous nos cieux, le jour où il y aura cohabitation, ce sera le blocage de nos institutions. Mais alors un blocage sérieux, car celui-ci concernera et l’exécutif et le législatif. Vous imaginer l’ANC avoir la mojorité au parlement et disposer d’un premier ministre, pendant que Faure est au pouvoir, ce serai un remake du 21 décembre 91, sans aucune possibilité d’y échapper, car les uns et les autres voudront marquer leur terrain et montrer leur puissance.  La seule situation dans laquelle le régime semi-présidentiel est acceptable, c’est celle où les élections législatives et présidentielles se déroulent au même moment (ou l’une aussitôt après l’autre), et les mandats législatifs et présidentiels sont de même durée. Ainsi, le président élu a toutes les chances d’avoir une majorité au parlement, et ainsi conduire sa politique dans de bonnes conditions. Dans ce cas, nous revenons au régime parlementaire, avec des députés paresseux, qui enregistrent ou qui rejettent les projets de loi.

Le troisième régime, qui a mon adhésion (uniquement compte tenu de 20 ans d’expérience de la démocratie) est le régime présidentiel. Dans celui-ci, il a y’ a une séparation stricte des pouvoirs. Les pouvoirs exécutifs et législatifs tirent tous les deux leur légitimité du suffrage universel, et n’ont pas d’action l’un sur l’autre. Le président ne peut pas dissoudre le parlement, le parlement ne peut pas révoquer le président. Même si dans certains cas, comme aux États-Unis, les deux chambres, par le mécanisme de l’empeachement, peuvent révoquer un président, c’est uniquement lorsque sa responsabilité pénale est engagée, et non politique. De même, toujours aux États-Unis, le président, par son veto, peut refuser de promulguer une loi. Les interactions s’arrêtent là. Les fonctions des deux pouvoirs sont bien distinctes. Le parlement vote les lois, et l’exécutif les eh bien, les exécute. Je reste persuadé que pour éviter le présidentialisme ambiant dans notre pays, et faire de nos députés de vrais acteurs de notre jeune démocratie, ce régime est le plus indiqué pour nous. Le chef de l’État n’aura plus, comme c’est le cas dans le régime semi-présidentiel, à s’abriter derrière un premier ministre, pour justifier l’inefficience de sa politique. La fameuse théorie de fusible, qui me parait scandaleuse dans une démocratie où un homme est pourtant élu en fonction de son programme politique, ne sera plus qu’un délicieux souvenir. Mais pour moi, le plus grand intérêt de ce régime, c’est la mise au travail des députés, qui devront dorénavant se retrousser les manches pour produire des lois et voter les crédits.

À la rentrée parlementaire de notre assemblée nationale cette année, j’ai été écœuré d’entendre son président dire ouvertement, et sans vergogne aucune, que les députés étaient pressés de recevoir les projets de loi du gouvernement pour les faire voter et faire avancer le pays. Si nous passons au régime présidentiel, ce genre de discours sera un lointain souvenir, pour le bien de tous. Et ne nous y trompons pas. Nos deux voisins de l’est et de l’ouest sont des modèles de stabilités dans la sous-région. Et ils ont adopté tous les deux ce régime politique. C’est peut-être un signe.

Par Gerry - Publié dans : Info togolaises - Communauté : blogueur africains
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Mercredi 2 novembre 2011 3 02 /11 /Nov /2011 23:05

Voila plus d’un mois que l’association Actions et Territoires( que je dirige) a prévu une tournée dans la région de la Kara pour des communications sur le thème : Auto-emploi, entre perspectives et réalités.  La ville de Kara est déjà coutumière des actions de l’association : une formation sur les blogs, une autre sur la sécurité informatique, et une dernière sur les réseaux sociaux. Cette fois, l’association a tenu à monter un peu en gamme : emmener des chefs d’entreprise vers les jeunes, pour un partage d’expérience, de vécu et de rêve, aussi.

Initialement, je devrais être accompagné de 3 personnes ayant une certaine expérience dans le domaine de l’entreprenariat, finalement, il ne m’en restera qu’un seul (les autres ayant été empêchés au dernier moment). Mais Flavien Ottou a de l’allant, de la volonté et de la disponibilité, on sera donc deux pour quatre.

 

Kara, les TICs plus prisés que l’auto-emploi.

  Parti de Lomé vers 8h, le véhicule me crée encore des soucis à hauteur de Notsé. Compresseur grillé, et fumées envahissant l’habitacle. Mais cette fois-ci, pas de court-circuit. Il faudra se passer de la climatisation, et tenter de rallier Kara avec trois bougies hors de course pour être à l’heure. Je serai obligé de refaire le plein à Sokodé, mais à 15h30, Kara nous tend les bras.

La formation a lieu au cyber-café des sœurs de la providence. Nous avons simplement réservé tous les postes, et nous payerons donc le coût des connexions. Comme il fallait s’inscrire pour suivre la formation, la salle est comble, mais rien de déborde. Le bureau d’ACT-Kara a bien travaillé. La formation sur les « blogs, mode d’emploi », se déroule dans la convivialité. Le seul bémol est la connexion internet. Elle est quasi inexistante. Il parait que depuis une semaine, Togo-telecom a un souci dans la région. Je me connecte en wifi sur mon Galaxy Android pour faire passer le cours. Heureusement que l’abonnement Internet Mobile de Togocel fonctionne plutôt bien. Nous mettons un terme à la seance à 18h. Ils ont compris, et sont plutôt comblés.

 

  Une heure plus tard, à 19 heures, nous sommes à la salle de réunion des affaires sociales. Cette fois-ci, c’est le grand jeu. Je m’attendais à avoir de l’affluence, mais la salle est à moitié vide. Je suis un peu surpris, mais les jeunes qui sont là paraissent motivés. Avec Flavien, nous déroulons la séance. Parlant de mon expérience et de mon vécu, j’espère insuffler une nouvelle dynamique aux jeunes. Dans le groupe, une seule femme.

Un moment, j’ai une inspiration et je demande à l’ensemble, ce que chacun ferait s’il recevait un million de francs cfa d’un promoteur. Je réalise tout de suite qu’il y a un problème. Personne n’a jamais vraiment pensé à cette éventualité, pourtant, tout le monde se plains du manque de moyens pour monter son, affaire. Finalement, quelques  réponses fusent. Commerce, commerce, et commerce.  Une seule personne propose la fourniture de services. L’ANPGF, qui m’a demandé de faire un petit sondage, ne sera pas content.  L’agence ne finance pas le commerce.

 

Niamtougou, la claque

 

Nuit passée dans les nouvelles chambres de l’évêché. Elles sont petites quand même, les chambres, mais bon, dormir dans une maison du Seigneur reste une bénédiction.  La communication sur le même thème a lieu à Niamtougou. Parce que le distributeur de la BTCI est en panne, j’ai toutes les peines du monde à faire face aux dépenses générées par la panne de voiture. Heureusement que le relationnel est là.

9h15, Niamtougou, salle polyvalente au centre ville. Il y a à peine une dizaine de personnes. Qu’à cela ne tienne, même avec deux personnes, nous passerons la communication. Surtout qu’une présence m’honore particulièrement : celle de M Ragouena, père d’un ami, et grand acteur du développement de Niamtougou. Nous aurons même le passage du secrétaire général de la préfecture, envoyé par le préfet pour prendre contact et voir ce que nous faisons. Je trouve ça correct.

Finalement, en tout et pour tout, 18 personnes originaires de Niamtougou suivront la communication. Mais ils semblent emballés, et c’est l’essentiel. A ma question de savoir ce qu’ils feront d’un million de FCFA pour monter une affaire, c’est la même typologie de réponses, le commerce. Acheter des articles pour vendre ailleurs.

A 12h 25, c’est fini, et il faut retourner à Kara achever la réparation de la voiture, tout en espérant qu’une banque soit ouverte.

 

Siou : On peut être prophète chez soi.

Ici, ce sont les miens Le spectacle que je découvre en me garant dans la cour de l’hotel ENA me coupe le souffle. La place est noire de monde. On y trouve de tout, des jeunes, certains sont même en complet kaki, et des moins jeunes. Plusieurs centaines de personnes. Je suis ému. Après tous ces déboires, cette mobilisation est un baume au cœur.  Donc j’y vais carrément, d’autant plus que je me revois, dans le regard de ces gamins, il y a une vingtaine d’années : j’avais la même candeur et la même curiosité. Je croyais que monter dans une voiture « personnelle » était déjà un délice exquis, en posséder dépassait l’imagination.

 

Les jeunes sont alertes et réceptifs, et moi, je déroule ma communication avec la plus grande des aisances, car pouvant mélanger le français  au nawdun particulier de Siou. Flavien Ottou intervient par moment, mais ici, c’est mon jeu. Ce sont les miens.

A l’éternelle question de savoir l’usage qu’ils feraient d’un million, j’ai la même réponse. Le commerce. Mais je suis habitué. Et je n’ose pas parler de services dans un tel village, où le taux de pauvreté doit titiller les 95% de la population.

La séance est levée vers 19h, à ma plus grande satisfaction. Il y avait beaucoup de filles, qui ont posés un tas de questions. Voila, je suis fier de mon village.

La nuit, j’irai fêter ça avec des vieux copains du cru, qui font dix ans plus âgés que moi. La misère, quand tu nous tiens.

 

Dimanche 30 octobre, retour à mes premiers amours.

Technologies (gps) et agriculture. Les projets sont dans ma tête.

En 1996, après avoir abandonné l’université, fait le tour de toutes les fermes du Togo et obtenu un diplôme au centre Songhaï au Benin, j’étais revenu au village avec la ferme intention de m’y installer, si jamais j’obtenais le financement que j’avais sollicité pour monter ma ferme. Je ne l’obtins jamais, mais j’avais déjà repéré un endroit.

Ce dimanche, après un sommeil réparateur, j’ai retrouvé mes vieux amours : la ferme. L’odeur de la terre qui monte, entêtante, les paysages sauvages, les animaux domestiques, et la simplicité de la vie des paysans. Du coup, le projet de création de ferme agropastoral, doublé d’un gite rural me trottine dans la tête. En voiture, j’échafaude les contours du projet, je prends les coordonnées avec mon Gps, à l’arrêt, j’esquisse les plans. Il faut pouvoir financer ça. Un projet qui emploiera environ 200 personnes, en 5 ans. Il faut juste trouver le financement..

Dimanche soir, de retour des champs, don d’un brouilleur téléphonique à la paroisse de Siou. Personnellement, je déteste les téléphones qui sonnent à l’église. Donc, j’ai offert ce bidule au père qui en est content. Je crois que les paroissiens aussi. Je m’en rends compte avec plaisir à la messe de Toussaint mardi matin.

 

Lundi. Sioutoyen

Ce lundi, je passe la journée à faire des contacts administratifs, pour accompagner les jeunes du village à résoudre certains soucis propres au village, et qui n’ont pas leur place sur mon blog. La soirée s’achève à Kara, avec l’équipe d’actions et territoires Kara pour les projets à venir.

 

Ce qu’il faut retenir.

Une seule leçon est à mon sens importante à l’issue de cette tournée. C’est que la problématique de l’auto-emploi est encore embryonnaire dans la mentalité de notre jeunesse. Le système éducatif, qui met l’accent sur l’assimilation, et non sur la créativité et l’esprit critique, associé à une pratique sociale qui célèbre la prééminence de l’ainé sur le plus jeune, sont à mon sens les premiers moteurs de cet état de fait. Il faut voir tous ces jeunes se confondant presque au sol pour me saluer. L’esprit d’entreprise est très étranger à presque tous les jeunes, qui s’attendent plutôt à trouver du travail quelque part, dans le privé comme dans le public.

D’où la conclusion que je développe depuis un an dans mes débats : l’important n’est pas de trouver des fonds à octroyer à des jeunes  pour la création d’entreprise, il faut plutôt accompagner les entrepreneurs déjà actifs à accroitre leur activité et être en mesure de recruter plus de personnel. Si vous n’avez pas la culture de l’entreprise (à ce stade, je parle de prédisposition) tous les financements du monde entier ne vous serviront à rien. Enfin, ils vous serviront sans doute à prendre une seconde femme, à avoir un joli bureau ou une belle voiture, mais vous ne créerai aucune richesse, car n’est pas entrepreneur qui veut.

S’il fallait ajouter une seconde leçon, c’est que ceux qui n’ont jamais crée d’entreprises dans notre pays ne devraient pas être autorisés à traiter seuls de la problématique de l’auto-emploi avec les jeunes. On vous dira sans doute qu’ils ont fait de grandes études pour cela, mais être chef d’entreprise au Togo est une science unique. Elle ne s’apprend dans aucune école. Et si elle devrait être enseignée, seuls les chefs d’entreprises togolais sont autorisés à la transmettre. C’est une école de la vie. Et elle est dure, rude, sans pitié, et passionnante. Heureusement, autrement, je n’y serai pas depuis trois ans.

Dieu bénisse le Togo, et les brouilleurs dans les églises.

Par Gerry - Publié dans : Info togolaises - Communauté : blogueur africains
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Dimanche 23 octobre 2011 7 23 /10 /Oct /2011 02:15

Kadhafi est donc mort, achevé d’une balle dans la tête par un jeune combattant qui pensait ainsi entrer dans l’histoire (version de certains médias). Je le pleure. Je le pleure parce dans ma tradition, le mort d’un homme reste une tragédie. C’est ainsi. Quoi que ce dernier ait pu faire, il faut le pleurer. Je le pleure aussi parce qu’il ne méritait pas cette fin si peu glorieuse. Voir son cadavre aussi souillé et malmené a quelque chose de malsain. Les Libyens devraient eux-mêmes être les premiers à en avoir honte. On ne montre pas la nudité de son parent en public. Les présidents africains, et tous ceux qui ont profité du guide libyen me laissent pantois aussi. As-t-on subitement perdu tout respect envers les morts dans notre culture ? Autant les multiples reconnaissances du CNT par les Etats africains me semblaient procéder de la  réal politique, autant le mutisme suite à la profanation du cadavre de Kadhafi me parait choquant et avilissant. Même Sarkozy, qui a mené sa guerre contre Kadhafi, a reconnu qu’on ne peut pas se réjouir de la mort d’une personne. Au moins un chef d'Etat africain (Zuma ne compte pas) devrait s'insurger du sort réservé à la dépouille d'un pair. Pauvre Afrique.

Je pense personnellement que Kadhafi a commis trois erreurs.

La première est qu’il a oublié l’époque à laquelle il vivait. Il a oublié que nous étions au siècle de la communication instantanée, de facebook et de youtube. Il a oublié qu’il était dans un siècle où les opinions publiques dans les vieilles démocraties avaient un poids énorme dans la décision des politiciens. Il y a une dizaines d’années, on pouvait massacrer tranquillement son peuple, aujourd’hui, certes, on le peut encore (la Syrie et le Yémen en sont des exemple), mais quand on le fait, on la boucle. Kadhafi n’a pas compris cela. Quand il décide de mater dans le sang la rébellion qui s’enfle à Bengazi, il donne des interviews hallucinants où il promets les pires supplices à son propre peuple. Ce faisant, il met se met les opinions internationales à dos. Personne ne peut le sauver dès l’instant où les opinions occidentales décident qu’il faut en venir à bout de ce fou furieux (on a même prétendu qu’il était devenu dément) Mêmes la Chine et la Russie, pourtant très à cheval sur la souveraineté nationale, n’useront pas de leur véto pour empêcher l’OTAN de commettre de coup d’Etat qui va sans doute inaugurer la quatrième génération des missions  de coercition de l’ONU.  Kadhafi est allé dans sa dérive meurtrière, alors qu’en réalité, sur le terrain, on enregistrait moins de morts que ce qui se passe actuellement en Syrie. Pour preuve, même le parti socialiste français, pourtant très hostile à la guerre sous tous les fronts, validera la campagne libyenne.

La seconde, c’est qu’il s’est trompé d’alliés. A lieu de chercher des alliances auprès des puissances internationales, comme le démontre la Syrie qui peut compter sur les soutiens de la Russie et de la Chine, Kadhafi a compté sur ses homologues africains. Ah, ce qu’il doit le regretter, Kadhafi, toutes ses actions à l’endroit de ses « frères » africains. Les routes, les hôtels, les banques, les écoles, les hôpitaux, il a porté plus loin qu’aucun autre panafricain le rêve d’une Afrique unifiée. Il était certes excentrique, mais il croyait en la possibilité de former un bloc africain monolithique, capable de discuter d’égal à égal avec les autres formations géopolitiques. Il a eu le tort de penser que sa fierté d’Africain était partagée, lui qui avait affronté seul les puissances occidentales, échappé à de multiples tentatives d’assassinat. Mais il se trompait. Ses confrères n’avaient ni son charisme, ni son effronterie. Je reste d’ailleurs persuadé que seul Eyadema, s’il était vivant, aurait osé porter ouvertement son soutien à Kadhafi. Ils avaient tous les deux cette caractéristique rare de nos jours. : la fidélité en amitié. Mais l’époque des dinosaures est bien finie. La réal politique veut qu’on soutienne les puissances occidentales quand elles s’en prennent à votre voisin, en priant que par cette attitude, on ne regarde pas trop dans votre casserole.

La troisième erreur, est d’avoir minimisé l’impact du printemps arabe sur la géopolitique du Maghreb. En effet, lorsque commence la révolution en Tunisie, Kadhafi pense qu’il est à l’abri d’un tel destin.  En effet, à l’opposé de la Tunisie, il dispose d’une armée bien équipée. A l’opposé de l’Egypte, cette armée ne fera pas dans la dentelle si le peuple descend dans la rue. Par ailleurs, contrairement aux autres pays, la Lybie est très peu peuplée. La population est constituée en majeure partie d’immigrés, et les Libyens ont un indice de développement humain particulièrement élevé. Le pays ne connait presque pas de chômage (ceux qui le sont sont bien payés), Kadhafi a développé le pays de façon spectaculaire. L’homme est donc serein. Il pense que les Libyens sont heureux, et qu’ils ne peuvent pas se risquer à l’aventure comme en Tunisie ou en Egypte, où le chômage frappe à plein fouet la jeunesse. Mais il y a un petit détail, c’est qu’il est au pouvoir depuis tellement longtemps, que son peuple a envie de voir autre chose, prospérité ou pas. Il me parait sans aucun doute que les Libyens, dans un dizaine d’années regretteront l’époque Kadhafi, mais l’homme est ainsi fait, il n’est jamais satisfait. Il se nourrit du changement. Kadhafi ne l’a pas compris. Et du ciel où il doit être en ce moment( enfin, c’est toujours bien d’imaginer qu’on est au ciel quand on meurt, ça permet de dire qu’on se marre de ceux qui sont encore en bas) il doit se dire :

-          Pauvre peuple, savez-vous seulement où vous allez.

Ce qu’il faut retenir, c’est que les démocraties occidentales n’ont toujours pas gardé la leçon de l’Irak et de l’Afghanistan. Dans plusieurs Etats arabes, il est préférable d’accompagner et d’appuyer les pouvoirs locaux (qui ne sont pas toujours très démocratiques) que d’inciter au changement radical de régime pour faire le lit des islamistes. Aujourd’hui, rien ne nous dit que la Tunisie et l’Egypte ne vont pas basculer sous la férule des fondamentalistes. Les réactions de la rue tunisienne suite à la diffusion du film Persépolis, et de la rue Egyptienne après les manifestations coptes nous font déjà craindre le pire.

Mais la vraie leçon de tout ceci est à l’endroit des chefs d’Etats africains. Développer le pays n’est pas une raison suffisante pour s’éterniser au pouvoir. Un argument comme celui que nous sort Wade (ou Tandja à l’époque) consistant à dire qu’on a besoin d’achever le développement du pays est une hérésie intellectuelle. Au bout d’un certain moment, il faut dégager le plancher.

C’est dans la nature humaine. Normal, l’homme lui-même est appelé, au bout d’un certain moment, à dégager le plancher des vaches. Rien n’est éternel, sauf l’Eternel. Amen.

Par Gerry - Publié dans : Actualité africaine - Communauté : blogueur africains
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Mardi 11 octobre 2011 2 11 /10 /Oct /2011 11:17

Disposant plutôt d'une connexion à la togolaise (laborieuse) je n'ai jamais pu lire en totalité cette vidéo. Il a fallu attendre hier pour lire dans la presse, l'intégralité de la décision de la cour de justice de la CEDEAO.

Depuis, j'ai un bien meilleur éclairage, et voici donc ce que je pense. En trois points, (comme d'habitude)

Primo: L'Etat togolais est réellement désavoué dans cette histoire. "En conséquence, ordonne à l’Etat du Togo de réparer la violation des droits de l’Homme des requérants et de payer à chacun, le montant de trois millions de francs CFA" En l'espèce, et c'est ce que je disais depuis le début, ils n'ont jamais démissionné, puis que pour le faire, il fallait qu'ils remettent eux-meme leur démission, et que le sujet soit débattu en plénière. De même, ils auraient dû être écouté par la cour constitutionnelle avant la décision de celle-ci. Tout ceci est contenu dans la décision dont je vous joins le lien ici.

Secondo: Ce désaveux ne signifie aucunement le retour des députés pro-ANC au parlement. C'est tout simple, les décisions de la cour constitutionnelle ne sont sucseptibles d'aucun recours. C'est l'article 106 de notre constitution qui le dit. Partant, par quelle contorsion pourait-on réintégrer les députés au parlement? On ne peut légitimement pas se lever et dire simplement "allez, les députés remplaçants sortez, et vous reprenez votre place". Il y a à mon sens trois façons de réparer le dommage et continuer à protéger nos institutions et notre arsenal juridique.En un: Une seconde réparation financière. On paie aux députés concernés les indemnités et autres primes couvrant la période de leur exlusion, plus une prime de réparation, distincte de celle imposée par la CJCEDEAO. En deux, on convertit cette réparation en accord politique: du genre, le RPT s'engage à accéder à une demande de l'ANC longtemps réfusée, ou lors d'une négociation, l'ANC peut utiliser ce joker pour emporter la décision. Pour ce faire, encore faudra-t-il qu'il y ait jamais des nécogiations entre ces deux partis. En trois: Organisation de partielles dans les circonscriptions électorales de ces députés, avec engagement pour le RPT de ne pas présenter de candidats. (C'est mieux que dissoudre le parlement). De toutes les façons, pour concerver la vitatlité de nos institutions, il faut trouver une solution négociée, qui répare la violation de droit, mais ne fragilise pas nos lois.

Tertio: Il faut faire amande honorable. M Bonfoh ne doit plus s'abriter derrière ses lunettes pour dire qu'il ne se reproche rien. Notre pays n'avancera pas de la sorte. Il faut que le président que l'Assemblée nationale reconnaisse publiquement qu'il a commis une erreur, et qu'il est bien disposé à la réparer dans la mesure du possible. Il faut que la cour constitutionnelle s'excuse auprès des députés exclus, pour le tort à eux causés. Il faut aussi que le gouvernement, au lieu de s'abriter derrière cette posture défensive, fasse preuve d'humilité, et montre sa disposition à trouver un arrangement. Si nous ne réussissons par à faire ce saut qualitatif, alors, ce serait comme je l'ai dit dans mon précédent billet, un immense gachis pour le Togo. Bon, ça ne me dérangerait pas si c'était le pays de quelqu'un, mais c'est mon pays aussi. Et ça la fout mal.


Par Gerry - Publié dans : Inspirations - Communauté : blogueur africains
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Samedi 8 octobre 2011 6 08 /10 /Oct /2011 20:36
Hier soir, j’étais à mon bureau, à Nyékonakpoè su le boulevard circulaire, quand j’ai vu passer ( plutôt sur mon écran de surveillance)  une vague orange, mélange hétéroclite de motocyclistes (Zed), de cycliste, et surtout de manifestants à pieds. C’était les militants de l’ANC qui exprimaient ainsi le joie suite à la décision de la cour de justice de la CEDEAO. Et pour tout dire, j’étais content pour eux. Ce n’était que justice pour eux. Depuis le début de cette affaire, j’ai toujours exprimé mon opposition à cette exclusion cavalière, et je suis bien aise que la CEDEAO dise enfin notre droit à notre place.

Dans la foulée, j’ai surfé un peu sur internet pour savoir comment cela se passait. Republicoftogo était le plus prompt à publier un article minimisant la portée de ce verdict, arguant que les décisions de notre cour constitutionnelle n’étaient susceptibles d’aucuns recours. Mais cet article sera retiré du site une demi-heure plus tard. C’est nouveau ça. Le héraut du régime n’a jamais été contraint à se rétracter. Enfin, pas à ma connaissance.

La question qui je suppose est sur toutes les lèvres est que : Et maintenant, qu’est ce qui va se passer ?

Trois hypothèses, à mon sens.

Primo : Le gouvernement pourrait faire preuve d’élégance et surtout de pragmatisme, et exécuter la décision de cette cour. Les députés ANC retrouverons leur place à l’assemblée nationale, et il ne perdra pas forcément la face, surtout s’il prend soin d’expliquer qu’il n’y est pour rien dans la décision juridique de la cour constitutionnelle qui est supposée être indépendante. Bien au contraire, en se comportant ainsi, il glisse une peau de banane sous les pieds de l’ANC, en l’obligeant cette fois ci à s’asseoir  à la table de négociation. Je sais, contrairement à ce que pensent mes amis de l’ANC sur facebook, que les préalables que leur parti pose avant de  prendre part au CPDC concernent aussi la remise des motos saisies lors des manifestations, la restitution des PV…, mais il ne serait pas crédible pour Fabre de poser encore d’autres conditions après sa réintégration à l’Assemblée nationale.

Secundo : Le gouvernement ne réfute pas la décision, mais traine les pieds. Si vous suivez les atermoiements de Me Zeus à sa sortie d’audience, on comprend tout de suite qu’il pourrait y avoir des problèmes d’interprétation. En s’appuyant la dessus, le régime pourrait faire du dilatoire jusqu’à l’année prochaine, et finir par réintégrer les députés à quelques mois seulement du prochain scrutin législatif. Ceci fragilisera à coup sûr l’ANC, qui aurait perdu beaucoup de forces dans la bataille bataille de la réintégration.

Tertio: Le gouvernement refuse de reconnaître cette décision, prétextant sa souveraineté. L’article 15§4 du traité de la CEDEAO est pourtant clair. » Les arrêts de la cour de justice ont force obligatoire à l'égard des états membres, des institutions de la communauté, et des personnes physiques et morales ». D’ailleurs, cette position serait incompatible avec la position affichée par le régime ces derniers temps. En effet, le ministre Bodjona a même dit attendre la décision de la cour de justice avant la poursuite des activités du CPDC. Le refus de reconnaître la décision de la CEDEAO serait d’ailleurs suicidaire pour Faure, car lui vaudrait un isolement sévère, qu’il ne saurait se permettre, au moment ou le Togo préside l’UEMOA.

Qui gagne quoi dans cette histoire ?

Personne n’est gagnant.

Le retour des députés de exclus n’est qu’une victoire de l’ANC … sur l’UFC. C’est Gil qui a voulu punir ses anciens lieutenants pour avoir osé se dresser contre lui. Leur retour est un camouflet pour lui, sauf qu’aujourd’hui, Gil ne compte pas. Le parlement aura toujours 50 députés RPT, soit une majorité confortable. La seule victoire possible de l’ANC sur le RPT est purement d’ordre psychologique. La satisfaction d’avoir eu raison. Si par contre Fabre et consorts n’avaient pas épuisé leur crédit de sympathie en marchant systématiquement tous les week-ends, cette décision aurait servi d’effet détonateur pour la campagne législative 2012. Il ne faut pas oublier que l’objectif reste les législatives de 2012, qu’il faut commencer à préparer maintenant. Mais comme je l’ai dit plus haut, l’effet induit de cette décision risque d’être l’acculement de Fabre, qui ne pourra plus s’abriter derrière son exclusion pour ne pas participer au CPDC.

Le RPT ne perd par grand-chose. Il peut toujours s’abriter derrière la séparation des pouvoirs pour ne pas se sentir concerné par la décision d’exclusion des députés pro-ANC. S’il s’exécute à intégrer les députés, il fera d’ailleurs montre de hauteur, de sagesse et de respect des institutions communautaires.

 Le Togo seul est perdant sur toute la ligne, car encore une fois, il se serait illustré à l’extérieur comme un Etat de non-droit. Au même moment où à Genève, nous sommes étrillés par les autres nations pour le peu de cas que nous faisons des droits de l’homme, cette décision écorne une fois encore l’image de notre pays. Les investisseurs ne vont pas se bousculer. Hélas.

Par contre, tout ceci soulève le voile sur deux dangers potentiels, qui vont se présenter assez rapidement. Le premier est pour l’opposition, et le second pour le régime en place.

En célébrant la décision de la cour de justice de la CEDEAO, Fabre se met dans une position délicate. Cette même CEDEAO a reconnu à deux reprises la défaite électorale de son parti à des élections présidentielle. Que va-t-il faire si dans 3 ans, la question d’un troisième mandat de Faure à la présidentielle se pose, et cette cour même trouve cette éventualité recevable selon le droit togolais. Car ainsi que cela s’est passée au Niger, cette même cour pourrait être saisie sur la légalité d’une présentation de Faure aux élections de 2015 ? Par ailleurs, en faisant la fête parce que la CEDEAO leur donne raison, pourrons-t-ils vouer cette même organisation aux gémonies si ses observateurs jugent crédibles des résultats défavorables à l’ANC lors d’une élection au Togo ?

Quant au pouvoir, le danger est encore plus terrifiant. S’ils appliquent le verdict de la cour de justice de la CEDAO sur l’exclusion des députés, ils sont tenus de faire la même chose au verdict de cette même cour sur l’affaire Kpatcha Gnassingbé, puis qu’elle a déjà été saisie par ses avocats.

C’est donc la quadrature du cercle, mais peut être, et surtout la fin de l’insouciance au Togo. Nul ne pourrait donc plus brimer impunément un citoyen en s’abritant derrière la justice de son pays, au motif souveraineté nationale.

 

Par Gerry - Publié dans : Info togolaises - Communauté : blogueur africains
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Jeudi 29 septembre 2011 4 29 /09 /Sep /2011 19:58

http://gaboneco.com/Pics/Actualite/1309516643-jean_pierre_fabre_togo.jpg

Monsieur, après avoir réfléchi longuement, j’ai choisi finalement de vous écrire cette lettre ouverte. Elle sera publiée sur mon blog, et sans doute reprise par un ou deux journaux qui parfois trouvent de l’utilité à ce que j’écris.

À quel titre vous adressé-je cette lettre ? Parce que je suis citoyen togolais et que vous, vous êtes président d’un parti politique. Rien que pour ça, au nom de la démocratie participative à laquelle nous aspirions tous, j’ai le droit de vous saisir et de vous soumettre le produit de ma réflexion citoyenne.

La première fois que je vous ai vu, M Fabre, c’était à la télévision, lors de la conférence nationale. Vous aviez alors à peu près mon âge (j’ai trente-six ans), et j’avais à l’époque été frappé par la conviction avec laquelle vous vous exprimiez, et la passion qui vous consumait. Et sans forcément vous comprendre (je n’avais que seize ans) je trouvais que vous, et tous ces autres délégués (tous partis confondus) qui clamaient le Togo à cette époque là, étiez admirables. Et je crois que je vous ai admiré. Au fil des ans, bien que certaines positions de votre parti de l’époque (UFC) me soient à plusieurs reprises parues extrémistes et contre-productives pour notre pays (le boycott des législatives de 1999, et le rejet de l’APG entre autres) je ne vous ai jamais tenu rigueur. Vous étiez number two. Et nous savons bien que dans nos pays, souvent seul le number one compte, hélas !

Depuis avril 2010, les choses se sont accélérées, vous avez rompu la tutelle qui vous liait à votre mentor, crée un parti politique. En attendant les élections législatives prochaines, plusieurs députés revendiquent leur appartenance à votre nouveau parti à notre assemblée nationale. Si l’on s’en tient à leur nombre, vous êtes donc le premier parti de l’opposition togolaise. En attendant les législatives prochaines.

Il y’ a maintenant quelques semaines que le gouvernement a décidé de relancer le dialogue politique au sein d’une CPDC rénovée. Votre parti a été convié à prendre part aux discussions préalables. Vous avez refusé d’y participer, arguant que le gouvernement devrait satisfaire un certain nombre conditions, dont la plus importante est la réintégration des députés exclus de l’Assemblée nationale en novembre 2010.

Honorable - c’est ainsi qu’on devrait vous appeler - , votre refus de participer à ce (vous dites énième) dialogue est ce qui suscite cette lettre. En vérité, j’ai été outragé par votre exclusion du parlement. Je l’ai été d’autant plus que cette décision est intervenue à un moment où le climat allait à l’apaisement. Vous commenciez à suspendre les marches hebdomadaires, à faire des tournées à l’intérieur de pays. Tout semblait entrer dans l’ordre. Puis soudain, la cour constitutionnelle a commis l’irréparable. Je l’ai déjà souligné dans un article précédent, je ne sais pas si cette haute cour a dit le droit ou pas (la cour de justice de la CEDEAO va sans doute nous éclairer) mais je trouve détestable cette façon de « s’amuser » avec nos institutions. A mon sens, un député est sacré, car étant un représentant de la nation. Par ailleurs, toutes les entraves à votre liberté de circuler me sont toujours parues comme incompatibles avec l’idée que je me fais de la République (raison pour laquelle la loi dite Bodjona était la bienvenue, mais c’est tout un autre débat).Mais au même moment, honorable donc, j’avoue avoir souvent du mal à vous comprendre. Parcourons, si vous le voulez bien, quelques-unes de vos réactions de ces dernières années :

·En mars 2010, vous prenez part les élections présidentielles comme candidat de votre parti d’alors, l’UFC. Au lendemain de la proclamation des résultats par la CENI, les puissances occidentales (aussi appelé communauté internationale, je vous le concède) déclarent qu’elles ont pris acte, et qu’elles attendent les recours avant de se prononcer. Vous disposiez de 48h pour le faire. C’est court, j’en conviens, mais il fallait le négocier aux accords de Ouaga. Mais vous ne ferez pas de recours, Monsieur Fabre, vous déclarez aussitôt que vous ne reconnaissez pas la légitimité de la cour constitutionnelle. C’est un peu comme une équipe qui va jouer un match de football, qui se prend un but (peut être entaché de faute), et qui aussitôt rejette la légitimité de l’arbitre. Je me suis souvent posé la question de savoir ce qu’aurait été votre réaction si cette même cour vous avait déclaré vainqueur ces élections. Vous l’aurez reconnu ou pas ?

Quelques semaines plus tard, les forces de l’ordre font une descente au CESAL saisir les équipements informatiques et les PV que vous compulsiez, afin de prouver votre victoire (c’est ce que vous dites à la presse).  À l’époque, j’avais déploré cette descente des forces de l’ordre, la trouvant contre-productive pour le régime lui-même. Mais en réalité, et vous le savez, les délais étaient forclos : même si vous apportiez la preuve irréfutable de votre victoire après les 48h, vous saviez que vous étiez hors délais et aucun autre recours n’était possible, mais à ce jour encore, vous maintenez que cette descente des forces de l’ordre vous a empêché de prouver votre victoire.

·En octobre 2010, votre ancien parti est au bord de l’implosion. Vous êtes à la tête d’une fronde décidée à destituer votre président fondateur, pour motif d’intelligence avec un adversaire politique. La situation est extrêmement tendue, et pour remettre tout à plat, un congrès est convoqué par votre ancien mentor. Personnellement, je jubile pour vous. Si vous avez le plus grand nombre de militants de votre côté, ce congrès sera votre sacre, car vous en profiterez pour mettre le vieux mentor à sa place. Mais vous décidez de boycotter la séance et faire votre congrès dans la clandestinité. À ce jour, je me demande pourquoi vous n’avez pas saisi cette chance unique.

·Le parti implosé et le bras de fer ayant manifestement été remporté par votre ancien mentor (qui garde la direction du parti) vous décidez de créer le vôtre, l’ANC. Après quelques atermoiements, y compris une suspension des marches de samedi, vous finissez par obtenir votre récépissé, donnant même droit à une liesse populaire parmi vos militants. Deux semaines plus tard, vous retournez à la plage, déclarer publiquement que vous êtes vainqueur de scrutin de 2010 et que vous ne reconnaissez toujours pas la victoire de votre adversaire. J’ai retourné cette situation dans me tête à plusieurs reprises, sans trouver la réponse. Comment avez-vous pu demander le récépissé au ministre appartenant à un gouvernement dont vous ne reconnaissez ni la légitimité, ni la légalité ?

·En avril 2011, le gouvernement, sans doute pressé par l’HCDH, décide de clarifier les modalités juridiques de manifestation sur les lieux publics. Je me réjouis de cette initiative, car il devenait inadmissible qu’on continue à interdire les manifestations à l’intérieur du pays et en semaine à Lomé en se basant sur une illégale lettre datant de 1994. À mon plus grand étonnement, vous décidez de boycotter toutes les initiatives allant dans le sens d’amélioration de ce projet de loi. Pourtant, si cette loi était appliquée, vous pourriez manifester tout votre soul en semaine, et à l’intérieur du pays. Mais vous invoquez la constitution et les traités internationaux, pour justifier votre refus d’apporter votre contribution à ce texte. Monsieur, vous serez peut-être le président de notre pays et c’est ce que je vous souhaite, allez-vous nous gouverner en vous appuyant uniquement sur la constitution et les traités internationaux, sans faire voter des lois ? Je retiens d’ailleurs que votre (ancien) parti, avec 27 députés à l’Assemblée nationale, n’a proposé à ma connaissance aucune proposition de loi pendant 4 ans. Ceci expliquerait-il donc cela ?

·Voici maintenant près de 18 mois que vous manifestez invariablement tous les samedis. J’admire votre stoïcisme, et même si certaines personnes trouvent que cela ne sert plus à rien, je vous respecte pour la conviction de vos idées. Ce que par contre je ne comprends pas, c’est cette tendance obsessionnelle à couvrir de ridicule toute autre formation politique ou courant de pensée de l’opposition osant avoir une position différente de la vôtre. Le Front-sage a essayé un moment de battre le pavé avec vous, sur des sujets politiques et sociaux. Vous les avez fait passer pour des collabos. Il y une semaine, parlant des partis qui avaient accepté de siéger au CPDC rénové, vous les avez traités de formation ayant obtenu 1% aux élections présidentielles. Je ne sais pas si vous réalisez que vous validez du coup les 34% que vous êtes supposés avoir obtenus lors des mêmes élections. En effet, si vous reconnaissez les résultats que la CENI leur a attribués, vous êtes bien obligés de reconnaitre les vôtres, car il n’y a aucune raison que vous seul ayez été spolié, si tant est qu’il y ait jamais eu spoliation.

Monsieur, en soulevant toutes ces incompréhensions, loin de moi toute idée de vous invectiver. Voyez-vous, aujourd’hui, notre pays compte environ 6 millions d’habitants, dont 70% de jeunes. Nous conservons, malgré la crise, un des plus forts taux de scolarisation dans la sous-région. Autant dire que vous avez ici, sur la terre de nos aïeux, un terreau fertile, où devraient germer et fleurir les idées novatrices et pragmatiques. En réalité, nous les jeunes, nous avons besoin de repères, nous avons besoin de modèles, nous avons besoin d’être inspirés. Et vous, en tant que leader du plus grand parti de l’opposition, vous devriez être de ceux qui indiquent la voie, montre l’exemple à suivre. Les jeunes nés en 1990 ont 21 ans cette année. Ils sont à l’université, certains préparent la licence, d’autres le master. Les logiques ne sont plus les mêmes, la rhétorique et la réalité ne sont plus celles qu’elles étaient en 90. Mais il se trouve malheureusement, je suis bien obligé de le dire, que votre phraséologie elle, n’a pas varié.

Je vous ai dit tantôt que l’objet de ma lettre portait sur votre refus de participer au CDPC rénové. Est-ce que le régime RPT vous sert encore un attrape-nigaud ? Honnêtement, je n’en sais rien. Ce qu’il me revient, c’est que sous Faure, l’APG a été signé, et nous a permis d’organiser des législatives crédibles et acceptées par tous. Si votre ancien mentor n’avait pas dénoncé cet accord historique après l’avoir signé, peut être qu’à ce jour toutes les réformes prévues par l’APG auraient été effectuées. On n’en saura sans doute jamais rien. De même, il est inexact de dire qu’aucun dialogue n’aboutit au Togo puisque celui de Ouagadougou (aout 2009) nous a permis d’aller aux présidentielles de mars 2010.

Je suis même de ceux qui pensent que si le régime avait réellement envie de faire des réformes, il n’a nul besoin d’un CPDC, rénové ou non. Jerry Rawlings par exemple a doté son pays d’institutions fortes et indépendantes alors que rien ne l’y obligeait, son opposition étant à l’époque divisée et inactive. S’il y a une demande de dialogue, cela ne peut être que pour l’une de ces deux raisons : soit deux courants opposés s’affrontent au RPT (conservateurs et progressistes) et les progressistes sont obligés de passer par votre onction pour faire passer les reformes, ou le régime subit des pressions extérieures importantes. Autrement, de vous à moi, pourquoi le RPT irait relancer un dialogue alors que la situation actuelle lui est favorable. Il pourrait vous laisser continuer à manifester (voici 18 mois que ça dure et ça ne dérange manifestement personne). Vos adversaires pourraient même pousser le vice jusqu’à conserver le statu quo jusqu'aux législatives, que vous serez obligés de boycotter pour rester dans votre logique. Ce ne serai qu’un remake de 1999, et une aubaine pour les conservateurs, car  je ne pense pas que la communauté internationale que vous avez l’habitude de fustiger, s’empressera de venir à votre secours. En tout cas, elle ne l’a pas encore fait à ce jour, et ce n’est pas les occasions qui ont manqué pourtant. S’il y a donc velléité ouverture, c’est qu’il y a une bonne raison, sans doute extérieure à vos manifestations hebdomadaires.

Mais, Monsieur Fabre, vous et votre parti avez décidé de ne pas  aller à ce dialogue. D’autres partis vous ont même emboité le pas suite aux discussions préliminaires avec le premier ministre. C’est un choix politique, et je n’ai pas vocation à juger les choix de votre parti. Mais de grâce (et c’est là l’objet de ma lettre) cessez de poser comme condition à votre participation à tout dialogue la réintégration des députés exclus de l’Assemblée nationale. Je l’ai dit en début de ma lettre, j’ai été outré par leur exclusion. Si la cour de justice de la CEDEAO suit les recommandations de l’UIP, elle devrait constater l’illégalité de la décision de notre cour constitutionnelle et demander à l’Etat togolais de vous rétablir dans vos droits, mais nous sommes à moins d’une année des prochaines législatives, et ceux qui vous remplacent à l’assemblée nationale défendent  votre projet politique (Je doute d’ailleurs qu’ils apprécient vos tentatives de retour). Au-delà, il faut aussi reconnaitre que vous vous êtes vous mêmes mis dans une situation que vous adversaires ont exploité.  Quelle est cette idée d’écrire des lettres de démission pour contrer la transhumance à l’assemblée, alors que vous saviez vous-même que l’article 52 de notre constitution interdit le mandat impératif ? Je me suis toujours demandé à quoi étaient destinées ces lettres. Le simple fait qu’elles existent (et là, l’UIP l’a expressément souligné) est anticonstitutionnel. Si c’était vous qui étiez restés à l’UFC, et les députés fidèles à M Gilchrist avaient décidé de rejoindre le groupe parlementaire RPT, auriez-vous utilisé ces lettres ou non? Quel argument juridique auriez-vous avancé pour le faire ? Ah, Monsieur, que n’aviez-vous pas pensé à faire prêter serment aux candidats, comme les chevaliers (je suis cavalier de formation) le faisaient jadis ?

Si vous tenez réellement à poser des conditions avant de participer à tout dialogue (encore que la logique voudrait plutôt qu’on pose les conditions pendant le dialogue, avec la menace de quitter la table de négociation sinon) les motifs sont à ramasser à la pelle : pourquoi ne le faites-vous donc pas pour le démarrage effectif du projet de décentralisation (ça fait trois ans que la loi est votée et nous ne sortirons jamais de notre misère sans les collectivités locales) ou pour le vote et le recensement de la diaspora  (elle a envoyé en 2010 plus 143 milliards au Togo, soit 10% de notre PIB), ou plus simplement pour la mise en place des fonds d’aide à la culture et à la communication (l’avenir de notre pays se joue sur ces deux dossiers). Je l’ai dit tantôt, monsieur, nous sommes six millions de Togolais, dont près de la moitié pointent au chômage. Si ce pays doit changer, progresser, se développer, c’est pour que ces trois millions trouvent du travail, arrivent à se soigner, et vivent dignement avec leur famille. Être député n’est pas une profession, mais une servitude. Un député, avant  de siéger au parlement est d’abord un notable, avec une situation sociale respectable. Il a un travail, bien souvent supérieur à son traitement de député. La perte de son statut, même si elle injuste (souvenez vous du match de foot invoqué plus tôt) n’est pas une fin en soi. Par contre, la poursuite du statu quo pour trois millions de Togolais, voilà ce qui est intolérable et inacceptable.

Monsieur Fabre, voilà ce que j’avais à vous dire. Ne sacrifiez pas l’avenir de millions de Togolais pour neuf notables qui à priori ne sont pas dans le besoin. Si préalables il y a à exiger, posez des conditions pour le Togo, et son peuple vivant dans la précarité.

J’ai peut-être été cru dans mes propos, mais je ne vous demanderai pas de me pardonner : il y a une vingtaine d’années, vous aviez la même insolence. Je crois d’ailleurs que si avant 40 ans, on n’a pas été insolent, c’est qu’on raté sa jeunesse.

Les années qui s’annoncent à l’horizon vont être capitales pour notre pays. Il nous faudra choisir entre la voie de la modernité (réformes tous azimuts et cohésion nationale) et le statu quo. Ce statu quo mènera au chaos, car rien qu’en 2025, notre population sera de 9 millions d’habitants, soit une progression de 50%. Nous ne pourrons pas faire face à ce choc démographique si nous ne trouvons pas des solutions immédiates et adaptées à nos conditions actuelles. Et c’est  aujourd’hui, maintenant qu’il faut prendre ces décisions.

Le régime actuel a toutes les clés du passage à la modernité en main, mais la volonté politique se fait attendre. Pourquoi ? je ne le sais pas. D’ailleurs, il appliquerait des mesures de façon unilatérale que vous serez le premier à crier au loup. La sortie passe par le dialogue, peut être sous la houlette d’un autre facilitateur. Mais ne ratez pas ce rendez-vous de l’histoire, ne commettez pas la même erreur que votre ex-mentor en 20 ans d’engagement. Votre position sur l’échiquier politique vous impose des devoirs, sans doute vis-à-vis de vos militants, mais surtout envers les  jeunes qui vous regardent, et doivent voir en vous un modèle à suivre. Alors que le régime actuel se caractérise par une certaine continuité du point de vue politique et biologique, vous, pour tenir votre rang, vous avez obligation de créativité,  d’inspiration, de génie.

Voyez-vous, je pense que les idées (une stratégie politique par exemple), tout comme les êtres vivants, sont soumises à la dure loi de Darwin. Un jour, l’idée se retrouve devant le terrible défi de l’évolution : s’adaptez, ou périr. Et ce jour est là, monsieur Fabre. Qu’allez-vous donc décider ?

Par Gerry - Publié dans : Info togolaises - Communauté : blogueur africains
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Samedi 17 septembre 2011 6 17 /09 /Sep /2011 00:43

Depuis le verdict hier, j’ai reçu quelques mails, un ou deux appels, me demandant ce que je pensais de ce procès. À une de ces personnes, j’ai dit d’aller lire mon précédent billet. Il l’a lu, et est revenu me demander ce que je pensais du verdict.

En quittant mon bureau, je jette donc hâtivement ces quelques notes sur le blog, résultat de mes ruminations intellectuelles de la journée.

Ce procès me conduit à tirer trois leçons :

La première est que notre système judiciaire reste le talon d’Achille de notre démocratie en construction. Comme je le dis souvent, mes connaissances en droit se limitent à ce que j’ai appris à Saint-Cyr pour préparer ma maîtrise en droit international humanitaire. Je n’y ai pas fait de droit pénal, mais comment comprendre par exemple que deux ans durant, un collège de juges assez chevronné n’ait pas compris que la qualification de l’infraction qui autorisait la non-levée de l’immunité parlementaire n’est pas «tentative d'attentat contre la sûreté intérieure de l'Etat… », mais plutôt «  complot formé pour préparer un attentat contre la sûreté intérieure de l'Etat … ». Il a sans doute fallu que quelqu’un le souffle en plein procès, pour qu’on réalise cette volte-face irréaliste, pour requalifier l’infraction, au mépris de toute procédure. J’ai dit quoi ? Procédure ? À comprendre le président de la Cour suprême, il faudra faire du code de procédure pénale un autodafé géant et ne plus en parler. Car toutes les exceptions ont été balayées d’un revers de la main, même celle d’inconstitutionnalité qui aurait au moins valu qu’on sollicite l’arbitrage de la cour constitutionnelle.

Du coup, on tombe sur la seconde leçon du procès : C’est la disparition de l’éthique républicaine dans notre pays, remplacé par un cynisme ostentatoire. Déjà, avec l’exclusion des députés ANC du parlement, j’avais déploré cette inversion de nos valeurs. Le jugement en premier et dernier recours procède de ce cynisme. Il était possible de juger cette affaire aux assises, sur la base du complot (vu qu’on avait même des aveux, surtout au sujet de la clé USB). Après les assises, les avocats auraient pu faire appel, et l’affaire aurait été rejugée. Si la condamnation était maintenue, passer en cassation. Ceci n'aurait peut-être pas changé le verdict, mais ceci aurait sans conteste ôté cette impression tenace, au-delà du doute raisonnable, qu'on a eu durant tout le procès, que le jeu était fait depuis longtemps. La justice des hommes est certes imparfaite, mais tous les pays modernes se sont dotés de cette procédure pour s’assurer toute personne à droit à un procès équitable. La règle en matière judiciaire n’est-elle pas la liberté, et la privation de liberté, l’exception ? Je ne comprends pas. Alors qu’on avait la latitude de faire les choses dans les règles de l’art et aboutir aux mêmes résultats ( il faut dire que je ne sais pas si les accusés sont coupables ou non, je n’en sais rien, et n’en saurais sans doute rien, pour mon plus grand bien). Je ne sais pas vous, mais le plus dur à encaisser pour moi reste ce procès en premier et dernier recours. Je ne sais pas si les textes autorisent le juge instructeur à choisir ainsi arbitrairement devant quelle juridiction où faire juger des inculpés ou pas, mais moralement, cela ne respecte pas les valeurs de nos sociétés modernes bâties sur les droits de l’homme et le respect de la personne humaine.  J’ai même la chair de poule rien qu’en y pensant. On vous ôte tout droit à l’espoir.

Et c’est là la troisième leçon de ce procès, c’est qu’il soulève plus de problèmes qu’il n’en résoud. D’abord parce que par une programmation du plus mauvais des goûts, quelqu’un a pensé à organiser le procès pendant les auditions de la CVJR. Si on voulait capoter ces audiences, on ne pouvait pas mieux faire. D’ailleurs, le principal accusé dans cette affaire a eu un éclair de génie, en demandant publiquement au peuple togolais, et à sa famille de le pardonner. C’est un coup de communication qui va laisser des traces profondes dans l’imaginaire collectif, car en Afrique, la magnanimité reste une des valeurs fondatrices de la communauté. Dans des sociétés traditionnelles (kabyè et  losso, que je connais) il n’y avait pas de prison, pour la simple raison que lorsqu’un différend surgissait entre deux personnes, les sages intervenaient pour demander à l’offenseur de demander pardon à l’offensé. Puis la réconciliation s’achevait par des libations et des sacrifices aux mânes des ancêtres, qui ont été perturbés par l’apparition de l’inimitié, et qui ont intercédé pour le maintien de la cohésion du groupe. Le président Eyadema usait d’ailleurs de cette arme de mansuétude comme d’un puissant levier politique, ce qui lui a permis de retourner souvent ses plus farouches adversaires. Je l’avais dit dans mon précédent billet, ce procès pourrait aboutir à un traité de Versailles, ou celui de Westphalie. Il m’est avis qu’on s’achemine vers celui de Versailles. En 1919, à la sortie de la Grande Guerre, les vainqueurs, avec la France en tête, imposèrent à l’Allemagne un diktat draconien. Les Allemands, au lieu de comprendre qu’ils avaient été à l’origine des maux de l’Europe et faire acte de contrition, ne supportèrent pas l’arrogance du vainqueur et prirent fait et cause pour un caporal bohémien. La suite, on la connait. J’ai peur pour mon pays.

Nous ne sortirons de cette situation que de deux façons. Soit par une solution politique, ou corporatiste. La solution politique consistera à avoir une réelle volonté de réformer notre justice, en poussant les juges à dire le droit comme ils savent bien le faire. Cette solution peut venir de l'exécutif, ou du législatif, qui contrôle aussi l'action de la justice. La seconde viendrait d’une révolution du pouvoir judiciaire. Les médecins et les étudiants l’ont déjà démontré, s’ils se décident à parler d’une seule voix, on sera obligé de les écouter et de les fiche en paix. Un seul juge qui se révolte peut être muté, retardé, voir reformé, mais si tout l’appareil judiciaire crie indépendance, elle l'aura. Jacques Chirac aurait dit que l’Afrique n’était pas mure pour la démocratie, l’apathie de certaines institutions clés du jeu démocratiques tend à lui donner raison.

Mais ne nous trompons pas. Dans cette affaire, une grâce présidentielle ne résoudrait pas le problème. Le verdict a semble-t-ilf fait exploser l’hostilité qui couvait depuis longtemps. Le déballage va laisser des traces, difficiles à effacer. Et comme ce vieux Sénèque le disait, à juste titre d’ailleurs. «  C’est quand il n’y a plus d’espoir, qu’on ne désespère plus de rien ». J'ai peur pour ce pays.

Je conserve cependant une seule certitude, avant de fermer ce billet. Plaise à Dieu tout puissant d’épargner ma famille, une telle souffrance, où le frère condamne le frère, où la sœur colporte contre la mère, où le cousin en veut à mort à sa nièce.. Puisse le Seigneur m’épargner cette épreuve. Amen.

Par Gerry - Publié dans : Inspirations - Communauté : blogueur africains
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Mardi 6 septembre 2011 2 06 /09 /Sep /2011 02:30

Ça se passe en 2011, au Togo

Ça se passe devant nous, nous en sommes les témoins privilégiés, et pourtant, nous ne le voyons pas, parce que nous sommes trop à proximité, trop dans l’action pour avoir le recul nécessaire.

Quelque chose est en train de se mouvoir dans notre pays. Une dynamique est en marche. Pour l’instant, elle est tenue, diaphane, elle vacille, s’essouffle parfois et tend disparaitre, pour ensuite apparaitre avec force et vigueur. Ce quelque chose, c’est la remontée, après avoir touché le fond.

Je sais, mes lecteurs une fois encore me diront que le Togolais est plutôt du genre passif, désintéressé, apathique. Il manque de solidarité, il est fourbe, retors, vénal. Ils ont peut être raison, mais il n’en reste pas moins que le mouvement est là.

Il a commencé avec les médecins, en début d’année. Jeunes, souvent doués dans leur différentes spécialité, les praticiens ont exprimé leur colère dans la sérénité, la franchise et le respect de leur interlocuteurs. Faisant fi des clivages qui ont souvent miné les mouvements de contestation, ils ont posé leurs revendications ; corporatistes, liées à leurs intérêts. Ils ont été écoutés, et l’an 2012 nous dira s’ils ont été satisfaits ou pas. Premier signe.

Puis les étudiants ont embrayé. Depuis des années, je me plaignais de la disparition du leadership estudiantin, du fait de l’usage immodéré de la répression face à toute velléité de contestation. Et bien, la lame de fond a surgi de nulle part, d’un MEET dirigé par des jeunes résolus et décidés. Cette lame a tout balayé sur son passage, et a contraint les autorités à négocier…. et à plier. Second signe.

Puis deux autres secousses ont ébranlé le système (ou régime, c’est selon), comme des répliques consécutives aux deux premiers tsunamis. Il s’agit respectivement des mouvements d’humeurs des personnels de Togo télécom et de la TDE, qui ont tous obtenu satisfaction.

Ces quatre signes ont un coefficient commun : leur caractère corporatiste. Lors de tous ces mouvements, même si quelques individus ont tenté de faire jouer la fibre régionaliste –je pense notamment à un des syndicats des enseignants de l’université de Lomé, et à certains employés de Togo télécom qui se sont empressés de jouer aux délateurs, - l’attachement aux intérêts professionnels est resté inébranlable. Les kabyè, les akposso, les moba, les lamba et les ewe se sont retrouvés ensemble dans ces confrontations, faisant front à un adversaire commun, l’Etat, ou le patronat.

Depuis quelques temps, un autre front s’ouvre subrepticement. Il s’appelle … autonomie de la justice. Non, non, on n’est pas encore à l’étape de l’indépendance. Trop tôt. Mais autonomie quand même. Deux arrêts de la cour suprême en sont l’effet annonciateur. L’arrêt de la chambre administrative de la cours suprême annulant l’expulsion du commerçant libanais Mehanna HOUSSAM et le retrait de son titre de séjour. La puissante ANR aussi durement prise à contre pied, c’est nouveau. Puis il y a eu la décision de cette même cour, accordant la liberté provisoire de M SAMA Essohamnon, DG de Redémarre, et reconnaissant surtout le caractère illégal de la saisie des actifs de sa société. Il m’a été rapporté que certains ministres, plutôt influents du régime, ont été surpris par cette décision, qui désavoue non seulement l’ancien procureur de la république (mais lui, bon, hein !) mais surtout le garde des sceaux de l’époque, aujourd’hui Président de la HAAC, et pour finir, le gouvernement dans sa totalité, qui a mis tout en œuvre pour incarcérer M SAMA et procéder à la dilapidation des fonds de sa société. Les signes avant coureurs sont là.

Demain, va s’ouvrir véritablement le procès pour atteinte à la sureté de l’Etat, après la passe d’armes du jeudi dernier. Est-ce que nos juges vont dire le droit ? Ce sera difficile, et je ne pense même pas que quelqu’un s’attend à ce qu’ils le fassent. Dire le droit dans un dossier aussi complexe, si je m’en tiens à mes cours de droit, équivaudrait à la relaxe pure et simple des accusés, pour de multiples vices de procédures. Mais qui donc voudrait qu’on se limite à cela, sans aller au fond, sans découvrir les vérités, à défaut de la vérité ? J’avais, peut être naïvement, imaginé qu’on en viendrait à ce procès qu’après avoir obtenu un certain nombre de garanties sur la « collaboration » de tous les acteurs, surtout du fait de l’imbrication du fait familiale dans l’affaire. La passe d’armes du jeudi dernier fredonne un tout autre air. Il va y avoir de la bagarre, de déballage. Qui sortira victorieux de tout ceci ? En réalité, personne.

Engagé dans ces conditions  (bataille de tranchée) ce procès ne profitera pas au régime. Le simple fait de passer outre les vices de procédures sera déjà un échec (je n’ose aborder la question de l’immunité parlementaire du principal accusé, qui est un tout autre débat). Au contraire, le déballage qui se pointe à l’horizon (les épouses de certains accusés nous en avaient donné un aperçu) sera avilissant, outrageant, et contre-productif. Que les prévenus soient acquittés ou condamnés, les deux ans de détentions resteront comme une marque de l’arbitraire, que le plus équitable des procès ne saura effacer, d’autant plus que nous restons dans une logique de flagrant délit, où la comparution immédiate est la règle.

Les accusés, avec en tête de fil l’honorable Kpatcha Gnassingbé, ont par contre quelque chose à y perdre : leur liberté. Cependant, pour la plus part d’entre eux, la relaxe ne leur procurera qu’une joie amère. Les militaires par exemple, avant le procès, ont subi des sanctions statuaires et radiés des listes de contrôle de l’armée (vivement le tribunal militaire). Donc, un chômage pénible les attend à la sortie, dans la perspective d’un non-lieu. Pour les autres, tant que leur détracteurs restent au pouvoir, ils sont réduits à raser les murs, de peur de ne pas trop attirer l’attention, ou faire carrément de l’affrontement direct, donc investir le domaine politique( il n’y a pas d’autres voies que celle-là), dans une arène où l’ANC se fera un plaisir de les pourfendre, anciens thuriféraires du régime qu’ils sont.

A mon avis, ce procès se terminera comme à l’issue de la première guerre mondiale, sans victoire, sans vainqueur, avec l’indicible sentiment de gâchis.

Enfin, il y aura un acteur dont il faudra surveiller particulièrement le comportement :la justice togolaise, qui à défaut de dire le droit, pourra au moins la pratiquer (Les empoignades de la première journée sont d’ailleurs déjà prometteuses). Ceci se verra par son respect de la procédure, par son impartialité sur les droits des accusés, et surtout, par sa hauteur.

Ce procès, c’est la grande guerre. Il peut aboutir soit au traité de Versaille, en soulevant plus de rancœurs qu’elle n’en éteint, ou alors, de façon anachronique, à un traité de Westphalie, ouvrant la voie à un nouvel ordre national.

 

Tiens, à peine ai-je fini de parler de ces signes, que déjà un autre se profil à l’horizon : les enseignants posent des conditions avant d’entamer la rentrée scolaire. Ils veulent faire entendre leur voix, comme d’autres avant eux. Un autre signe. Encore.

Mais ne nous y trompons pas. Tout ceci est possible parce qu’il existe une volonté politique. Elle est peut être contrainte, opportuniste ou engagée, mais elle est. Et il faut absolument compter là-dessus, pour avancer.

Entendons-nous le bruissement feutré de ces pas, raclant le sol ? C’est un peuple qui s’éveille, dans la fraicheur matinale. Ah ! si seulement tous ces politiques pouvaient écouter leur peuple !

 

Allez, je vais finir par le dire. C’est la fin, avec l’armée togolaise. C’est officiel depuis le premier septembre. J’ai démissionné. La position devenait intenable. Il faut savoir ce qu’on veut dans la vie. J’ai eu notification de ma radiation des listes des contrôles des FAT ce matin. Un autre signe ? oui, je crois. Une dynamique est en marche.

 Pourtant, je comprends confusément que ça va me manquer ; le treillis, et le drapeau, le matin. C’est beau, le pli qui flotte, qui claque, et des hommes, raides comme la justice, qui le regardent monter. La camaraderie du matin, les marches harassantes, avec l’omniprésence de la sueur dans la bouche, les chants de popote, la casse à 11h, et cet humanisme ! Cet humanisme qui se manifeste dans l’épreuve, au moment où la volonté se brise. Le sac du camarade qu’on hale, la peur en montant au front, contagieuse et partagée. L’armée fait ressortir en nous ce qu’il y a de meilleur. Enfin, c’est ainsi que je l’ai vécu. Et aujourd’hui, je me sens honoré d’avoir partagé le quotidien de tous ces hommes et femmes souvent candides, simples, au service de leur pays, et mal aimés. Sursum Corda

Par Gerry - Publié dans : Actualité africaine
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Dimanche 21 août 2011 7 21 /08 /Août /2011 15:45

http://www.africau.com/wp-content/uploads/2011/07/photo-article-%C3%A9vala-300x225.jpg

Il y a maintenant un mois de cela, mon téléphone n’arrêtait pas de sonner, et quand je répondais, c’était toujours pour entendre la phrase fatidique :

-          Tu n’es pas monté aux évalas ?

Et quand je demandais pourquoi je le devais, mes interlocuteurs relevaient toujours qu’étant Kabyé (je suis en effet de Pya du coté de ma mère), et jeune entrepreneur, ma place était là-bas. Pour faire de bonnes rencontres (un contrat était toujours bon à prendre) ou simplement me faire remarquer et peut-être gagner une place au soleil. Puis lorsque je rétorquais à mes correspondants pourquoi eux ils ne montaient pas, j’avais deux réponses : soit ils y étaient déjà, et me cherchaient plutôt des yeux, où n’en voyaient pas la nécessité, n’étant pas eux même kabyè.

Dans la même semaine, me trouvant dans les bureaux d’un yovo (expatrié) où j’essayais difficilement de gagner ma pitance en lui installant un système de sécurité, ce dernier me demanda d’où j’étais. Je lui dis du nord. Il s’exclama.

-            Ah, Kabyè alors, mais vous êtes bien verni mon bon monsieur. Vous devriez avoir plein de contrats. C’est ce qu’on m’a dit quand je suis arrivé ici.

Il y a donc une position dominante du kabyè dans notre société, si l’on s’en tient aux réactions de mes amis, et de cet expatrié qui, connaissant à peine notre pays, a rapidement été nourri par nos préjugés les plus tenaces.

Je sais que le fait ethnique est tabou dans notre pays, ou alors singulièrement instrumentalisé, mais j’ai pour habitude de ne pas faire de langue de bois sur mon blog, voila pourquoi aujourd’hui, bien qu’étant un kabyè particulièrement fier de sa culture (de sa vitalité et de sa richesse), je vais dire pourquoi cette prétendue hégémonie est agaçante, contre-productive pour les kabyès eux-mêmes, et pour finir, inexistante, dans son essence.

De l’hégémonie ostentatoire et agaçante.

J’ai déjà fait, dans un article précédent,  un long développement sur le détournement des vertus de nos us et coutumes par l’ordonnancement administratif, et les pertes en recettes touristiques y afférentes, et je ne reviendrai pas là-dessus. Cependant,  le fait d’officialiser des fêtes traditionnelles pour chaque préfecture ou chaque groupe ethnique a une contrainte : celle de l’égal traitement par les autorités de ces festivités qui essaiment le calendrier du ministère de la Culture.  Dans la république qui consacre l’égalitarisme, Epe-Ekpe est autant important que Ayizan, sintu djindjagou, D’pontr ou les Evalas. Partant, consacrer dix jours de l’année pour mobiliser (ou immobiliser, c’est selon) toute l’administration, les hommes d’affaires et mêmes des diplomates au motif de fête traditionnelle d’une des 46 ethnies que compte le Togo ne peut relever que de l’ostentation compulsive, surtout si les fêtes des autres groupes ethniques sont de plus en plus délaissées par tout l’appareil d’État.

Personnellement, j’aime bien la période des évalas en pays kabyè. Il suffit pour de penser à faire le circuit hors le cortège officiel. L’humeur est égrillarde, le vaudeville est roi, le quolibet en embuscade, la ripaille abondante, et le tchoukoutou, aussi pétillant dans les jarres que dans les yeux. C’est la fête authentique, vraie, celle de nos racines. Attendez l’arrivée des officiels, et poussez la curiosité pour vous retrouver dans la tribune officielle ou tout à proximité, et vous remarquerez alors une chose ahurissante : c’est que presque tout le monde s’ennuie à mourir. Personne n’en à cure des jeunes qui se culbutent à hue et à dia sur un terrain inégal, souvent envahi d'herbes coupantes comme des rasoirs. Ce qui est plutôt normal. Les évalas étant une joute entre quartiers puis entre village entiers, les autochtones connaissent leur champion et les célèbrent, alors que l’étranger (celui qui n’a pas grandi au village), qui a déjà vu les immenses lutteurs sénégalais ou les catcheurs de la WWE à la télé, ne se sent ni impressionné, ni concerné.

Mais au-delà de ce désintérêt réel et persistant, la réalité est là: au fil des ans, les evalas deviennent une sorte de messe où une ethnie du pays en impose aux autres, aussi bien par la mobilisation des ressources (les grands opérateurs économiques et les ONG s’y illustrent particulièrement) que par la présence médiatique. L’indignation de la presse privée et d’une certaine opinion n’y change rien. Au contraire, chaque année, la gamme des festivités augmente, un peu comme pour renforcer la position dominante.

 De la contre-productivité de l’"hégémonie"

Le revers de la médaille de cette prétendue hégémonie reste la difficulté que rencontre le jeune kabyè sur le marché du travail. Ah ! Oui, je sais que certains de mes lecteurs vont s’écrier :

-            Comment, des jeunes kabyès avoir des difficultés à trouver du travail ?

Et pourtant, la triste réalité est qu’aujourd'hui, sur un marché de l’emploi comme celui de Lomé que je connais un peu, il est plus malaisé au diplômé de l’enseignement supérieur de la même origine que moi de trouver du travail. La première raison est qu’on trouve qu’il est moins nécessiteux que les autres: normal, ses frères sont supposés avoir suffisamment de ressources pour l’employer. La seconde est que, souvent mal orienté (comme je l’ai été à l’époque), il arrive sur le marché du travail avec un diplôme universitaire, qui le prédispose à des tâches administratives, là où les autres, mieux avertis, ont reçu une formation technique. Or, la fonction publique n’emploie que 50 000 personnes environ sur les 2,1 millions d'actifs togolais (soit 2.3%). Et cette fonction est au bord de l’implosion, ne pouvant plus embaucher (notre masse salariale représente 41% des recettes fiscales, contre les 34% que recommandent les critères de convergence de l’UEMOA). Dans les années 70-80, la reproduction sociale, aidée par la fameuse théorie de « rééquilibrage » soutenu par mon oncle Yagla avait autorisé des recrutements non contrôlés et souvent basés sur l’origine ethnique dans cette même fonction publique, mais aujourd’hui, les rigueurs budgétaires ne permettant plus ces largesses. D’où la contre-productivité de l’hégémonie.  Et même quand le ministre ou le directeur peut recruter, il préfère souvent prendre ses propres frères dans des emplois subalternes (planton, chauffeur, gardien) où il a l’assurance de bénéficier d’une servilité totale et éternelle, ne se risquant pas à introduire dans son administration le brillant docteur en économie issu du même village que lui. Car sachant lui-même qu’il doit sa position à « géopolitique » et non à son propre mérite, un brillant petit frère lui ravira sans doute sa place au prochain remaniement ministériel. Et ceci vaut aussi pour les chefs d’entreprises. Il est tellement difficile de convaincre les gens que ce n’est pas parce que vous êtes kabyè que vous avez les marchés de l’État, que avez des privilèges, et qu’en réalité tout ce que vous demandez, c’est qu’on vous mette à l’épreuve.

De l’inexistence de l’hégémonie.

Selon un communiqué du conseil des ministres citant le « document révisé de stratégie intérimaire de réduction de la pauvreté au Togo », 24 % des personnes vivant à Lomé sont pauvres, 69,4 % le sont dans la région maritime, 56,2 % dans région des plateaux, 77,7 % dans la région centrale, 75 % dans la région de la Kara et 90,5 % dans région des Savanes. Si position dominante il devrait y avoir, la région des plateaux devrait emporter la médaille, et nullement la région de la Kara, qui vient en troisième position, quel que soit le bout par lequel on prend le classement.

Je suis né et j'ai grandi à Pya, où j’ai fait mes premiers pas à l’école. J’y ai grandi jusqu’à l’âge de 10 ans, puis j’ai été au collège chaminade à Kara, ensuite, ma dernière affection était aussi l’Efofat, à pya. Mon père est originaire de Siou, 20 km au nord du village maternel. Autant dire que je connais assez bien la région. La misère dont fait cas le document ministériel est un euphémisme tant qu'on ne vit pas. Et si vous y vivez, hors période de bacchanale généralisée que constitue la période des evalas, vous l'identifiez facilement; cette misère : elle est palpable, omniprésente, à couper au couteau. Elle se manifeste au ventre turgescent des enfants, aux corps rabougris des adultes précocement vieillis, aux maigres récoltes, aux difficultés des parents à assurer plusieurs repas par jour à leur famille, ou à envoyer les enfants à l’école. Bref, ces Kabyès-là, que vous retrouvez dans leur berceau, sont comme tous les Togolais. Ils vivent leur misère comme la peau qui leur recouvre le corps : ça démange, mais on ne peut pas s’en débarrasser.

Alors, que retenir ? Premièrement que l’exposition de la position dominante observée lors des évalas ou certaines funérailles est embarrassante, voire choquante. Secundo, cette exposition est plutôt contre-productive, surtout pour le demandeur d’emploi ou le jeune chef d’entreprise kabyè, tant elle le met dans une fausse position de privilégié. Pour finir, l’hégémonie est elle-même factice, pour preuve, la répartition de la pauvreté au Togo. Certaines personnes pensent que parce qu’un oncle ou un cousin est ministre ou directeur de société, tous les membres de son village sont « gatés ». Allez dans la kozah, ou à Lomé ici, demandez à tous ce qui sont dans ce cas, et je parie que vous comprendrez pourquoi, pour certaines personnes, c’est plutôt une malédiction de voir un frère devenir un « grand quelqu’un », car pour eux, désormais, toutes les portes leur seront fermées. Et de privilégiés, ils deviennent insidieusement des victimes que personne ne reconnait, ou feint de ne pas reconnaître. Cette situation les oblige, bon an mal an, à continuer à supporter ces « grands frères qui n'aident personne » au nom d’une solidarité transversale qui, du fait du rejet des autres, leur reste comme un héritage certes encombrant, mais identitaire.

Par Gerry - Publié dans : Info togolaises - Communauté : blogueur africains
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Dimanche 26 juin 2011 7 26 /06 /Juin /2011 22:46

http://img.over-blog.com/599x409/1/08/44/51/Sourire-jpg.jpgUn sondage (effectué par l’institut américain Gallup, et publié par Forbes en 2010),  sur le critère du bien-être classait le Togo, sur les 155 pays où s’est déroulée l’étude, en dernière position. La première réaction que j’eue en lisant le titre de l’article consacré au sujet fut le rejet, ou tout du moins, l’incrédulité, associant plutôt ce genre d’information à un montage, une sorte de cabale contre mon pays bien aimé. Mais en allant plus loin dans la lecture de l’article sur le site de Forbes, j’ai rapidement découvert que l’enquête avait été effectuée pendant plusieurs années par des professionnels au fait de leur métier, et que de toute façon, une si grosse institution américaine ne pouvait investir autant d’argent dans une enquête avec l’unique but de salir le nom du Togo.

Passé les étapes d’incrédulité et d’indignation (légitime), vient ensuite l’instant fatidique d’interrogation. Pourquoi les Togolais se sentent-ils si malheureux ? Mon ami Blaise, un dur des durs de l’opposition, a la réponse toute trouvée : C’est à cause d’un demi-siècle de dictature d’un clan au pouvoir. Mais cette réponse ne me satisfait guère. Dictature ou pas, les Togolais ont toujours connu une paix relative, à l’opposé des pays comme la Sierra Léone, le Libéria, la Somalie, le Tchad, le Rwanda et l’Iraq (autant de pays qui sont devant nous dans ce sondage). Des pays comme le Cameroun sont dirigés par des présidents inamovibles, et pourtant le Cameroun est 96éme sur la liste, devant l’Inde, la  Turquie, et la Chine.

Mon autre ami, Lambert, Rpétiste notoire, invoque quant à lui la misère, liée bien entendu à la grève générale et illimitée de 93( le contraire eut été étonnant). Mais là aussi, l’argument ne tient pas. Le PIB/habitant du Togo était estimé par la CIA World Facebook en 2009 à 900$, soit 400 000 FCFA. Certes, cette valeur nous met derrière tous nos voisins limitrophes (Ghana 1300$, Benin 1500$, et Burkina 1100$) mais nous restons devant l’Ethiopie (700$) le Burundi (400$) et surtout le Zimbabwe (200$) qui sont tous devant nous dans ce sondage. Par ailleurs, le PIB/habitant ne reflétant plus de façon objective le niveau de développement d’un pays, on fait plus appel aujourd’hui à l’IDH (indice humain de développement) pour classer les pays selon la qualité de la vie. Et même dans ce classement pour l’année 2009, le Togo n’occupe pas la dernière place.  Dans cette liste donc, nous sommes 159éme, sur 182 pays, mais devant le Benin (eh oui) le Sénégal (oui !), le Burkina Faso, et le Mali, pour ne citer que ceux-là. Même le Ghana, notre voisin de l’ouest envié en permanence, n’est que 152e, soit à quelques encablures.

Donc, tout n’est pas si noir dans notre pays, même si le chemin est encore long pour le plein épanouissement. Alors, pourquoi le Togolais se sent-il si malheureux ? Je crois que c’est à cause du désespoir et de la disparition de l’optimisme dans nos rapports au temps.

Toute personne qui vit à Lomé (mais je présume que c’est la même chose que partout dans notre pays) ressent au moins une fois dans la journée cette angoissante impression, qui forme une boule dans le ventre et remonte insidieusement vers la gorge, de se retrouver au pied du mur. Je prendrai trois petits exemples, tirés de mon expérience personnelle, pour expliquer cette angoisse existentielle qui parait être plus prégnante au Togo que partout ailleurs.

1 : La réfection des infrastructures. Le Togo est en chantier, et tous les Togolais, quel que soit leur bord politique, doivent être fiers de ça. Mais la contrepartie, c’est le mépris que les entreprises de TP ont pour la circulation des personnes et des biens. Lorsqu’une voie est barrée pour cause de travaux, il devrait être prévu, en amont, l’établissement d’itinéraires de contournement balisés (panneaux de signalisation) et surtout aménagés, pour permettre aux usagers de la route de continuer à bénéficier de conditions acceptables de circulation. À la place, c’est souvent quant on arrive au croisement qu’on découvre que la route est barrée, et qu'il ne reste plus qu'à se tracer un itinéraire qui, par ces temps de pluie, tient plutôt au moto-cross. Et que dire de ces voies bloquées pendant des mois pour des travaux jamais achevés. La réaction de nos compatriotes relativement à ces déconvenues reste le fatalisme, et ceci pour une raison évidente, l’absence d’interlocuteur. Normalement, dans un état décentralisé, les services municipaux suivraient au pas les entreprises des TP, pour s’assurer que le bien-être des citoyens n’est pas lésé, que la durée des travaux ne pèse pas les commerces et les services, que des habitants ne se retrouvent pas dans l’impossibilité d’accéder à leur maison, pour cause de construction de caniveaux, sauf à passer sur une minuscule planche fournie par l’habitant. L’absence d’interlocuteur renvoie au fatalisme, d’où le désespoir.

2 : La conscience morale. Ces deux dernières semaines, des journaux, plutôt réputés pour la crédibilité de leurs investigations, ont fait part de deux scandales qui, à juste titre, auraient dû secouer tout le landerneau syndical et politique togolais. Il s’agit du monumental scandale financier concernant Contour global, et des raisons de l’augmentation du prix des produits pétroliers. Sans vouloir entrer dans les détails, ces journaux expliquaient que Contour Global aurait investi 100 milliards de FCFA dans une centrale qui ne fournissait que de l’énergie d’appoint au Togo, pour en récolter 500 en 25 ans. Et que la CEET, pour faire face aux surcoûts générés par situation, a été obligée d’augmenter le prix de l’électricité. Pour l’augmentation du prix du carburant, un autre analyste financier, sur la base de chiffres présentés par le gouvernement, nous démontrait tout simplement que si on avait un tant soit peu respecté les taux du change du dollar au moment de l’achat des produits pétroliers, nous aurions pu nous mettre à l’abri d’une augmentation maintenant. Par ailleurs, les commissaires du gouvernement dans l’élaboration du budget 2011 ont rapporté aux députés que la CEET avait renoué avec ses pertes, qui s’élevaient en deux ans à plus de 5 milliards, sans jamais dire clairement à quoi ces pertes étaient dues, et quelles sanctions avaient eu les responsables. Ce qui est certain est que ces scandales financiers ont de lourdes répercussions sur le quotidien du Togolais lambda, qui se voient encore plus enfoncé dans la misère. Le plus étonnant est que la révélation de ces scandales n’a pas suscité de remous. Ni dans la société civile (l’association togolaise des consommateurs s’est à peine fendue d’un communiqué demandant la réduction du prix de l’électricité). Les opposants remuants et avides à manifester n’ont trouvé aucun motif d’interpellation des ministres concernés au parlement, ni d'inscription de ces sujets sur leur plateforme de revendication. Il faut croire que seul le pouvoir les intéresse. Le régime en place n’a pas fait de vagues non plus. Mais lui, on peut le comprendre. C'est lui qui est indexé, même si dans la logique de gouvernance participative de rigueur partout, une grosse conférence de presse explicative aurait été fort indiquée. Cette inertie est à l’origine de l’empathie ambiante dans notre pays. Il s’y développe un sentiment d’abandon, source de désespoir.

3:La préférence nationale. J’ai sur la préférence nationale une longue théorie, que je ne développerai point ici. Pour me résumer, je dirai que notre pays s'emploie depuis plusieurs années (pour certains domaines, ceci est antérieur à l’arrivée de Faure Gnassingbé au pouvoir) à saboter systématiquement ce qui faisait sa particularité. Nous n’avons pas su protéger les nana benz à l’arrivée de Hitarget et aujourd’hui, elles ont perdu le monopole de la vente de pagne au profit de Cotonou, Lagos et même Abidjan. Nous n’avons pas vu défendre notre pole position dans la fourniture des services liés à internet, que Café informatique avait fièrement implanté au Togo, ceci devant le Ghana et même le Sénégal. Aujourd’hui, nous trainons un misérable taux de pénétration d’internet de 5%, alors qu’il était de 4% en 99, à l’époque où presque tous les pays africains, en dehors de l’Égypte et de l’Afrique du Sud, en étaient à 1 ou 2%. Nous n’avons pas su organiser notre commerce des véhicules d’occasion, et aujourd’hui, plusieurs importateurs sont partis s’installer au Bénin et au Ghana. Nous sommes malheureusement en train de tuer notre système éducatif, qui était pourtant réputé dans la sous-région, et donc bientôt, nous risquons d’importer des instituteurs de pays où jadis nous envoyions nos jeunes cadres pour enseigner. Pour moi, la préférence nationale reste un plan en filigrane que tous les gouvernements, quelles que soient leurs idéologies, appliquent, soit pour la grandeur du pays (la grandeur de la France, comme le disait de Gaule), ou pour des objectifs plus terre-à-terre de politique de développement. J’ai été confronté à cette absence de préférence nationale dans mon projet d’implantation d’un point Harmattan au Togo. Le projet avait un double intérêt : mettre à disposition du public des livres à moitié prix (et non seulement des livres d’harmattan) et offrir aux auteurs togolais désireux de publier à l’harmattan une assistance et surtout une accessibilité qu’ils n’auraient jamais eues auparavant. Le projet, du genre associatif, me paraissait excellent, pour mon pays, car j’appartiens à cette classe de doux rêveurs qui croient encore que le mot patrie à un sens. Du coup, après avoir bénéficié d'un premier soutien du SCAC pour le voyage exploratoire en France pour rencontrer la maison Harmattan, je n’ai pas hésité pour les deux voyages suivants, à mettre la main dans la poche pour assurer la logistique. Le projet arrive donc à la phase d'exécution, je loue des bureaux (à mes frais) à Lomé, Harmattan envoie les livres (dépôt-vente) à ses frais, et il ne me reste plus qu’à les faire sortir du port. Pour ce faire, je compte sur la ratification par le Togo des accords de Florence et des protocoles additionnels de Nairobi, accords qui consacrent la suppression des taxes à l’importation des biens culturels, y compris les livres. Et c’est là que tout coince. La loi a certes été votée et publiée au journal officiel, mais personne ne semble intéressé à l’appliquer. Certaines bonnes volontés me permettent de récupérer la première fournée de livres, grâce à un « bon à enlever » de la douane, mais ce n’est pas bon puis qu’il s’agit d’une faveur, qui ne vaut pas application de la loi. Et déjà la deuxième fournée de livres est là, en attente de sortie au port. Je me démène, envoie les courriers, fais des appels tous azimuts, pour finir par me rendre compte que pour récupérer mes livres, il fallait payer, comme si la loi n'avait jamais existé. Et c’est ce que je finis par faire. Voilà où se trouve le mur de verre. Il est invisible, mais on bute sans cesse sur lui, sans jamais savoir à quelle porte s’adresser.

Au mois dernier, j’ai organisé une communication avec certains jeunes de la diaspora à Paris sur le sujet de l’entrepreneuriat au Togo. L’impression que tous ces jeunes ont, c’est qu’on ne veut pas d’eux dans leur pays. En 2010, cette diaspora avait envoyé au Togo 143 milliards de nos francs, soit 150% de notre masse salariale, et pourtant, elle n’a pas de droit de vote, et n’a même pas éé recensée en novembre dernier. Je reste persuadé qu’ils se trompent, on a besoin d’eux, mais la réalité est que notre système sociétal est encore trop primaire, trop peu structuré et insuffisamment décentralisé pour que le sentiment national imprègne notre désir de vivre ensemble. Beaucoup trop souvent, le ministre, voire le chef de l’État reste le premier et le dernier interlocuteur. Beaucoup trop de nos lois, de nos règlements ne sont jamais appliqués, faute d’institutions fortes et indépendantes pour les porter à bout de bras. D’où, une fois encore, ce désespoir ambiant.

Le Président de la République dans son discours de début d’année disait à juste titre qu’il avait l’impression que les Togolais n’y croyaient plus. Cette prise de conscience vaut résolution du problème à moitié. L’autre moitié concerne les mesures urgentes à prendre pour qu’on y croie de nouveau, pour qu’on cesse d’être le peuple le plus malheureux de la planète. Je ne pense pas que les solutions soient uniquement politiques, même si les réformes institutionnelles me paraissent les plus indiquées à court terme pour juguler le mal. À mon avis, la solution tient à une autre approche de l’organisation de notre société, moins politisée et plus centrée sur le sentiment national, car entre la petite frange de militants qui encensent le régime et l’autre frange qui le conspue, l’immense majorité des Togolais que je croise, n’ont sans doute qu’une envie : retrouver la fierté d’être togolais, avec un salaire autorisant la vie, une capacité de se soigner dignement, l’accès à une école républicaine et efficiente, un toit, un sentiment de sécurité, et surtout, le rêve d’un avenir meilleur, pour nos enfants. Et notre amour pour notre pays n’en sera plus que meilleur.

Par Gerry - Publié dans : Info togolaises - Communauté : blogueur africains
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Parcours de combattants, roman


Extraits et synopsis.
synopsis
La mort du Pr Bitimuku
Madame Heanandez
Univers carcéral
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ISBN : 978-2-296-06935-0 • avril 2009
 

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