Vendredi 18 mai 2012 5 18 /05 /Mai /2012 03:05

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L’élection du socialiste François hollande, ou je dirai plutôt la défaite de Nicolas Sarkozy aux élections présidentielles françaises a soulevé en Afrique, surtout francophone, un enthousiasme contagieux. Cette ferveur n’est sans doute pas à l’adresse de président entrant : personne ne le connait. Les Africains ont, dans leur majorité, salué le départ d’un président qui, durant son quinquennat, à donné l’impression d’en avoir particulièrement contre ses ex-colonies africaines. Et les griefs sont nombreux : le discours de Dakar que plusieurs intellectuels n’ont pas encaissé, le rôle déterminant joué par Sarkozy dans la guerre civile ivoirienne, et surtout, surtout son parti pris pour les rebelles libyens, au mépris de toute règle élémentaire de droit international ont scellé le désamour du président français avec les jeunes africains.

Au Togo aussi, les réactions n’ont pas failli. Partout, leaders politiques, faiseurs d’opinions et autres passionnés de l’actualité ont acclamé cette élection, tout en concluant que l’arrivée des socialistes au pouvoir sonnait le glas du régime cinquantenaire qui régente le Togo. 

Les Togolais ont d’ailleurs une raison particulière à jubiler. M Hollande, l’actuel président français, n’a-t-il pas comme conseiller pour l’Afrique M Yamgnane, un des fondateurs du Frac, candidat avorté aux élections présidentielles de 2012, fervent pourfendeur du pouvoir togolais ?

Sous un certain angle, on pourrait croire que l’arrivée des socialistes est un bon signe pour la démocratie en Afrique. D’une part parce que plusieurs partis de l’opposition appartiennent souvent à l’internationale socialiste, et que ces partis pourraient s’appuyer sur leurs camarades français pour retrouver l’exercice du pouvoir. D’autre part, et c’est l’argument le plus avancé, c’est que l’arrivée de socialistes au pouvoir – avec leur éthique rigoureuse – signifie la fin de la franceafrique. Hollande lui-même annonce quelques mesures qui vont dans ce sens : fermeture de quelques bases militaires en Afrique, fin de certains privilèges….. Les socialistes, avec leur humanisme, ne sauraient encourager l’existence de potentats prédateurs de démocratie à la tête des Etats  Africains.

Personnellement, je pense que cette lecture est trompeuse. Et ceci, pour trois raisons.

La première, et la plus évidente, est que pour moi, la franceafrique est morte. Les dernières manifestations de cette immense hydre géante datent de la fin du règne de Chirac. Les relations paternalistes entre la France et ses colonies appartiennent au passé. Aujourd’hui, à la place, règnent les franceafriques,  des cercles d’influence et de pouvoir constitués par les oligarchies africaines et des multinationales françaises. La particularité des ces franceafriques, c’est qu’elles se font la guerre entre elles,  souvent loin des aires d’influence des politiques. (cf la guerre sans pitié que se livrent Bolloré et Getma ). En réalité, il y a dans les pays africains francophones autant de francesafriques qu’il y en a de chinesafriques, d’indesafriques, de libansafrique…. Parce que nous sommes aujourd’hui, bien plus qu’hier, en présence de multinationale à l’identité nationale floue et diffuse.  Cependant, dans l’imaginaire collectif des Africains, de nous autres Togolais, la franceafrique ne peut pas disparaitre. Aussi longtemps que nous aurons des Bollorés, des Vinci, des Bouygues en Afrique, nous verrons dans notre lorgnette une France omnipuissante, parce que nous restons incapables de développer nous-mêmes des multinationales comme ArcelorMittal (Inde), ou Huawei (Chine). Tant que nous ne serons pas en mesure de tenir la concurrence avec l’occident comme le fait si bien l’Asie, nous interpréterons toujours la présence des géants français sur nos territoires comme des positions d’exploitation, oubliant que l’Afrique ne représente que 2% dans les échanges commerciaux internationaux, et que les plus grands bénéfices de ces sociétés, elles les réalisent en Europe, en Asie, et en Amérique latine.

La seconde raison est que les socialistes n’ont jamais aidé aucun parti à prendre le pouvoir en Afrique. Ce n’est pas dans leur méthode. Ils condamneront sans doute une prise de pouvoir par la force, ou des fraudes électorales, mais ce n’est pas eux qui enverront le 8e Dragon parachutiste déloger Faure du palais présidentiel. Et en cela, la politique de Hollande ne saurait être différente de celle de Mitterrand, qui, très tôt, s’est inscrit au réal politique en ce qui concerne l’Afrique. Or, nous avons vu depuis 2010, que Faure ne se préoccupe plus particulièrement d’être bien vu par Paris. En demandant le départ d’Eric Bosc en 2010, il avait posé un acte de défi tout à fait symbolique. Il montrait  à la France qu’il était disposé à traiter avec elle d’égal en égal. Et ça lui a plutôt réussi. Il est resté en froid avec Sarkozy, et cela ne lui a pas empêché de briguer dans la sérénité un second mandat. Depuis la crise ivoirienne, l’oligarchie qui nous dirige a compris que le vent pouvait tourner, et par anticipation, elle s’est tournée vers l’orient. Les fonds issus de la prévarication ne sont plus déposés en Suisse (où l’occident peut les geler facilement) mais plutôt dans les banques émiraties et chinoises. Les entreprises chinoises sont de plus en plus sollicitées pour réaliser des travaux qui autrefois étaient confiés aux géants français. Même la coopération militaire avec la Chine monte en puissance, au moment où la France réduit les budgets. Nous sommes mêmes entrés dans une phase où la France va être obligée de faire la cour à ses anciennes colonies,  qui restent  très séduites par le laxisme de l’ogre chinois sur les questions de démocratie et de droit de l’homme. Un moment, le mauvais élèves vont poser la question suivante aux Français. Vous voulez nos voix à l’ONU et le survol de nos territoires, contre une promesse de ne plus massacrer nos populations, mais de se maintenir au pouvoir, ou la démocratie, et vous n’aurez pas nos voix, nous massacrerons nos populations, nous nous maintiendrons au pouvoir, nous serons avec les Chinois et vous ne pourrez pas intervenir ?(cf Syrie)

La troisième raison est que même les socialistes, avec leur éthique à toute épreuve, risquent de passer à l’ennemi. Je m’explique. Imaginons qu’en 2015, nous allons à des élections présidentielles où l’oligarchie au pouvoir use des mêmes pratiques pour gagner les élections, à savoir, l’achat des consciences par milliers. La précarité est telle dans nos campagnes que sans une éducation civique de masse, les effets seront toujours les mêmes. Mais le gros problème des achats de conscience, c’est que la forfaiture est difficile à démontrer. Je n’ai pas le souvenir d’élections annulées pour cause d’achat de conscience en Afrique. Par conséquent si les observateurs ne décèlent aucune fraude le jour du vote (et l’achat de conscience permet justement de ne pas avoir de fraude avérée le jour du scrutin), ils seraient bien obligés de valider ces élections, et la France n’aura pas d’autre raison que d’entériner la forfaiture (puis que forfaiture il y a, l’achat des consciences étant interdite). En 2015, un scénario à la camerounaise est bien possible, et le peuple n’aura plus que ses larmes pour pleurer, pendant que notre opposition radicale (et majoritaire) enverra aux gémonies la France et ses socialistes, comme elle l’a déjà fait pour l’Union européenne lors des scrutins passés.

C’est donc tout vu. L’arrivée des socialistes n’est pas forcément une bonne nouvelle pour la démocratie togolaise. Au mieux ils condamneront la énième forfaiture (et il faut bien compter sur Yamgnane pour le faire) mais pour qu’il y ait de l’efficacité, il faudra drainer dans le sillage, l’Union européenne et les USA. Au pire, ils constateront l’échec de l’opposition, si celle-ci ne parvient pas une fois encore à présenter un front commun. Il n’y a cependant une solution. : la formation citoyenne des masses. Les Togolais sont un peuple digne, mais qui se cherche encore. La misère dans les campagnes est affreuse, et le régime en profite. A charge aux partis politiques d’investir nos campagnes, nos hameaux pour faire comprendre à ceux qui y résident comment, pour un billet de 2000F, ils mettent en péril la survenance de l’alternance au Togo, et de ce fait, l’implantation d’une démocratie entière. Le NET (Nouvel Engagement Togolais), le parti politique que j’ai l’honneur de diriger, peut s’orgueillir d’avoir organisé deux semaines seulement après sa création, trois séances de formation politique et citoyenne à l’endroit de ses militants. Il faut forger les convictions politiques.

Pour que les socialistes soient nos meilleurs alliés dans trois ans (pour 2012, c’est très tôt) il nous revient à nous autres, leaders politiques, de leur préparer le terrain. Par la pression pour l’organisation d’un scrutin transparent, et surtout par l’éducation des masses, afin que celles-ci comprennent les enjeux et jouent leur partition. Seulement alors, nous pourrions compter sur les socialistes. Eux au moins, n’enverront pas de messages de félicitation à la proclamation des résultats par la CENI. Si nous pouvons prouver la matérialité de notre victoire, la pression internationale pourra avoir raison des usurpateurs, ou alors c’est le peuple comme un seul homme qui sortira revendiquer sa victoire. Et dans le peuple, j’y vois toutes les composantes, civiles et militaires, car nous autres, leaders politiques, nous aurions dépassé les préjugés ethniques et historiques pour parler un seul langage, celui du Togo.

De tous les combats, la victoire revient à celui qui sait le plus s’adapter au terrain. Aujourd’hui, nous avons donc le choix entre la prorogation des mêmes erreurs, tout en laissant notre peuple se débrouiller tout seul en le jetant en pâture à l’oligarchie, ou aller vers lui, et l’aider à mieux se défendre. Le NET a fait le choix de la seconde voie. Elle sera longue, tortueuse, mais elle est celle qui mène indubitablement vers la sauvegarde du peuple togolais.

Par Gerry - Publié dans : Actualité internationale - Communauté : Les relations Europe Afrique.
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Lundi 30 avril 2012 1 30 /04 /Avr /2012 21:57

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Mesdames messieurs les délégués, membres du NET

Mesdames  messieurs les journalistes

Honorables invités

 

Je voudrais commencer ce discours en plaçant ce parti que nous venons de porter sur les fonds baptismaux sous la protection de Dieu. Tous ici présent, nous venons certes de religions différentes, de confessions diverses, mais toutes ces croyances ont un dénominateur commun : Dieu. Puisse-t-Il donc nous protéger, nous accompagner dans notre action et permettre à tous ceux qui sont venus de loin de retrouver la quiétude de leur domiciles et familles. Puisse-t-Il surtout, bénir le Togo, et tous les Togolais. Notre pays, tout comme plusieurs pays de la sous-région, est à l’orée de grandes décisions concernant son avenir. Puisse le Tout Puissant nous inspirer pour faire le bon choix.

Je souhaiterais aussi particulièrement demander au Seigneur d’accorder une prompte guérison à M Noel Tadegnon, mon ami, et grand défenseur de la liberté d’expression au Togo. Je ne sais pas encore dans quelles circonstances il a été blessé par les forces de l’ordre, mais rien, absolument rien ne devrait plus jamais permettre de mettre dans cet état un Togolais, soit dans l’exercice de sa profession, ou dans l’expression de son opinion. La République que nous souhaitons bâtir devrait se départir de ce genre d’égarements.

J’aimerais ensuite, si vous me le permettez, rendre ici hommage à tous ceux qui, par leur action et leur engagement, ont permis que le Togo soit. Je commencerai par tous ces peuples qui ont vaillamment résisté à la pénétration coloniale. On ne le dit sans doute pas dans nos livres scolaires, mais ma conviction intime est que tous les peuples au Togo ont lutté contre l’invasion du blanc. Certains ont pensé qu’il fallait apprendre sa science pour mieux le combattre, et d’autres, plus farouche, lui ont opposé les flèches et lances contre ses mousquets et autres arquebuses. L’histoire a, de droit, gardé le souvenir des martyrs, permettez-moi donc de célébrer ici la mémoire des guerriers Kabyè, losso, bassar, komkomba, tchokossi j’en passe et des meilleurs, qui ont donné leur vies afin que persiste dans notre conscience, la flamme de la résistance.

Je souhaiterai aussi rendre un vibrant hommage aux pères de l’indépendance, et ils ont été nombreux. Ceux que l’histoire nous a transmis s’appelaient Sanvi de Tové, Pa de Souza, Anani Santos, et surtout Aithson : remuant et déterminant. Le plus célèbre de tous, et sans doute le plus charismatique et le plus capable, était Sylvanus Olympio. Tous ces gens ont fait notre histoire, et nous devons honorer leur mémoire. Mais nous devons aussi honorer celle de tous les acteurs qui ont contribué à l’édification de la nation togolaise. Je citerai pèle mêle les populations de Lomé de l’époque coloniale, les femmes surtout, qui continuent à jouer un rôle déterminant dans notre société. Et tous ces hommes politiques, de tous les partis politiques : les chefs traditionnels du nord, les leaders du CUT, du PTP, du JUVENTO, de l’UCPN…. Je voudrais aussi saluer la mémoire de tous les anciens chefs d’Etat disparus. L’histoire a ceci de cruel qu’elle ne rapporte de ceux qui ne sont plus, que les conséquences de leurs actes, sans jamais aller à la rencontre de l’homme. Permettez-moi donc ici, de saluer la mémoire de Nicolas Grunisky, de Kleber Dadjo, de Gnassingbé Eyadema. Tous, chacun à sa façon et avec ses moyens, a cru concourir au bonheur du peuple Togolais. Chez moi, d’où je viens, un adage dit  «  qu’on ne parle jamais d’un défunt en mal ».

Pour finir cette longue litanie d’hommage, j’aimerais ici, mesdames et messieurs, dire toute mon admiration pour ceux qui, depuis des années, incarnent la lutte politique au Togo. Je commencerai par le plus intrépide et le plus visible de tous, celui qui, depuis 20 ans, est resté inflexible sur ses principes, j’ai nommé Jean-Pierre Fabre. Comme vous le savez, j’ai souvent des points de vue divergents avec lui sur son approche, et c’est de bonne guerre, mais ne nous trompons pas, au rang de résistants de notre génération, je ne connais personne qui fait mieux que lui dans ce pays, et un hommage particulier doit lui être adressé. Je n’oublierai pas un homme politique que je considère aujourd’hui comme un ami personnel, et qui m’a subjugué par la pénétration de son esprit et sa clairvoyance sur les enjeux politiques de notre pays, un homme qui incarne à lui seul, l’histoire contemporaine de notre pays, cet homme, c’est M Agboyibo. Beaucoup d’injustices lui ont été faite durant son parcours politique. Je lui rends personnellement hommage. Il est un puits de savoirs et d’expériences, où nous autres jeunes loups nous pourrions trouver une source intarissable d’inspiration. Je rends enfin hommage à tous les martyrs, civils et militaires qui, depuis 52 ans, ont été sacrifiés à l’autel de la République. Puissions-nous, par notre engagement, rentabiliser leurs souffrances.

Je n’oublierai pas ceux qui ont permis que la salle soit comble aujourd’hui, à savoir les journalistes. Ils sont les seconds piliers de la république, avec l’école. Au Togo, ils travaillent dans des conditions exécrables, mais pourtant, ils conservent un enthousiasme que je leur envie secrètement. J’aimerais particulièrement que l’on fasse un ban à tous les journalistes togolais. Ils sont comme ce pays que nous aimons tant : dignes dans la précarité.

Il y a aussi des délégués qui sont venus de loin, du Nord du pays, des pays limitrophes, Benin, Ghana, et j’en passe. Je voudrais aussi que vous leur fassiez un ban. Ils sont notre plus grande fierté.

J’aimerais maintenant, si vous le permettez mesdames et messieurs, partager avec vous cette réflexion empruntée à Kennedy « " Sois toi même le changement que tu veux voir pour ton pays». Voyez-vous, l’histoire du Togo des vingt dernières années peut se résumer en ces quelques mots: un immense gâchis.  En effet, alors que la lutte pour l’ouverture démocratique (avec son cortège de victimes) avait suscité un extraordinaire espoir chez les Togolais, il a juste fallu quelques années pour réaliser que les lendemains qui chantaient étaient encore loin.

Le résultat aujourd’hui est que notre pays est dans l’impasse. Comparé à d’autres pays de la sous-région, il est celui où la crise politique dure le plus longtemps. Il est celui où les institutions sont le plus inféodées au pouvoir en place. Il fait partie des pays où les performances économiques sont les plus mauvaises. Il est, pour finir, l’un des rares de la sous-région où la pauvreté progresse.

Le Togo va mal. Son développement est handicapé à notre avis par trois problèmes majeurs: une crise de confiance entre acteurs politiques, une mauvaise volonté politique de la classe dirigeante, et une faible organisation structurelle relative à 50 ans de gouvernance à la carte.  Les manifestations sociales de 2011 montrent avec éloquence que le malaise social est profond, et que l’explosion n’est pas loin. Pour autant, personne n’a intérêt à voir cette situation exploser, car toute révolution est imprévisible et incontrôlable. Les conséquences d’un tel déchainement de rancœurs enfouies pourraient être fatales pour la reprise économique et le tissu social du pays.

Une solution existe pourtant. L’engagement politique. Le dictionnaire Larousse nous dit que l’engagement politique est le « fait de prendre parti sur les problèmes politiques ou sociaux par son action et ses discours ». C’est cela, notre engagement, le fait de prendre le parti sur les problèmes politique et sociaux de notre pays. Pourquoi ? Parce que nous avons le suffrage universel, parce que tous les deux ou trois ans, nous sommes appelés à voter les leaders qui vont nous gouverner. Si notre choix n’est pas lucide, nous sommes autant responsables que ceux que nous croyons être à l’origine de nos souffrances.  Mais ne nous trompons pas. Tout engagement doit avoir des objectifs. Et nous en avons, au NET. Au delà de ce que vous pouvez lire dans le manifeste que nous vous avons distribué, et qui rassemble les objectifs généraux, qu’on trouverait facilement dans tous les partis, nous les avons regroupés en trois grands ensembles : la lutte contre la précarité, la consolidation de la démocratie, et la refonte de notre système éducatif.

Les Togolais sont pauvres. En 2006, nous les pauvres, faisions 62% de la population. Aujourd’hui, en 2012, si l’on s’en tient aux déclarations de représentant résidant de la Banque Mondiale au Togo, il y a eu depuis, une augmentation de 500 000 pauvres au Togo, portant le taux à 70% de la population. Il faut que ça cesse. Il faut inverser la tendance. Pour ce faire, et en attendant la publication de notre programme de société que le bureau ici présent ne va perdre le temps à s’y atteler, je vais vous présenter quelques pistes de réflexions qui nourrissent déjà le débat interne. La lutte contre la précarité devrait, sur le court terme concerner avant tout la réduction des coûts des denrées de première nécessité. Comment voulez-vous acheter le litre d’huile trois fois plus cher que son prix d’il y a à peine 5 ans, alors que votre salaire, lui, n’a pas bougé d’un iota. Comment voulez- vous acheter le carburant au même prix que les Maliens par exemple, alors qu’ils habitent à des milliers de kilomètres des ports d’où ils importent eux aussi leur carburant. Comment voulez-vous, quand vous allez au Benin à coté, passer plus de temps avec un appel téléphonique d’une carte de 2000F vers le Togo, que le temps que vous passez avec un achat du même coût, pour un appel local au Togo. Je m’arrêterai à ces exemple pour dire qu’il faut des mesures urgentes pour juguler la spéculation et la hausse anarchique des prix des denrées de base. Mais à moyen terme, il est évident qu’il faut élever le niveau de vie des populations togolaises, en doublant ou en triplant les salaires, et en subventionnant les entrepreneurs privés pour accompagner le mouvement. Vous me demanderez, mais avec quel argent ? Celui que la corruption et le clientélisme aux plus hauts niveaux de l’Etat ponctionnent chaque année sur le budget national. Tous les économistes qui se sont penchés sur la situation togolaise sont presqu’unanimes qu’on peut récolter au minimum 200 milliards de francs CFA au Togo rien qu’en luttant contre la corruption érigée en mode de gouvernance. La masse salariale Togolais est de 114 milliard.

Sur le long terme, il est évident que nous n’assurerons notre vrai décollage économique que par l’accroissement des investissements directs extérieurs. Ceci créera des milliers d’emplois, dans des domaines aussi épineux que l’emploi des jeunes dans les zones rurales, la promotion des énergies renouvelables, la production de l’eau potable, et surtout fera éclore cette fameuse classe moyenne sans laquelle la consolidation de la démocratie est si difficile. Bien entendu, il faudra assainir le climat des affaires, et faire une vraie réforme de la justice.

Et là, j’aborde le second point des nos objectifs : la consolidation de la démocratie. Le président Obama a dit, lors de son passage au Ghana, que l’Afrique n’avait pas besoin d’homme forts, mais d’institutions fortes. Des institutions fortes et indépendantes sont les seuls gages d’une véritable démocratie au Togo. Et comme il est permis de le constater aujourd’hui dans plusieurs pays, démocratie rime souvent avec prospérité. Les réformes à mener pour retrouver les standards internationaux ne sont plus à lister. Tout le monde les connait. Ce qui est le plus difficile, c’est de trouver le moyen de faire ces réformes. La solution passe par la concertation et le dialogue, ou le passage en force.  Personnellement, je n’ai jamais admis le refus du dialogue. Nous disons dans notre manifeste, que tout ce qui est bien pour le Togo, est bien pour nous. Et dans un pays comme dans une maison, les frères ne devraient jamais éviter de se parler. Aussi déplorons-nous toutes les positions tranchées prises à ce jour par tous les protagonistes à la crise togolaise. Prenez vos responsabilité, voila ce que j’ai envie de leur dire aujourd’hui. Vous tous, leaders politiques de tous bords au Togo, prenez vos responsabilité. Faites votre travail, remettez ce pays sur les rails, et nous en serons, nous les jeunes, la force motrice. Si vous ne le faites pas, nous prendrons votre place, dans cinq, dix, quinze ans, et nous vous montrerons comment faire, car nous autres, générations facebook et twitter, nous savons comme vivre ensemble dans l’adversité, la diversité d’opinion étant une force vivifiante. Mais si la voie du dialogue coince, le passage en force est toujours possible, pour peu que ce soit dans l’intérêt de la notion togolaise. Entre nous, qui irait manifester si demain, Faure décidait de limiter les mandats à deux, avec effet immédiat, si le mode de scrutin devenait uninominal à deux tours, si on faisait une réforme volontariste de notre système judiciaire, qui est encore assez mauvais. Il suffit simplement de se rendre compte que n’ayant pas de tribunal administratif, et les différentes chambres dans les cours d’appel et suprêmes n’étant que partiellement pourvus, un différent administratif peut passer près de 10 ans avant d’être jugé, pour avoir des sueurs dans le dos. Si le gouvernement actuel fait des réformes respectant les standards internationaux, le peuple togolais appréciera, et suivra, j’en sui convaincu. En 2011, le gouvernement a passé par force la loi portant réglementation des manifestations sur la voie publique. Certains partis de l’opposition avaient fustigé cette pratique, mais aujourd’hui, ces mêmes partis utilisent cette loi pour organiser les manifestions en semaine à Lomé et à l’intérieur du pays.

Quel que soit le gouvernement au pouvoir, la consolidation de la démocratie est possible, pour peu qu’il y ait de la volonté politique. Jerry Rawlings l’avait fait, à son époque. Il a doté son pays d’institutions fortes puis il a rendu le tablier. Nous pouvons le faire nous aussi, ici, maintenant.

Pour finir, le troisième objectif concerne la refonte de notre système éducatif. Le Togo reste un pays avec un taux d’alphabétisation très élevé, et ceci est un objet de fierté. Cependant, notre système fabrique de plus en plus des automates, qui assimilent plus l’enseignement livresque que ne le comprenent. Résultat, et pour cela il suffit de demander au directeur de l’ANPE, nous avons beaucoup de demandeurs d’emploi au Togo, mais peu sont qualifiés. Sur le cours terme, il faut refaire les états généraux de l’éducation nationale togolais. En se posant la question suivante. Que type de togolais voulons-nous avoir dans 20 ans ?

Pour atteindre tous ces objectifs, nous avons plusieurs moyens d’action. Bien entendu, le premier est la conquête du pouvoir par les moyens pacifique. Mais cette ambition est encore embryonnaire. Nous sommes si jeunes, nous avons le temps. Mais nos moyens d’action véritable sont la formation militante, la sensibilisation citoyenne, et la solidarité nationale. Par formation militante, nous considérons que le Togolais qui ne comprend pas les enjeux politiques, jette son vote pas la fenêtre. Depuis longtemps dans ce pays, on nous a dit que le vote était identitaire. Regardez la composition de notre bureau directeur. De quelle région sommes-nous ? Il existe deux régions au Togo : celle des vautours (ceux qui pillent le pays) et celle des misérables (cette  misère étant soit matérielle ou psychologique). Il faut que le Togolais comprenne son vote, et pour ce faire, il faut le lui expliquer. Nous nous y attèlerons avec énergie. Notre siège est en même temps un centre de formation, et tous nos sièges, partout sur le territoire national, seraient conçus ainsi. Nos militants doivent maitriser les enjeux pour mieux convaincre, pour mieux susciter l’adhésion. Le second pilier est la sensibilisation citoyenne. Au NET, nous considérons qu’un mauvais citoyen est un danger pour le développement de son pays. Mais nous ne nous contenterons pas de dénoncer les attitudes inciviques, non. Nous irons dans vos maisons, sur vos espaces de travail, dans vos champs pour vous dire ce qui est bien pour le pays et votre communauté, afin que vous soyez de vrais acteurs de développement. Notre troisième pilier est la solidarité nationale. Au NET, nous considérons qu’il ne faut pas attendre d’être au pouvoir pour être utiles à sa communauté. L’entraide dans nos villages est un mode de vie. Nous devons pouvoir nous l’approprier, pour nous rendre solidaires avec ceux qui souffrent et vivent dans l’extrême précarité.

J’ai commencé cette communication en empruntant une citation à Kenedy : " Sois toi même le changement que tu veux voir pour ton pays". Nous pouvons changer ce pays. J’en ai la conviction, vous tous qui êtes dans cette salle, vous en aviez la conviction, mais il ne suffit pas de le proclamer pour que cela soit. Nous disons ensemble, nous voulons envoyer des députés à l’assemblée nationale dès 2012. C’est possible, c’est réalisable. Mais il ne faut pas juste le vouloir. Il faudra des sacrifices, de la sueur, et des larmes parfois, pour y arriver. Certains parmi vous auront des doutes, parfois. D’autres retournerons leur veste, certains parmi nous ici, peut être sont en service d’information sur notre action. Tout ceci est normal. Mais voyez-vous, et je terminerai sur cette évocation religieuse : lorsque Jesus (pour les chrétiens présents dans cette salle) ramena Lazare du royaume des morts, ils ne dit pas à ces disciples : « Aidez Lazare à marcher, il vient de loin, de l’au-delà. » non, dès l’instant où Lazare avait le souffle de la vie, il lui a dit : Lazare, lève toi et marche. Aujourd’hui, si j’ai une chose à vous dire, mesdames et messieurs, c’est : « jeunesse togolaise dotée de raison, lève-toi et prend ton destin en main, lève toi et marche ». Nous sommes 70 % de la population. Il y a 70% de pauvres dans ce pays. Pourtant, il faut juste 50% de Togolais pour élire nos gouvernants. Si nous continuons à avoir les mêmes dirigeants depuis des décennies, ce n’est plus eux qui ont un problème, mais nous plutôt.

" Sois-toi même le changement que tu veux voir pour ton pays"

Je vous remercie.

Par Gerry - Publié dans : Info togolaises - Communauté : blogueur africains
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Jeudi 29 mars 2012 4 29 /03 /Mars /2012 05:06

Quand on est jeune (j’ai trente-sept ans) actif (je suis à la tête de trois petites entreprises qui ma foi s’en sortent bien), raisonnable et Togolais, il y un choix que personne ne peut, s’il a un peu d’estime pour vous, vous conseiller. C’est celui de faire la politique.

Les raisons du rejet de l’engagement politique foisonnent. La première, et la plus évidente, c’est que dans l’imaginaire collectif, la politique n’est plus réservée aux personnes de qualités. Chaque fois que je me suis ouvert à un ami, à un parent, ou une simple rencontre de fortune, sur mon intention de faire la politique dans le futur, la réponse était toujours la même, cinglante : tu veux aller à la mangeoire toi aussi. Le Togolais à ainsi enlevé à son homme politique le crédit de la conviction, réduisant ce type engagement à un simple calcul vénal. 

L’autre argument pour dissuader l’engagement politique est son inefficacité. Les gens vous disent :

 - Nous, on a tout essayés, cela n’a rien donné. Regarde les Ginninvi, les Edem Kodjo, les Koffigoh, les Dahuku Péré. Mon fils, occupe-toi de tes affaires et laisse ces gens là continuer leur salade.

L’autre référence que certains autres brandissent, c’est l’extrême rapacité du milieu politique. Je suis un ancien militaire, du nord Togo,  ma mère est Kabyè, mon père nawda. On vous dit le plus sérieusement au monde :

- Les militaires ne te laisseront pas faire. Et tu penses que les Kabyès et les barons te laisseront agir ? Mon frère, oublie ça et consacre-toi à tes affaires.

Pour finir cette liste non exhaustive d’arguments soulevés pour dissuader tout engagement politique, d’autres vous disent :

- D'ailleurs, il y a trop de partis politiques au Togo. Pour un si petit pays, regardez le nombre de partis qu’il y a.

Toutes ces personnes ont raison. En effet, si vous avez la chance, dans ce pays où le chômage est la chose la mieux partagée, d’avoir une petite situation qui vous permet de nourrir votre famille et de boire une bière au passage, quel intérêt d’aller risquer de perdre peut être tout cela sur un terrain où, comme l’a si bien dit quelqu’un, la cupidité et la duplicité sont transformées en code de conduite ? 

Je vois trois raisons à cela.

La première est que, quoi qu’on en dise, le développement de n’importe quelle société est du ressort de la politique. Parce que les pouvoirs exécutif et législatif sont les pilotes de la république, et que ces deux pouvoirs sont électifs, la politique reste le chemin royal pour améliorer de façon globale les conditions de vie des populations. Le lendemain des printemps arabes devraient nous édifier à ce sujet. Ce sont les jeunes qui ont fait la révolution, mais ce sont les politiciens qui se sont assis à la table de négociation. Vous avez un projet pour votre pays, vous vous sentez un destin national, vous devez faire la politique.

La seconde raison tient à l’histoire particulière de notre pays. En octobre 90, les Togolais qui ont fait la révolution, et qui ont 22 ans de plus aujourd'hui, rêvaient d’un pays meilleur, pour eux, et pour les générations à venir. Presque un quart de siècle plus tard, la situation n’a pas véritablement changé. Pire, on dirait, (surtout suite au dernier constat d’échec du dialogue tripartite RPT, ANC, CAR)  que le pays recule.  Il y a six ans en effet, ces mêmes partis (enfin, les mêmes personnes) s’étaient réunis au dialogue togolais et avaient adopté l’Accord Politique Global (APG) balisant ainsi le terrain à une normalisation politique qui conduira, une année plus tard, à l’organisation des toutes premières élections apaisées au Togo. La douloureuse impression que l’on a depuis cette belle prouesse, c’est que la classe politique actuelle est dans une conspiration de l’immobilisme. Le parti au pouvoir, convaincu que tout ce qui retarde l’avènement d’une démocratie pleine et entière au Togo, avec des institutions fortes, indépendantes, et crédibles lui est profitable, ne s’empresse pas à aller à l’essentiel, c'est-à-dire à des réformes tous azimuts qui, si elles respectent les canons internationaux, peuvent être opérées sans forcément passer par la négociation avec l’opposition. Entre nous, qui au Togo irait manifester contre le gouvernement si le parlement adopte une révision constitutionnelle limitant les mandats, organisant les élections à deux tours, ou réformant la justice ? Personne. De l’autre côté, notre opposition traditionnelle est restée dans une paranoïa compulsive, où le refus de négociation avec le pouvoir est érigé en code de conduite, le tout enrobé dans une violence verbale des plus avilissantes. Parfois, on se demande : tous ces hommes politiques voient-ils la misère de notre peuple, pour se risquer à des blocages à ne plus en finir ? Il faut une de nouvelles voix pour porter celle du Togo

La troisième raison est personnelle :  je n’aimerais pas être un témoin passif, ou un complice de la situation. Dans une trentaine d’années, nous serons amenés à transmettre ce pays à nos enfants. Et ce jour, nous serons comptables de l’état dans lequel il est. Chaque génération à l’obligation de transmettre à la suivante un pays en un bien meilleur état que celui dans lequel il l’a trouvé en en prenant la charge. Certains objecteront que le gouvernement construit les routes, fait des grands travaux et que notre paysage change. C’est sans doute une excellente option que celle de l’actuel gouvernement, qui mise sur le développement des infrastructures de communication pour relancer l’économie. Mais ne nous égarons pas. Tant que le niveau de vie restera aussi bas (il continue à baisser même, si on s’en tient aux estimations de la banque mondiale au Togo), le décollage économique restera une chimère. Et le cas de la Tunisie devrait par ailleurs nous édifier. Les peuples ne se satisfont plus de construction de routes et d’hôtels. Le peuple se nourrit d’espérance, et de certitudes quant à son avenir.

Donc, oui, c’est décidé : moi, Gerry TAAMA,  je vais m’engager en politique. Je le ferai avec une formation qu’avec des jeunes enthousiastes comme moi, nous sommes en train de constituer, et qui sera dénommée, si l’assemblée générale constitutive du parti l’adopte, Nouvel Engagement Togolais. (N.E.T). Il faut, selon moi, un autre type d’engagement politique aujourd’hui au Togo. Cet engagement devrait reposer, en plus de la conquête du pouvoir par les moyens pacifiques et légaux, sur ces trois piliers : la formation militante, la sensibilisation citoyenne, et la solidarité nationale. (Je développerai tous ces points dans mes prochaines publications).

Mon espoir est que cet engagement, comme celui des autres personnes qui sont avec moi, ou qui ont les mêmes projets, suscite par son approche, suffisamment d’enthousiasme dans notre société pour que dès 2012, les résultats se fassent sentir. Qu’une nouvelle génération rentre dans les conseils municipaux, préfectoraux et régionaux, que de jeunes inconnus entrent au parlement, pour qu’enfin la machine soit lancée et que dans 10 ou 15 ans, une nouvelle nation prospère voit le jour. Mais ne nous trompons pas. En 2012, ces jeunes là ne feront pas de miracles. En fonction du découpage électoral, et du mode de scrutin, ils sont condamnés à faire entrer dans ces instances là qu’un nombre limité de leur membre. Il faudra cependant qu’ils y soient, qu’ils y fassent leur preuve, qu’ils proposent des lois, qu'ils interpellent, avec effronterie et appétence, les ministres sur la gestion de la chose publique, qu’ils incitent à la création de commissions d’enquête parlementaires, qu’ils aillent sur le terrain, pour enfin dire le Togo tel que nous le connaissons, et tel que nous l’aimons. 

Je serai de ces jeunes là. Mais si j’y vais seul, je n’y serai pas, car le mur en face est si épais que non seulement il faut le pousser à plusieurs, mais aussi depuis plusieurs points. Il n’est pas tard pour que d’autres jeunes Togolais, surtout de la classe moyenne, se retroussent les manches et entrent dans l’arène politique. C’est à plusieurs que nous pourrons réécrire l’histoire de notre nation. Mais Il n’y a pas d’autres choix, nous devons y aller, pour que les 99% de la population togolaise, qui ne vit pas dans un luxe insolent, retrouve dans la politique, les germes de l’espérance qu’elle lui a naguère trouvée en 1990.

Le temps joue contre nous. Mais l’occasion est propice. Jamais, dans l’histoire de notre pays, ses habitants ne se sont autant désintéressés de la politique. Jamais, nos leaders politiques ne nous ont autant déçus. Mais notre avenir est rivé à l’excellence de nos institutions, et à l’efficacité de ceux qui dirigent ce pays. Nous ne pouvons pas faire semblant de l’ignorer. Nous serons comptables devant les générations futures. C’est donc le moment d’y aller. C’est notre moment. Pour le Togo.

Par Gerry - Publié dans : Info togolaises - Communauté : blogueur africains
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Vendredi 9 mars 2012 5 09 /03 /Mars /2012 01:08

http://s2.lemde.fr/image/2010/07/13/600x300/1387576_3_ce14_ill-1387576-4b5f-senagal.jpg

Bien que cette communication concerne les armées africaines, je la commencerai en faisant un clin d’œil à l’histoire de la France. Le 17 juin 1940, la France, dont l’armée avait été anéantie par l’offensive éclaire de la Wehrmacht  dans les Ardennes, capitule sans conditions. Le lendemain, depuis Londres, le général de Gaulle lance son célèbre appel du 18 juin, où il demande à l’armée française de poursuivre les combats. Face au gouvernement légal français, de Gaule venait ainsi de poser un acte de sédition, qui lui aurait valu, s’il avait été en France, la cour martiale, voire la peine capitale. Cinq ans plus tard, le 25 aout 1945, Paris est libérée, et de Gaulle est accueilli en triomphe sur les champs Elysées. La France pendant la deuxième guerre mondiale a donc été sauvée du joug de Hitler par son armée, celle de la France libre, mais une armée qui avait en fait était en rébellion avec le pouvoir légal.

Mais avant d’entrer résolument dans mon propos, permettez-moi de m’attarder un peu sur la définition de certains termes qui vont être utilisés le long de cette communication. Il s’agit de : forces armées et du sous-développement. Les forces armées sont définies comme l’ensemble des différentes organisations et moyens militaires qu'un État consacre à la mise en œuvre de sa politique de défense. Quant au sous-développement, il est entendu (par certains) comme l’état d'un pays caractérisé par la médiocrité du niveau de vie moyen (traduit notamment par une faible consommation alimentaire,  une faible espérance de vie, un taux encore élevé d'analphabétisme), auquel on peut fréquemment associer une forte croissance de la population, une répartition particulière des divers secteurs de l'économie (secteur rural très important) et une composition spécifique de la balance commerciale, tournée vers l’exportation des ressources naturelles ou agricoles de base. Les concepts explicités, nous allons donc poser notre problématique en ces termes : De par son organisation purement administrative, par sa nature budgétivore, et par son expression belliqueuse, l’armée n’est-elle pas un frein à l’essor des pays en développement, déjà fragilisés par une faible mobilisation des ressources économiques?

Dans les passages qui vont suivre, nous allons démontrer, après une généralité sur les forces armées en Afrique, que celles-ci sont souvent des sources d’instabilité dans les pays sous-développés, quand elles ne dévorent pas simplement les budgets des Etats. Cependant, au delà des clichés, les armées africaines restent les garantes de la stabilité politique, de l’enracinement de la démocratie, et de l’essor d’une politique de développement durable dans leurs pays respectifs.

        I.            Historique des forces armées.

De tout temps, la mission principale des forces armées est la défense de l’intégrité territoriale du pays. Au Togo par exemple, la mission des Forces armées est  repose sur un triptyque: La défense du territoire, la participation aux services publics, et la participation aux missions de sécurité. A ces trois composantes majeures, s’est adjoint une quatrième mission, qui prend en temps de paix parfois le pas sur les trois autres, la participation aux missions de maintien de la paix. Tel est le cadre spécifique qui définit l’emploi des forces armées dans les Etats africains (il est le même partout ailleurs). Autant, l’armée en Afrique a une histoire, remplie de soubresauts, d’héroïques faits de guerre aux crimes les plus indicibles. Les forces armées africaines ont ainsi  pendant cinquante ans d’indépendance, connu un parcours mouvementé et atypique, que nous divisons  (de façon tout à fait arbitraire) en quatre parties : l’armée coloniale, l’armée des indépendances, l’armée de libération nationale, et l’armée républicaine.

 

a.       L’armée coloniale.

L’armée coloniale est co-existante du fait colonial. En effet, des le lendemain de la conférence de Berlin, qui donna le départ au partage frénétique de l’Afrique, les occidentaux se sont rués sur l’hinterland du continent. Mais la tâche n’était pas facile. A l’opposé des peuples du littoral qui traitaient avec les Européens depuis des décennies, ceci par le biais des comptoirs commerciaux (commerces des esclaves, de l’or, de l’Ivoire…) les peuples de l’intérieur n’avaient aucunement l’intention de se laisser dominer. Les colons eurent donc besoin du renfort des supplétifs militaires africains pour conquérir de vastes territoires. La technique utilisée s’apparentait un peu au jeu du saute-mouton. Dès qu’on s’accaparait d’un territoire, on s’empressait d’y recruter de tirailleurs pour la conquête d’un autre espace. Les Français par exemple utilisèrent abondamment les tirailleurs sénégalais (du Sénégal, où la France était établie depuis 1854) pour annexer les autres territoires devant composer le futur AOF. Mais les effectifs utiles à ces opérations dites de pacifications seront somme toutes assez faibles, comparés aux milliers de soldats africains qui participeront aux deux guerres mondiales, et aux guerres coloniales en Asie et au Maghreb, (Algérie surtout).  En Afrique subsaharienne, ces recrutements massifs auront une particularité : ils se feront dans les groupes ethniques marginaux  (souvent ceux de l’intérieur) des colonies : Au Togo par exemple, les Kabyè, les lossos, et les Bassars seront parmi les ethnies les plus contributrices des armées coloniales. Ceci s’explique par deux raisons. La première est l’aversion manifeste des élites du sud, plus attachées aux fonctions administratives et commerciales, pour le métier des armes.  La seconde raison trouve son origine dans le peu d’intérêt qu’avait le colonisateur pour les régions de l’hinterland. Pour rentabiliser les colonies, les Occidentaux avaient plus intérêt à exploiter les régions à proximité du littoral, souvent mieux arrosées, donc plus favorables aux cultures de rentes qu’ils imposeront aux populations souvent déjà rompu à l’économie monétaire.  Les jeunes de l’hinterland, désœuvrés, n’avaient plus que l’armée pour aller à l’aventure. Dans le cas du Togo par exemple, les Allemands aussi bien que les Français auront une grande prédilection pour les Kabyè, peuple vivant dans les montagnes, rustiques, et ayant une tradition guerrière prédestinée au métier des armes.

b.      Armée des indépendances.

A l’indépendance, les élites (civiles) qui viennent au pouvoir, copient leur modèle de république sur les canons occidentaux. Beaucoup de pays consacreront une armée régalienne, républicaine, mais qui ne sera qu’une pale copie des forces armées dont elle fait référence. En effet, héritant de frontières artificielles du colonisateur, les nouveaux Etats n’ont pas encore la cohésion identitaire suffisante pour se revendiquer une nation. Les armées nationales aussi manquent souvent de formation civique, et de repère historique (contrairement aux armées occidentales) pouvant leur faire prendre conscience de leur appartenance à une communauté devenue subitement nationale. En vérité, ces armées de l’indépendance, sont composées en grande partie d’anciens combattants de l’armée coloniale. Beaucoup ont combattu pour la liberté des peuples sur tous les théâtres d’opération. Revenus dans leur pays, ils entendent non seulement être les cadres des armées naissantes, mais y jouer aussi un rôle de premier plan. Si dans certains pays, comme au Sénégal ou en Cote d’Ivoire, cette transition se fait en douceur, dans d’autres par contre, le drame est au rendez-vous. Au Togo par exemple, l’opposition ferme du président Sylvanus Olympio à l’incorporation des demi-soldes de l’armée française revenus dans leur pays conduira au coup d’Etat qui lui sera fatal.

 

c.       L’armée de libération nationale.

Si Les armées Africaines restent globalement apolitiques dans la première décennie suivant les   indépendances, elles vont peu à peu se mêler de la gestion des Etats, surtout à cause des luttes intestines pour la prédation du pouvoir et la généralisation de la corruption. Les forces armées dès  les années soixante dix vont s’adjuger aussi le rôle de redresseurs de tords, et de sauveur des institutions de la république. Cependant, ces prises de pouvoir par les armes s’accompagnent rarement par l’ouverture politique et l’instauration de la démocratie. Si ce n’est l’instauration d’une dictature sanguinaire (Idi Amin Dada) c’est une autocratie qui s’installe au sommet de l’exécutif, doublé d’une bascule automatique au parti unique, et de l’adoption de la doctrine marxiste, socialiste, ou populiste.

d.      L’armée républicaine

Le vent de l’Est sonne un peu le glas des armées putschistes. Le processus de démocratisation qui embrase presque tous les Etats de l’Afrique subsaharienne, avec son chapelet de conférences nationales va progressivement cantonner les militaires dans les casernes. Même si les années quatre vingt dix ont vu éclater en Afrique plusieurs conflits asymétriques meurtriers, il faut bien reconnaître que la mondialisation et le principe de droit d’ingérence ont (entre autres) refroidit un peu la ferveur des putschistes en Afrique.

 

      II.            Les forces armées dans les pays en développement, un luxe dont on peut se passer.

On rapporte que le président Sylvanus Olympio disait qu’il n’avait nullement besoin d’une armée prétorienne. Et qu’il préférait allouer les ressources réservées au budget militaires pour le développement du pays. En effet, dans les pays sous-développés caractérisés par la faiblesse de la mobilisation des ressources économiques, la part du budget nationale accordé à l’armée parait exorbitante.

a.       Poids sur le budget

Quelque soit la période prise en compte, les armées africaines ont souvent été budgétivores, même si à l’échelle internationale, les dépenses africaines en matière de défense ne représentent que 1,7% des dépenses militaires mondiales. Si on prend par exemple le budget du Togo 2011, l’armée a un budget de 27,8 milliards, sensiblement égal à celui de la santé (28,5 milliards) et celui de l’agriculture (30,1 milliards). On est tenté de dire que cette somme, presqu’entièrement consacrée aux dépenses de fonctionnement, aurait bien pu être allouée soit à la santé ou à l’agriculture.  En réalité, le plus grand contraste lié à cette omniprésence des dépenses militaires dans les budgets de l’Etat est que les armées africaines sont souvent mal équipées. La part léonine des ressources affectées à la défense sert à payer les militaires. Même si leur traitement salarial n’est guère différent de ce qui se pratique dans la fonction publique, l’opacité de la gestion de ces fonds, et leur montant en lui-même, pèse sur le budget. Par ailleurs, dans certains pays où l’armée est au pouvoir, il est difficile de définir clairement où commencent les dépenses militaires, et où elles se démarquent des dépenses civiles, tant la vie de la nation tourne autour des activités militaires (défilés militaires grandioses, manœuvres militaires, …). A cette nuisance directement pécuniaire, il faut en ajouter une autre, d’ordre administratif, mais qui a des incidences directes sur les ressources de l’Etat. Ce sont les affectations intempestives de militaires à la tête d’institution et des services civils, où ben que volontaires, ils ont rarement les compétences requises (les civils parfois ne valent pas mieux). Ils y introduisent la rigueur militaire tout supprimant la rentabilité.

b.      Les forces armées, sources des conflits.

Dans les phases guerre de libération nationale (tel que nous l’avons précisé plus haut) les armées africaines se sont autosaisies des missions de redresseurs de tords et de sauveur de l’unité nationale. Souvent, ces prises de pouvoir par la force ont ouvert le ballet d’une suite ininterrompue de putschs sanglants, qui ont coûté à l’Afrique des centaines de milliers de morts. (Les Guerre civiles au Tchad, l’instabilité des régimes au Ghana, au Nigéria, au Mali)

Même avec l’avènement des armées dites républicaines, les tentatives de coup d’Etats suivies de rebellions ont endeuillés plusieurs Etats Africains. Cette période d’ailleurs (les années 90) a été plus meurtrière pour les populations civiles en Afrique, du fait de tentative de prises de pouvoir avortés, détournés,  (Libéria, Congo Brazzaville, Sierra Leone, Rwanda, Cote d’Ivoire, RCA,). Dans tous ces conflits asymétriques, les forces armées ont souvent servi de comburant du conflit, avec notamment l’existence dans certains pays du phénomène Sobel (soldat le jour, rebelle la nuit). L’exemple le plus illustratif de cet état de chose est la RCA. De 1997 à 2002, ce pays a connu 7 mutineries des militaires, mutineries qui ont chaque fois plongé le pays en guerre civile.

    III.            Les forces armées, levier de développement :

Au delà de cette stigmatisation, les forces armées peuvent être un excellent levier pour le développement pour trois raisons : Formation et insertion, économie de la défense, et participation au PIB.

                A : Formation et insertion.

Tout comme aux Etats unies où l’armée a été à l’avant-garde des luttes pour l’égalité raciale, en Afrique, les armées sont à l’avant-garde de la mixité ethnique. Trente ans après les armées coloniales, les armées ethniques sont en phase de se résorber. Du coup, l’armée présente un parfait modèle d’intégration que la nation peut copier.

De même, une vertu de l’armée est souvent utilisée, même si les études sociologiques n’en montrent pas l’ampleur : c’est sa faculté à incorporer en son sein les éléments les plus rétifs à l’ordre et à la discipline. Les parents en effets prennent l’habitude d’envoyer à l’armée leurs enfants les plus turbulents, les moins aptes à d’autres activités aussi. L’armée, qui offre en réalité une multitude de spécialisations, finit par trouver la voie à cette jeunesse. Les forces armées dans ce domaine jouent un rôle d’insertion et de régulateur social très important, qu’on ne relève jamais assez.

                B : Economie de la défense

L’économie de la défense pose la problématique des ressources à allouer à sa défense pour s’assurer la pleine jouissance de son potentiel économique. En clair, combien l’Etat est-il prêt à miser pour s’assurer que son armée peut lui garantir la stabilité nécessaire aux activités économiques. La réponse à cette question doit prendre en compte les menaces, les forces en présences, et les ressources du pays.

Si nous prenons le cas de la Cote d’Ivoire par exemple, Houphouët avait fait le pari d’une petite armée, suffisamment bien payée pour que personne n’ait idée à vouloir prendre le pouvoir par les armes. Cette stratégie a bien fonctionné jusqu’au jour où des sous-officiers, furieux de n’avoir pas reçu leur soldes de leur mission en Centrafrique, ont tiré quelques coups de feu en l’air. En quelques heures, le pouvoir était déchu. L’économie de la défense prend en compte les risques. Avec le recul, on peut toujours se poser la question de savoir combien Houphouët et Bédié auraient dû dépenser pour leur armées, pour éviter toutes les pertes économiques suscitées par 10 ans de guerre.

L’économie de la défense s’intègre rigoureusement dans la doctrine d’emploi des forces, et détermines les choix stratégiques, l’orientation des dépenses militaires du pays. Si on prend le cas du Togo, son armée à particulièrement été efficace lors de toutes les attaques terroristes survenues dans les années 80, mais s’est trouvée complètement désemparée et décrédibilisée lors du soulèvement populaire du début des années 90, car ses savoir-faire étaient orientés contre des actions de guérilla,  et non le maintien de l’ordre. L’analyse prospective des menaces n’avait pas été complète.

                C : Participation au PIB.

Avec la multiplication des missions humanitaires à travers le monde, une autre composante de l’action des forces armées sur l’économie nationale a vu le jour : le rapatriement de capitaux étrangers. En effet, la participation des militaires africains à des missions humanitaires sous-régionales ou onusiennes sont sources d’entrées de devises très importantes dans les Etats. Ces devises se retrouvent d’une part à l’échelle des armées, qui peuvent ainsi, s’équiper sans se reposer sur les budgets de l’Etat. D’autre part, les militaires ayant participé aux missions rentrent dans leur pays avec un pécule qui accroit à des échelles diverses, le PIB du pays.

Conclusion.

Les forces armées, parce qu’elles ont le monopole de l’utilisation de la violence légitime, au nom de la communauté nationale, vont sans aucun doute continuer à réguler, au moins la stabilité sociale des pays africains, au plus, leur stabilité politique. Les évènements de ces dernières années au Mali, au Nigéria, en Guinée Conakry, en guinée Bissau et Niger montrent que l’armée reste encore la sentinelle de la démocratie dans les pays d’Afrique. Du coup, le besoin de donner une formation de qualité aux officiers et militaires de rang, une instruction basée sur le civisme, les principes républicains et le droit international humanitaire, prend une dimension capitale. Cependant, la mondialisation, le droit d’ingérence et la réticence des occidentaux à fournir des contingents aux missions humanitaires onusiennes ont ouvert la voie à une nouvelle dimension de l’action des forces armées africaines : celles –ci dorénavant, au lieu de peser sur les faibles ressources financières des Etats, contribuent à la croissance du PIB.



[1] Communication donnée au grand séminaire de Lomé

Par Gerry - Publié dans : Inspirations - Communauté : blogueur africains
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Vendredi 10 février 2012 5 10 /02 /Fév /2012 02:17

http://external.ak.fbcdn.net/safe_image.php?d=AQDdV_pwjpK1VTMt&url=http%3A%2F%2Fi2.ytimg.com%2Fvi%2FekhoeA03wpU%2Fhqdefault.jpgJe me suis retrouvé mêlé dans cette affaire parce que, comme à mon habitude, je crois que toutes les causes sont bonnes à prendre.
Un jour, il y a environ un mois de cela, je retrouve dans un groupe facebook, une vidéo réalisée par le reporter Noel Tadegnon, et traitant vaguement d’une interview de Nibombé Waké. Au départ, je n’y prête pas trop attention. Ma connexion est trop faible pour lire la vidéo. Un peu plus tard dans la journée, un autre ami sur facebook me demande de diffuser cette vidéo depuis mon profil, comme tenu de la fréquentation de celui-ci. Je le fais, et aussitôt, les réactions fusent. Avant la fin de la journée, j’ai reçu plusieurs requêtes d’envoi de fonds à Nibombé. Je consulte l’ami qui m’a envoyé la vidéo. Très rapidement, l’idée de monter un comité de soutien prend forme. Avec la connexion 3G de Togocell, je finis par visionner la vidéo sur mon portable. Ce que raconte le monsieur est proprement hallucinant. C’est bon, il faut l’aider.
La suite ira très vite. Une rencontre est fixée avec lui. Nous sommes quatre, il répète la même histoire. Qui relève du cauchemar. Revenu de Cabinda avec une blessure par balle au mollet, il n’a jamais été pris en charge ni par la Fédération, ni par le gouvernement. Il a reçu en tout et pour tout 720 000 de l’ANC, assureur de l’équipe nationale lors du déplacement en Angola.
Comme à mon habitude, la machine s’emballe. J’appelle certains médias avec lesquelles j’ai des rapports. J’accompagnerai Nibombé à la TVT, ensuite, dans l’mission très suivie de Kanal Fm, le club de la presse. Le propos ne change pas, je suis toujours aussi bouleversé. Dans la semaine, plusieurs autres médias se saisissent du cas Nibombé, et en profitent aussi pour régler certains comptes personnels. Dans la foulée, le ministère des Sports réagit, organise une conférence de presse où il prend à contre-pied certaines des déclarations de Nibombé. Il y est dit qu’au retour de Cabinda, le gouvernement a versé à chaque joueur 8 millions, qu’ils auraient reçus en tout, pour cette compétition, 23 500 000F. toute notre équipe est atterrée en entendant cela. Notre ami ne nous avait pas parlé des huit millions. Bien entendu, dans la foulée, je l’appelle. Il me doit des explications. Il reconnait avoir reçu cette somme. Je suis furieux. Avec l’équipe, la discussion nait. Que faut-il faire ? Laisser tomber, poursuivre ? Les avis sont partagés. Il faut de nouveau le rencontrer. Cette fois, j’y vais seul, à cause de la proximité de domicile. La discussion est franche, et sincère. Il reconnait avoir merdé pour les 8 millions, mais pour lui, cet argent n’était pas destiné à se soigner. Il avait entamé des projets qu’il a voulu poursuivre, avant de s’arrêter net et utiliser le reliquat pour se soigner. En suis-je convaincu. J’avoue que j’ai un malaise. Mais un tout autre sentiment m’anime. Il  y a une certitude qu’on ne peut pas tronquer. Cet homme souffre. Il a du mal à marcher, sa jambe droite est atrophiée. On va l’aider. Donc, on organise une conférence de presse.
Je suis de retour de cette conférence. Elle était destinée à lancer les activités du comité de soutien. Si les médias nous suivent, nous pouvons lever des fonds pour lui. Même si mon malaise n’est toujours pas dissipé. En pleine conférence, d’autres détails, gênants, sont apparus. La NSIA assurait les blessés pour une hauteur de 5000 000. Pourquoi Nibombé n’a-t-il pas continué à présenter ses factures à la société d’assurance? Un journaliste a soulevé le cas d’une ancienne blessure au genou. Je ne connaissais pas ce détail, mais voilà un ensemble d’éléments qui me plongent dans le doute, et la gêne. Est-ce encore raisonnable de poursuivre cette action ?
Et là, je réponds Oui. Parce que Nibombé souffre réellement, et est plongé dans le dénuement. Mais il souffre de deux types de blessures. L’une est physique. Qu’on le veuille ou pas, l’homme a des problèmes de motricité, a une jambe atrophiée, et marche avec une béquille. On ne va pas non plus soutenir qu’il fait exprès de marcher avec ce support rien que pour nous berner, alors qu’il a plus à gagner à reprendre sa place d’entraineur de gardiens de l’équipe nationale. La seconde blessure, et la plus profonde est morale. Elle est due à l’abandon et à l’absence de reconnaissance. Que presque personne du monde sportif ne s’intéresse à lui le perturbe. Le manque de soutien moral chez cet homme, jadis adulé, est une souffrance atroce. Voilà pourquoi je continue, et je continuerai, même après l’existence de ce comité, à le soutenir. Toute nation qui n’honore pas ses héros est destinée à l’annihilation. Rien que le chercher pour l’installer dans une tribune lors des matchs internationaux lui serait gratifiant.
 A-t-il commis des erreurs d’investissement ? Sans doute, même si 8 millions, en deux ans pour un malade, c’est vite parti. Est-il sincère ? Quant aux douleurs, oui. Quant aux objectifs qu’il vise en sortant de son mutisme, je n’en sais rien. Et je ne veux rien en savoir. Il est possible que demain, et je l’ai déjà entendu, que certains nous accusent de récupération. Sincèrement, je m’en tamponne le coquillard. En usant de nos facilités respectives, les membres du comité de soutien se sont engagés dans une action citoyenne. Si elle porte ses fruits, ils seront remis à Nibombé. Si ça ne marche pas. Nous aurions au moins essayé. Nous n’aurions pas baissé les bras.
Alors, toi qui lis ces notes que je jette hâtivement sur mon blog avant de quitter mon bureau, si tu tiens toi aussi à célébrer tes héros nationaux, à les aimer tels qu’ils sont, pour le rêve qu’ils t’ont apporté, et le sentiment de fierté nationale qu’il ont su te communiquer, va sur le site nibombewakeup.org, et fais un don suivant tes moyens. Tu ne sauveras pas le monde avec ça, mais tu bâtis par ce geste une nouvelle nation togolaise: solidaire, reconnaissante et généreuse.

Par Gerry - Publié dans : Info togolaises - Communauté : blogueur africains
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Vendredi 6 janvier 2012 5 06 /01 /Jan /2012 02:15

gerry-portrait.jpgJ’aimerais, en guise d’introduction, souhaiter à vous tous, qui me faites l’honneur de lire mes billets sur mon blog, sur mes nombreux profils de réseaux sociaux, sur les sites internet d’information togolais ou dans la presse écrite locale, une bonne et heureuse année 2012. Je ne demanderai pas au Tout Puissant de vous accorder santé, succès, prospérité et longévité, mais simplement le bonheur. Pour moi, le bonheur est ce petit rien qui peut vous surprendre à tout moment, même dans l’épreuve, même dans la douleur, et qui vous procure une sensation de plénitude proche de la communion avec le Créateur. Ce sentiment est rarement durable, mais  puissions-nous être plus souvent heureux en 2012.

Pour moi, l’an 2011 a été particulièrement riche en évènements. Sur le plan personnel, les éditions l'harmattan ont été implantées au Togo, et nous avons publié nos premiers auteurs, qui désormais vont être vendus à l’international. Jaguar Security, ma société, a atteint le chiffre de 250 personnes casées dans des métiers de sécurité, en plus de la centaine que j’emploie localement. Notre showroom installé sur le boulevard circulaire commence aussi à attirer de la clientèle, faisant de ma petite personne un employeur ravi, qui galère cependant pour finir ses fins du mois. Mais c’est dans l’air du temps au Togo. Sans les marchés publics, nous les PME allons continuer encore un temps à avoir des fins de mois difficiles.

Sur le plan national, ce que je retiens est la tenue des audiences de la CVJR. Comme je l’ai déjà dit, je n’ai jamais cru que cette commission nous réconcilierait plus que nous ne le sommes actuellement. Je doutais même de sa mise en action. Mais je me suis trompé, et tout le mérite revient à Monseigneur Barrigah qui a fait preuve de ténacité et de courage sur un dossier aussi sensible. Même si aucun présumé bourreau n’a répondu de ses crimes, les victimes ont pu soulager leur conscience. Tout le mérite des audiences se trouve là. Le résultat est maigre, mais pour les victimes, énorme.

L’an 2011 a vu aussi tomber trois mythes. Le mythe de l’inviolabilité du statut des députés avec l’exclusion des députés proches de l’ANC de l’assemblée nationale, le mythe de l’inviolabilité de la famille Gnassingbé avec le procès de Kpatcha Gnassingbé et coaccusés, et le mythe de l’inviolabilité du nord, supposé fief du parti au pouvoir, avec les émeutes dans la ville de Kara et les manifestations des élèves dans d’autres villes importantes du nord. Je ne reviendrai pas sur ces trois mythes, j’en ai abondamment parlé dans mes précédents billets.

Mais l’an 2011, c’est aussi cette tout autre triste réalité, malheureusement passée inaperçue, et qui concerne le nombre de pauvres au Togo. Selon le représentant résidant de la banque mondiale au Togo, le nombre de pauvre a augmenté de 500 000 au Togo. Ce chiffre est effarant. Il représente 8% de la population. L’équation est simple. Avec 3.7% de croissance économique, nous avons en parallèle une croissance de la pauvreté de 8%, plus du double. C’est comme si nous faisions un pas en avant, et deux en arrière. Si on cherche un argument objectif servant à démontrer que notre pays est dans l’impasse, je crois que ces chiffres sont assez significatifs.

 

Alors, que nous réserve l’année 2012 à mon avis ?

 

L’année dans laquelle nous sommes devrait être avant tout celle de la décentralisation. Il s’agit d’un processus long, complexe et périlleux, tant il peut faire renaitre les démons des conflits ethniques dans certaines localités à forte population allogène. C’est pourquoi il faut dès maintenant commencer la sensibilisation, et les préparatifs administratifs (découpage électoral, construction ou location des locaux partout où il n’y avait pas de mairie, de conseil préfectoral ou de gouvernorat).

C’est aussi l’année des réformes. Certes, le CPDC a du mal à asseoir sa crédibilité, mais nous n’avons encore rien en échange. La seule condition pour que ces réformes passent dans les meilleurs délais, c’est la volonté politique de Faure Gnassingbé. Comme je l’ai souvent répété ici, Jerry Rawlings a doté son pays d’institutions fortes alors qu’il n’avait pas une vraie opposition en face. Si le président veut, nous pouvons faire toutes les réformes en moins d’un mois, il a une assemblée nationale acquise à sa cause pour cela. Mais ne nous trompons pas, 2012 devrait être l’année des institutions fortes  (parlement, justice surtout tribunal administratif, cour des comptes, médiateur de la République, conseil économique et social…),de la transparence des scrutins (code électoral, mode de scrutin, découpage électoral…) ou du chaos. Les secousses sociales que nous avons ressenties en 2011 ne sont que les prémisses d’un tsunami qui couve, impétueux et imprévisible.

L’année 2012 devrait aussi être celle d’un nouveau type d’engagement : celui de la jeunesse aux instances de décision. En 1990, ceux qui ont mené à bras le corps la lutte pour la démocratie dans notre pays avaient notre âge. Ils avaient la fougue et l’insouciance que confère la jeunesse, et l’espérance qu’impose le combat contre une dictature. Vingt ans plus tard, il faut leur rendre hommage, et faire un travail de mémoire pour qu’on ne les oublie pas, surtout ceux qui ne sont plus. Mais vingt ans plus tard aussi, la donne a sensiblement changé. En 1990, nos ainés criaient liberté. En 2012, le mot de ralliement ne saurait plus être le même, car sur ce registre nous avons réalisé des avancées importantes, quoique incomplètes. L’ennemi du Togolais aujourd’hui s’appelle précarité (emploi, santé, sureté, formation, loisirs…). Pour combattre la précarité, la solution passe forcément par une meilleure gestion des ressources existantes, et une capacité à générer la richesse par la création d’emplois et la promotion du secteur privé. Pour ce faire, on retourne au point de départ, il faut des institutions fortes, une bonne gouvernance, et une communauté d’intérêts à l’échelle de l’action politique. L’expérience de ces vingt dernières années a montré que nos ainés des deux bords, sont restés figés dans une attitude qui sans doute était logique en 1990, mais impossible à défendre en 2012 : la prédation du pouvoir. En effet, depuis les débuts d’implantation de la démocratie dans notre pays, le RPT et ce qu’il en reste s’est cantonné dans la logique de conservation du pouvoir, pour sa valeur de trophée, et n’a orienté toutes ses actions qu’à renforcer son emprise sur celui-ci, quitte à aller contre l’intérêt supérieur de la nation. L’opposition quant à elle s’est employée exclusivement à ravir le sésame au RPT, souvent au détriment des maux récurrents que vivent les Togolais. Le résultat est là, palpable : depuis une vingtaine d’années, notre pays donne l’impression de s’être immobilisé. C’est dorénavant aux jeunes Togolais de montrer la voie. Parce qu’ils sont les plus nombreux, (60% de la population) ils sont mieux placés pour exprimer et comprendre leurs besoins. Parce que depuis longtemps, on les a utilisés comme du bétail électoral, il faut qu’ils donnent de la voix, car ils sont faiseurs de rois.

L’engagement de la jeunesse ne peut se faire que par une voie : une participation en tant qu’acteur incontournables aux futures élections à venir dans notre pays (locales et législatives). Il ne s’agit pas d’un vœu, mais d’un impératif. Dans les futurs conseils municipaux, conseils généraux ou régionaux, dans la future assemblée nationale, il faudra qu’y siègent de nouvelles personnes, issues d’appareils politiques inédits, ou de lobbies récents. Pour imprimer la rupture, et ramener le discours politique vers le citoyen. Mais ne nous y trompons pas. En 2012, ces jeunes ne feront pas des miracles. Ils ne domineront aucune instance, ils ne seront majoritaires dans aucun conseil, mais il faudrait qu'ils y soient, s’ils veulent insuffler à notre pays un nouveau départ dans dix ou quinze ans. S’ils ne le font pas cette année, plus ils attendront, et plus les années qu’ils mettront pour changer les choses dans ce pays le jour où il se décideront, s’allongeront. Mais ils sont seuls à pouvoir gagner ce pari. Ce sera nous aujourd'hui, ou nos cadets demain, mais ce sera les jeunes, car les ainés, certes avec de bonnes intentions, se sont trompés d’adversaires. Ils ont passé leur temps à se battre pour le pouvoir, alors qu’il fallait combattre pour le peuple. Le pouvoir, c’est le peuple.

Tous les jours, je scrute les médias, je sonde mes interlocuteurs, et je me désespère à trouver chez les jeunes, chez nous, cette prise de conscience conduisant immédiatement à l’action.  C’est bien dommage, car avec le délitement des anciens partis monolithiques (UFC, RPT), la période s’apprête bien à ce que d’autres fauves sortent des bois.

Pas de doute possible, cette année, tout peut recommencer, car nos plus belles victoires sont nos combats.

 

Hello world. Aux Togolais, soyez heureux. Normal, vous êtes Togolais.

Par Gerry - Publié dans : Coups de coeurs - Communauté : blogueur africains
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Mardi 13 décembre 2011 2 13 /12 /Déc /2011 03:35

http://img.over-blog.com/222x166/5/05/06/62/inscription-devant-le-services-des-impots.JPG

Monsieur Gerry TAAMA

De Kara, je vous écris[1]

Je vous écris cette lettre pour que vous la publiiez sur votre blog, et dans les journaux, car vous, on vous connait. Vous êtes venus à plusieurs reprises nous faire des formations à Kara, et comme vous-même vous avez fréquenté à Kara, je sais que vous connaissez nos problèmes, et si vous parlez, les gens vont vous écouter un peu.

Je ne sais pas par quoi je vais commencer. Bon, moi, je suis étudiant en troisième année à l’UK. Mon propre  frère a eu sa maitrise de géographie depuis quatre ans. Actuellement, il aide quelqu’un à faire Zemidjan[2] les samedi et dimanche à Bassar. Nous sommes quatre chez notre père. Ma grande sœur s’est mariée à un béret rouge à Kara ici, mon petit frère est en terminal, et la benjamine est en troisième. Nous sommes de Kabou. Notre maison est à l’entrée du village, en venant de Kara.  Mon père est cultivateur, ma mère est ménagère, une fois par semaine, elle prépare le Tchakpa[3] pour vendre au marché. J’ai fréquenté jusqu’au BAC à Bassar, et j’étais parmi les meilleurs de ma classe. Au Bac 2008, j’étais parmi les cinq premiers du lycée, en série D, avec 10,25 de moyenne. Vous allez dire que cette moyenne n’est pas forte, mais dans notre classe, sur 45 élèves, nous étions 8 seulement à réussir, et j’étais le seul à passer d’emblée. En 3e, j’avais eu 15 de moyenne, pour aller en seconde, mais au lycée, les cours sont plus compliquées, et  nous n’avons pas de livres, aucune annale pour préparer les examens. Si quelqu’un amène une annale, tout le monde se jette dessus et au bout d’un trimestre, ça devient un chiffon.

Monsieur Gerry TAAMA, la première question que je vous pose, c’est de me dire si avec 10,25 de moyenne là, je peux avoir bourse de l’excellence. Parce que ceux qui sont à Lomé, et les enfants de riches, eux, au BAC, ils ont 14 et  15 de moyenne. Ce n’est pas qu’ils sont plus intelligents que nous, mais ils ont les annales, des répétiteurs, ils ont le courant à la maison le soir, ils ont internet. Il faut demander au ministre si avec ma moyenne là, je peux avoir la même bourse que celui qui a 14. Et mes compagnons qui ont passé oral, mais qui sont dans les dix premiers de mon lycée. Ils vont avoir la bourse ou pas ?

Bon, je passe. Comme je le disais, voici trois ans que je suis à l’UK. Avant, monsieur Gerry, nous on se disait que le jour où on sera étudiant, ça va être le paradis. Pour venir à Kara, c’est ma sœur qui m’a envoyé un peu d’argent pour le taxi, et quand je suis arrivé, j’ai passé trois mois à dormir chez elle, dans le salon parce qu’on ne trouvait pas de chambre dans les cités. Ici à l’UK, nous sommes plus de 10 000 étudiants, je ne sais pas combien de chambres il y a mais c’est moins de 1000. Si tu vas à la cité même, tu vas voir comment les camarades vivent là bas, toi-même tu vas avoir les larmes aux yeux. Ils sont parfois quatre dans une pièce où deux personnes ne peuvent même pas dormir. C’est grâce à tranche d’aide là, 35 000F que j’ai loué une pièce à 3000F à Dongoyo, avec une ampoule, pour rester et aller au campus. Donc, M Gerry, depuis trois ans, c’est avec les aides là (80000 par an), que je paie le loyer, que je me nourris, que je me déplace, c’est même dans ça que je paie l’écolage de mon petit frère qui est au lycée. M Gerry, dites-moi, est-ce que le ministre là, il réfléchit même ? Comment il peut vouloir supprimer les aides. Il veut qu’on abandonne les études, après avoir fait souffrir nos parents qui se sont privés de tout pour nous scolariser.  C’est l’Etat qui dit qu’il faut aller à l’école, après, non, pardon, je ne voulais pas m’énerver, mais est-ce que le ministre là même a ses enfants à l’université ici ?

Ici, tu dois te lever à 4heures pour courir au campus, pour espérer trouver une place dans la salle. Si tu veux une place assise, il faut partir à 2heures. Si tu attends le bus, c’est que tu vas rester dehors. À partir de la deuxième année, tu deviens nomade, parce que tu ne sais jamais dans quelle salle tu vas suivre le cours. Le délégué se promène et cherche les salles, dès qu’il trouve une de libre, il faut courir vite, sinon, une autre faculté va la prendre. Parfois, il y a devoir et vous ne faites rien parce que les feuilles manquent, ou il n’y pas de polycopies. Pour frère les recherches, hum, M Gerry. On dit que nous avons une bibliothèque. Si vous-même vous rentrez dedans, vous allez sortir plus bête même, car les livres qu’on trouve là bas, c’est des vieilleries qu’on a jeté en France et quelqu’un a ramené pour nous donner. Ils disent qu’ils ont mis un cyber à l’université. Si vous allez dans le cyber là, pour ouvrir votre boite même, vous pouvez allez chez vous préparer la pâte manger revenir, ce n’est pas encore ouvert. Comment on peut travailler dans de telles conditions, M Gerry.

Ils disent que nous avons cassé des choses. Hum ! Nous n’avons encore rien cassé. Ce qui s’est passé ici à Kara, c’est le commencement. Comment vous pouvez comprendre que nous, vos enfants, vos petits frères, on nous impose quelque chose qui va détruire notre avenir, nous on manifeste pacifiquement, et on enferme nos délégués, on nous envoie les militaires nous gazer. Tout ça a commencé avec notre président, M Tchagbélé. Moi, je n’ai jamais vu un homme méchant comme ça. Il n’y a pas de restaurant universitaire. Tous les étudiants mangent au bord de la route. Même ici, sur le campus, il y a une école primaire (je vous jure que c’est vrai) et en récréation, on se retrouve avec les petits à acheter Ayimoulou. Alors qu’il n’y a pas de restaurant, lui, il se promène partout pour dire que le restaurant fonctionne. M Gerry, tout ce que je vous ai décrit comme condition de vie là, est-ce que vous pouvez dire que l’étudiant à Kara vit bien? Lui, partout où il va, il dit que tout va bien à Kara. Depuis trois ans, on demande qu’on le change, mais on ne sait pas comment il a attaché les gens, personne ne le touche. Mais M Gerry, l’homme là est trop mauvais. Un de nos professeurs est mort ici, et les étudiants ont demandé le bus pour accompagner le corps, il a refusé. On lui a même dit, donne le bus, on va mettre le carburant, il a refusé. Est-ce qu’un homme peut être méchant comme ça, même contre les morts ?

Quand le ministre a parlé à la télévision disant que les aides seront supprimées, nous, on a décidé de manifester pacifiquement. Les deux premiers jours, tout s’est bien passé. Le troisième jour, les militaires ont enfermé nos délégués. Le préfet était venu négocier avec nous au campus, on l’a attrapé là bas. Des camarades ont attrapé M Tchagbélé aussi. Hé, M. Gerry, vraiment, les gens là, ils ne sont rien quoi. Si vous voyez comment les étudiants les obligeaient à dire certaines choses et eux aussi ils répétaient, on ne dirait pas que c’est les gens là qui nous narguaient tous les jours. Chuan ! ce ne sont même pas des garçons. Heureusement qu’on a libéré nos délégués, sinon, ils allaient voir ce qu’ils allaient voir.

On dit que nous avons cassé les choses. Honnêtement, moi, même, je ne suis pas pour les casses, parce que ce qui appartient à l’État, c’est pour nous tous. Mais c’est qu’ils nous ont cherchés. Au quatrième jour, nous, nous étions sortis pour aller au campus pour manifester encore, et là, il y a avait des militaires, bon, des gendarmes et des policiers partout. Ils ont commencé à nous balancer des grenades lacrymogènes. Certains camarades se sont mis en tenue rouge, couleur de danger, et c’est là que la bagarre a commencé. Hum, les policiers là, ils pensent que nous sommes à Lomé où ils poursuivent les gens et ils courent. Ici, nous sommes des garçons, des vrais. On s’est organisé, et nous-mêmes on les attaqué. Hé, M Gerry, c’est ici que j’ai vu sodja courir aussi. Bon, en vérité, c’est eux qui ont cherché, parce que s’ils nous avaient laissé aller au campus, on allait faire notre marche tranquillement, mais comme ils ont tout bloqué, à la fin, ce ne sont plus les étudiants qui manifestaient, mais c’est tout Kara qui était sorti. C’est là que la casse a commencé. Moi, je ne pense pas que ce sont les étudiants qui ont cassé, parce qu’avant on faisait nos manifestations et personne ne cassait rien, mais quand ils ont commencé à arrêter les gens, la population est rentrée dedans. Il fallait voir, les bonnes femmes nous versaient l’eau sur le corps à cause du gaz. Des gens même nous ont donnés carburant pour allumer les pneus. Les enseignants mêmes étaient avec nous, et nous avons fait sortir les élèves des lycées et collèges, qui nous ont suivis.

J’entends les gens dire que ce sont les politiciens qui nous manipulent. Il faut demander à ces gens là que lorsqu’on meurt de faim, il faille attendre que quelqu’un vienne vous manipuler avant de chercher à manger. Je suis d’accord que des gens ont profité de la pagaille pour faire aussi du bruit. Mais il faut vous renseigner chez ceux qui sont à Kara ici, est-ce quand avant on manifestait pacifiquement, quelqu’un appelait le nom de Kpatcha ou insultait Faure. Les gens de la ville sont rentrés dans les manifestations et tout a dérapé. Mais même avec ce que les gents ont écrit et dit, il faut que nos dirigeants se posent des questions. Trop, c’est trop.

M Gerry, vous savez, c’est ici, à Kara que le RPT fait les meilleurs scores lors des élections. Après, quand on a fini de les élire, ils reviennent ici, même bonjour vous les saluez, ils ne répondent pas. Pendant la campagne, ils viennent verser l’agent en pagaille ici. Un mois après, même 25F tu cherches pour manger tu ne trouves pas. Moi, je vous demande, est-ce que c’est bien que nos frères, ceux-là mêmes qui ont fréquenté cadeau dans ce pays, nous réservent un tel sort ? Ils viennent nous dire chaque année que si les opposants viennent au pouvoir, on va renvoyer nos frères du sud, même si je reconnais que nos opposants là, ils ne valent même pas la peine, eux-mêmes, ils font quoi pour nous ? On est à Kara ici, tu finis l’université, tu ne trouves pas de travail. Tu ne peux même pas descendre à Lomé parce que tu ne connais personne là bas. M Gerry, si vous revenez à Kara, je vais vous montrer le nombre de chômeurs avec des diplômes universitaire ici, vous allez pleurer quoi.

Bon, M Gerry, je vais m’arrêter ici. Si vous publiez ma lettre, il faut me dire, je vais monter ça à mes amis. Dites à ceux qui disent que nous sommes des bandits que les étudiants de Kara ne sont pas des bandits. On a toujours manifesté pacifiquement. Mais quand on nous attaque, nous aussi, on répond. C’est dommage pour tout ce qui a été cassé là, mais s’ils avaient pris l’argent de gaz lacrymogène là, ils auraient payé les aides à quelques étudiants, et on n’aurait rien cassé.  Dites bien à tous ceux qui disent qu’ils veulent supprimer l’aide aux étudiants de Kara que s’ils font ça, c’est tout le campus qui va se vider, car sans les aides, on va rentrer au village. Mais comme on n’a rien à faire au village, nous, on les attend ici.

 

 

[1] J’ai reçu cette lettre d’un étudiant de Kara. Elle a atterri dans ma boite, et je ne suis absolument pas en mesure de dire si l’identité rattachée est réelle. Ce serait le cas d’ailleurs que je ne le dévoilerai pas. Je me suis permis, partout où il semblait nécessaire, d’y faire quelques corrections.

 

[2] Moto taxi

 

[3] Boisson locale

Par Gerry - Publié dans : Info togolaises - Communauté : blogueur africains
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Vendredi 2 décembre 2011 5 02 /12 /Déc /2011 01:03

http://photo.europe1.fr/infos/international/laurent-gbagbo-reste-campe-sur-ses-positions-refusant-de-ceder-aux-pressions.-930620-356893/5998207-1-fre-FR/Laurent-Gbagbo-reste-campe-sur-ses-positions-refusant-de-ceder-aux-pressions.-930620_scalewidth_630.jpg

Monsieur le président ;

Dès le mois de décembre, alors que le président Gbagbo s’était fait investir président de la république Ivoirienne, et vous avait confiné au Golf-hôtel, j’avais le plus sérieusement au monde demandé à m’engager auprès des forces qui vous défendaient. Tel un volontaire des Brigades internationales, je voulais servir – et peut-être mourir – pour la démocratie. Les personnes contactées m’avaient fait savoir que les seules possibilités pour le faire serait de rejoindre la rébellion au nord de la Côte d’Ivoire, ou de retourner dans notre armée nationale, et espérer qu’on me renvoie à Abidjan. Je n’ai jamais eu l’âme d’un rebelle, et la liberté dont je jouissais depuis que j’avais quitté l’armée m’était trop précieuse pour la jouer sur un tel engagement. Je vous ai donc défendu avec une autre arme : ma plume. J’ai multiplié les articles, lettres ouvertes et interventions dans les médias pour dire mon amour pour votre pays, et ma conviction de votre victoire. Ceci m’a certes valu la perte de certaines amitiés d’armes, mais j’étais persuadé qu’il fallait que vous accédiez au pouvoir pour dire à tous ces présidents africains prédateurs de pouvoir dans leur pays, au détriment du suffrage de leur peuple que désormais, une page s’ouvrait sur notre continent.

Finalement, vous avez atteint votre but, notre but à nous tous qui croyions défendre à travers vous, la démocratie en Afrique. Personnellement, je n’ai pas aimé la façon dont vous avez atteint cet objectif. J’aurais tant aimé que la seule pression internationale vienne à bout de Gbagbo et de son régime. J’aurais tant aimé que le printemps arabe ait été d’abord ivoirien. Mais dans votre confrontation avec votre rival, vous aviez un atout, que peu d’opposants ont en Afrique : vous aviez une rébellion bien armée, et plutôt motivée de votre côté.

Ces rebelles-là, je les ai connus, j’ai su apprécier leur courage, jauger leur ténacité, mesurer leur valeur guerrière. J’ai, durant les quatre mois passés dans la zone Zuenoula, - Bouaflé -  Kounahiri Mankono, comme officier de l’arme blindé du contingent togolais de l’ONUCI 1, appris à évaluer les forces en présence. Cette acuité m’a donc permis, dans un jeu de guerre à distance, d’anticiper l’évolution du conflit militaire, jusqu’à l’arrivée des FRCI aux portes d’Abidjan. J’ai prié pour que vos troupes s’emparent toutes seules du bastion de Gbagbo, et circonscrire le conflit à la cote d’Ivoire. Mais comme les événements le démontreront plus tard : mal armées et insuffisamment entrainées, elles se sont montrées incapables de s’emparer du palais présidentiel, vous réduisant à accepter l’intervention d’une troupe étrangère, n’arborant pas pavillon onusien, pour finir le travail.

Monsieur le Président, avec tout le respect que je vous dois, et toute l’amitié que j’ai pour l’armée française à qui je dois ma formation saint-cyrienne, c’était la première erreur. Que n’avez-vous pas appliqué la vieille tactique vieille comme le monde du siège, pour contraindre votre ennemi à sortir de son bunker une fois les provisions consommées, puisque vos troupes avaient complètement coupé toutes les issues de ravitaillement des assiégés ?.

Mais comme le dit l’adage, la fin justifie les moyens. La capture de Gbagbo équivalait pour moi à l’instauration de la paix. Les boucantiers allaient investir la place et ramener la joie comme on le dit à Abidjan. Pour moi, l’essentiel était là. Le peuple ivoirien que j’ai connu et appris à aimer durant six mois est non seulement industrieux, mais optimiste et joyeux. Il suffisait que les armes se taisent et la vie allait reprendre.

Et je ne me suis pas trompé. Moins d’une année seulement après la fin des hostilités, Abidjan, votre capitale a renoué avec sa vitalité légendaire. L’activité économique é été relancée avec une célérité qui est tout à votre honneur. Vous avez su remettre, avec fermeté et doigté, votre pays sur le chemin de la prospérité. Sur le plan social par exemple, vous avez, grâce aux  soins médicaux gratuits, réalisé une avancée plus impressionnante que des pays baignant dans la stabilité depuis longtemps. Même sur le plan politique, alors que l’on s’était attendu à une immense chasse aux sorcières, la réconciliation a été votre leitmotiv. Plusieurs de vos ennemis d’hier sont devenus vos collaborateurs. La commission Vérité et Réconciliation, composée de sommités au dessus de tous soupçons (je pense notamment à Drogba) ont accepté s’investir dans cette périlleuse quête de la paix des cœurs.

Alors, qu’avez-vous à faire ça, monsieur le président ? Qu’avez-vous à déporter Gbagbo, ainsi que le faisaient jadis les colonisateurs, des rois africains qu’ils n’arrivaient à soumettre par le simple pouvoir des armes ? Vous aviez redressé les institutions de votre pays, redonné de l’aplomb à votre appareil judiciaire, et bientôt, vous compléterez ce tableau par la constitution d’une assemblée nationale plurielle, où je m’attendais à ce que vous pesiez de tout votre poids pour la participation du FPI à ce scrutin. Votre système judiciaire est-il si mauvais pour connaître des crimes commis sur son sol ? Si mes chiffres sont exacts, le second tour des élections présidentielles vous ont crédité de 54% de voix. Il faut donc croire que 46% de votre peuple a porté son choix à celui que vous envoyez, comme le plus vil des criminels, dans un tribunal où il a autant sa place que vous, monsieur le président, car, n’eût été votre entêtement à arracher ce pouvoir par la force – au lieu d’attendre les effets des sanctions internationales et la négociation  – les 3000 Ivoiriens que nous pleurons aujourd’hui seraient encore en vie. Le départ des présidents tunisiens, égyptiens et du Yémen montrent que la pression populaire, doublée d’un activisme diplomatique, a plus facilement raison des dictateurs.

Monsieur le Président, que n’avez-vous pas attendu la composition de l’Assemblée nationale pour que les députés se penchent sur la nécessité d’envoyer Gbagbo au CPI ? Que n’avez-vous pas demandé l’opinion de votre peuple par l’organisation d’un référendum pour savoir ce qu'il veut faire de son ancien président, en dehors d’un procès national ? Gbagbo est-il pire que Hissène Habré, qui coule de jours heureux au Sénégal, sur les cadavres des milliers de Tchadiens. Gbagbo est-il pire que Moubarak, El Béchir, Savimbi, Saleh, et toute cette liste infinie de présidents qui sont confortablement installés à la tête de leurs États, après avoir massacré des milliers de compatriotes pour y accéder ? La Cote d’Ivoire est-elle moins souveraine que la Libye, qui malgré un engagement total de l’OTAN auprès des rebelles pour renverser le régime de Kadhafi, a farouchement refusé de livrer Saif-Al Islam, pourtant recherché par le CPI ?

Ne voyez-vous pas qu’en agissant ainsi, vous donnez raison à tous ceux qui voient en cette cour pénale, un instrument au service non seulement des vainqueurs, mais surtout d’un occident dont vous vous faites le plus loyal serviteur ? Ne voyez-vous pas, monsieur le président, que par cette décision, vous éloignez du continent les droits de l’homme et tous les bienfaits contingents, par un indigeste mélange de genre, où le règlement de compte et la justice forment un couple à la morale douteuse ?

Monsieur le Président, je ne vous adresse pas cette lettre. Et je serai bien aise que vous ne la lisiez jamais. Car je préfère conserver de vous l’image d’un grand homme que le monde aurait eu la chance de voir diriger un pays si déterminant pour l’avenir d’une partie de l’Afrique. Je vous voyais tel un Mandela, un dalai-lama, un Ang San Suu Kyi, un Gandhi. Mais à votre place, aucune de ces personnes n’aurait envoyé Gbagbo au CPI. Ils l’auraient sans doute fait jugé, en prenant soin de lui assurer un procès équitable, et si jamais il était condamné, ils l’auraient gracié dans les plus brefs délais, au nom de la réconciliation nationale.

Voyez-vous monsieur le président, je n’aime pas les africanistes, ces personnes qui sont persuadés que l’Afrique est une entité contre laquelle le méchant Occidental complote sans arrêt. Je ne suis pas non plus panafricaniste. Pour moi, il y a entre le Togolais que je suis et le Hottentot namibien, autant de points communs qu’on en trouve entre un Sénégalais et un Inuit de l’Alaska. Je suis plutôt citoyen du monde. Parce qu’aujourd’hui les droits de l’homme et la démocratie sont des valeurs universellement partagées, je n’éprouve aucune raison de m’identifier à une région de la planète, où en dehors de ces seules valeurs-là, tout nous distingue les uns des autres. Gbagbo se voulait panafricaniste. Dans une longue lettre adressée à Me Koffigoh, président de la commission électorale de l’UA en Cote d’Ivoire, et fervent défenseur de Gbagbo, j’ai dénoncé la duplicité de cette identité. Il n’en reste pas que depuis son incarcération à Korhogo, tous les africanistes et certains panafricanistes s’identifient à Gbagbo. Du prédateur de pouvoir qu’il était à mon sens au départ, il serait devenu une victime de cette hydre géante appelée franceafrique. Aujourd’hui, en le déportant comme vous l’avez fait, loin de sa famille, de ses amis, loin de 46%  d’Ivoiriens qui l’ont choisi comme président, vous en faites un martyr. Et alors qu’il y a seulement quelque mois, je n’imaginais jamais être réduit à une telle extrémité, je vais hurlez à l’unisson avec tous ces jeunes Ivoiriens, Togolais, Béninois, Africains à la recherche de leur identité et en quête de héros : Vive Gbagbo. Lui, malgré sa roublardise, sa duplicité et sa sournoiserie, avait une idée de la Côte d’Ivoire. Et je crois, en le suivant sur son chemin de croix, qu’il l’aime réellement, ce pays. Il vit avec cette terre une aventure passionnelle. Voilà pourquoi il a accepté d’aller aux élections, alors que les rebelles n’étaient pas désarmés et que rien que pour ce motif, il aurait pu continuer à maintenir le statu quo.

Monsieur le président, l’objet de cette lettre que vous ne lirez jamais est ma déception. Déception d’un pauvre gars qui avait cru en vous, et découvre, ahuri, que le pardon que vous professez à longueur de journée ne s’adresse pas à tous vos compatriotes. Déception de voir qu’alors qu’il a sacrifié toute son existence sur l’autel de la politique en Cote d’Ivoire, Gbagbo n’aura pas le repos dont bénéficie Bush ou Blair, pourtant reconnus comme responsables d’une guerre injuste en Irak,  où des dizaines de milliers de personnes ont perdu la vie.

Je me suis permis donc d’emprunter à  Emile Zola cette expression devenue légendaire: J’accuse : Mais qui est-ce que j’accuse donc ? Je ne saurais vous le dire.  La bible nous rapporte qu’alors qu’une femme était accusée d’adultère, et qu’il fallait, en application d’une loi hébraïque la lapider, les pharisiens allèrent demander à Jésus ce qu’il pensait du châtiment. La bible rapporte que Jésus leur fit la réponse suivante. Que celui qui n’a jamais pêché lui jette la première pierre. Monsieur le président, je crois qu’avant de déporter Gbagbo à La Haye, vous auriez dû demander au Seigneur tout Puissant d'inspirer votre décision. Je n'aurai point été étonné qui vous serve la même réponse. Que celui qui n'a pas sur les main le sang d'un Ivoirien envoie le premier Gbagbo au CPI.

Par Gerry - Publié dans : Coups de gueule - Communauté : Les relations Europe Afrique.
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Lundi 7 novembre 2011 1 07 /11 /Nov /2011 22:36

http://www.afriscoop.net/journal/IMG/arton317.jpgDepuis près de deux semaines, le débat fait rage, et tiens en haleine les quelques Togolais qui ont encore de l’énergie à suivre les débats politiques. Quid du régime politique au Togo ? Chacun y va de sa théorie, de son argumentaire. À écouter tous les acteurs, leur proposition serait le seul remède à l’instabilité politique au Togo.

Mon opinion sur le sujet est très simple. Quel que soit le régime choisi, si les acteurs politiques sont de bonne foi, la stabilité peut être retrouvée. Ma seconde opinion est que pendant que la misère est la chose la mieux partagée au Togo, nos politiques nous fatiguent avec ces histoires qui peuvent trouver solution en une journée, pour peu que le bon sens soit au rendez-vous.

Par contre, s’il fallait donner mon avis sur le type de régime politique utile au Togo, je dirai avant tout le type de régime qu’il ne faut pas au Togo.

Dans un premier temps, il peut être utile de présenter les choix possibles. Comme nous vivons déjà dans une république, disons que nous avons majoritairement le choix entre un régime présidentiel, un régime semi-présidentiel (qui est une variante du régime parlementaire dualiste) et un régime parlementaire. Je ne vais pas m’appesantir dans la description de ces régimes, puisque j’expliciterai les raisons pour lesquelles je préfère l’un aux deux autres.

Je ne pense pas que le régime parlementaire soit le plus indiqué pour le Togo. En théorie, c’est mon préféré, puisqu’il permet une répartition harmonieuse des pouvoirs, en autorisant notamment les représentants du peuple à jouer un rôle majeur dans la conduite des affaires de la cité. Le parlement (monocaméral ou bicaméral) vote les lois et contrôle l’activité d’un gouvernement issu du parti majoritaire en son sein.  En cas de blocage sérieux, le gouvernement peut dissoudre le parlement tout en espérant retrouver une plus grande majorité aux élections suivantes. Le parlement de son côté peut voter une motion de censure ou de défiance pour faire chuter le gouvernement.  

Dans le cas togolais, je vois deux handicaps se profiler à l’horizon. Le premier est que nous sommes un peuple de tradition présidentielle. La fonction présidentielle est presque un mythe, un des fondements de notre nation. La première république elle-même, qui avait un régime parlementaire, n’a pas osé se contenter d’un premier ministre, mais a élu un président, car sous nos cieux, cette fonction (institution) incarne un prestige irrécusable. Un premier ministre a quelque chose d’éphémère et d’incomplet. La seconde raison est que le régime parlementaire ne viendra pas changer grand-chose à ce qui se fait déjà chez nous. Nos députés attendront toujours de l’exécutif l’introduction de projets de loi, qu’ils se contenteront de voter. Si les élections législatives de 2007 avaient été celles d’un régime parlementaire par exemple, les députés RPT auraient donc continué à jouer à la caisse d’enregistrement, alors que ceux de l’UFC et du CAR se contenteraient de voter contre tous les projets de loi, sans faire d'autres propositions (de loi). Le seul changement, c’est que Faure aurait été responsable devant le parlement, au lieu de se mettre à l’écart et y envoyer Houngbo,  comme c’est le cas actuellement.

Le régime semi-parlementaire tel qu’il est appliqué au Togo et en France est à mon avis une sacrée peau de banane. S’il a un régime qu’il ne faut surtout pas (ou plus) expérimenter, c’est le régime semi-parlementaire, parce qu’avec les égos démesurés et les esprits revanchards que nous avons sous nos cieux, le jour où il y aura cohabitation, ce sera le blocage de nos institutions. Mais alors un blocage sérieux, car celui-ci concernera et l’exécutif et le législatif. Vous imaginer l’ANC avoir la mojorité au parlement et disposer d’un premier ministre, pendant que Faure est au pouvoir, ce serai un remake du 21 décembre 91, sans aucune possibilité d’y échapper, car les uns et les autres voudront marquer leur terrain et montrer leur puissance.  La seule situation dans laquelle le régime semi-présidentiel est acceptable, c’est celle où les élections législatives et présidentielles se déroulent au même moment (ou l’une aussitôt après l’autre), et les mandats législatifs et présidentiels sont de même durée. Ainsi, le président élu a toutes les chances d’avoir une majorité au parlement, et ainsi conduire sa politique dans de bonnes conditions. Dans ce cas, nous revenons au régime parlementaire, avec des députés paresseux, qui enregistrent ou qui rejettent les projets de loi.

Le troisième régime, qui a mon adhésion (uniquement compte tenu de 20 ans d’expérience de la démocratie) est le régime présidentiel. Dans celui-ci, il a y’ a une séparation stricte des pouvoirs. Les pouvoirs exécutifs et législatifs tirent tous les deux leur légitimité du suffrage universel, et n’ont pas d’action l’un sur l’autre. Le président ne peut pas dissoudre le parlement, le parlement ne peut pas révoquer le président. Même si dans certains cas, comme aux États-Unis, les deux chambres, par le mécanisme de l’empeachement, peuvent révoquer un président, c’est uniquement lorsque sa responsabilité pénale est engagée, et non politique. De même, toujours aux États-Unis, le président, par son veto, peut refuser de promulguer une loi. Les interactions s’arrêtent là. Les fonctions des deux pouvoirs sont bien distinctes. Le parlement vote les lois, et l’exécutif les eh bien, les exécute. Je reste persuadé que pour éviter le présidentialisme ambiant dans notre pays, et faire de nos députés de vrais acteurs de notre jeune démocratie, ce régime est le plus indiqué pour nous. Le chef de l’État n’aura plus, comme c’est le cas dans le régime semi-présidentiel, à s’abriter derrière un premier ministre, pour justifier l’inefficience de sa politique. La fameuse théorie de fusible, qui me parait scandaleuse dans une démocratie où un homme est pourtant élu en fonction de son programme politique, ne sera plus qu’un délicieux souvenir. Mais pour moi, le plus grand intérêt de ce régime, c’est la mise au travail des députés, qui devront dorénavant se retrousser les manches pour produire des lois et voter les crédits.

À la rentrée parlementaire de notre assemblée nationale cette année, j’ai été écœuré d’entendre son président dire ouvertement, et sans vergogne aucune, que les députés étaient pressés de recevoir les projets de loi du gouvernement pour les faire voter et faire avancer le pays. Si nous passons au régime présidentiel, ce genre de discours sera un lointain souvenir, pour le bien de tous. Et ne nous y trompons pas. Nos deux voisins de l’est et de l’ouest sont des modèles de stabilités dans la sous-région. Et ils ont adopté tous les deux ce régime politique. C’est peut-être un signe.

Par Gerry - Publié dans : Info togolaises - Communauté : blogueur africains
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Mercredi 2 novembre 2011 3 02 /11 /Nov /2011 23:05

Voila plus d’un mois que l’association Actions et Territoires( que je dirige) a prévu une tournée dans la région de la Kara pour des communications sur le thème : Auto-emploi, entre perspectives et réalités.  La ville de Kara est déjà coutumière des actions de l’association : une formation sur les blogs, une autre sur la sécurité informatique, et une dernière sur les réseaux sociaux. Cette fois, l’association a tenu à monter un peu en gamme : emmener des chefs d’entreprise vers les jeunes, pour un partage d’expérience, de vécu et de rêve, aussi.

Initialement, je devrais être accompagné de 3 personnes ayant une certaine expérience dans le domaine de l’entreprenariat, finalement, il ne m’en restera qu’un seul (les autres ayant été empêchés au dernier moment). Mais Flavien Ottou a de l’allant, de la volonté et de la disponibilité, on sera donc deux pour quatre.

 

Kara, les TICs plus prisés que l’auto-emploi.

  Parti de Lomé vers 8h, le véhicule me crée encore des soucis à hauteur de Notsé. Compresseur grillé, et fumées envahissant l’habitacle. Mais cette fois-ci, pas de court-circuit. Il faudra se passer de la climatisation, et tenter de rallier Kara avec trois bougies hors de course pour être à l’heure. Je serai obligé de refaire le plein à Sokodé, mais à 15h30, Kara nous tend les bras.

La formation a lieu au cyber-café des sœurs de la providence. Nous avons simplement réservé tous les postes, et nous payerons donc le coût des connexions. Comme il fallait s’inscrire pour suivre la formation, la salle est comble, mais rien de déborde. Le bureau d’ACT-Kara a bien travaillé. La formation sur les « blogs, mode d’emploi », se déroule dans la convivialité. Le seul bémol est la connexion internet. Elle est quasi inexistante. Il parait que depuis une semaine, Togo-telecom a un souci dans la région. Je me connecte en wifi sur mon Galaxy Android pour faire passer le cours. Heureusement que l’abonnement Internet Mobile de Togocel fonctionne plutôt bien. Nous mettons un terme à la seance à 18h. Ils ont compris, et sont plutôt comblés.

 

  Une heure plus tard, à 19 heures, nous sommes à la salle de réunion des affaires sociales. Cette fois-ci, c’est le grand jeu. Je m’attendais à avoir de l’affluence, mais la salle est à moitié vide. Je suis un peu surpris, mais les jeunes qui sont là paraissent motivés. Avec Flavien, nous déroulons la séance. Parlant de mon expérience et de mon vécu, j’espère insuffler une nouvelle dynamique aux jeunes. Dans le groupe, une seule femme.

Un moment, j’ai une inspiration et je demande à l’ensemble, ce que chacun ferait s’il recevait un million de francs cfa d’un promoteur. Je réalise tout de suite qu’il y a un problème. Personne n’a jamais vraiment pensé à cette éventualité, pourtant, tout le monde se plains du manque de moyens pour monter son, affaire. Finalement, quelques  réponses fusent. Commerce, commerce, et commerce.  Une seule personne propose la fourniture de services. L’ANPGF, qui m’a demandé de faire un petit sondage, ne sera pas content.  L’agence ne finance pas le commerce.

 

Niamtougou, la claque

 

Nuit passée dans les nouvelles chambres de l’évêché. Elles sont petites quand même, les chambres, mais bon, dormir dans une maison du Seigneur reste une bénédiction.  La communication sur le même thème a lieu à Niamtougou. Parce que le distributeur de la BTCI est en panne, j’ai toutes les peines du monde à faire face aux dépenses générées par la panne de voiture. Heureusement que le relationnel est là.

9h15, Niamtougou, salle polyvalente au centre ville. Il y a à peine une dizaine de personnes. Qu’à cela ne tienne, même avec deux personnes, nous passerons la communication. Surtout qu’une présence m’honore particulièrement : celle de M Ragouena, père d’un ami, et grand acteur du développement de Niamtougou. Nous aurons même le passage du secrétaire général de la préfecture, envoyé par le préfet pour prendre contact et voir ce que nous faisons. Je trouve ça correct.

Finalement, en tout et pour tout, 18 personnes originaires de Niamtougou suivront la communication. Mais ils semblent emballés, et c’est l’essentiel. A ma question de savoir ce qu’ils feront d’un million de FCFA pour monter une affaire, c’est la même typologie de réponses, le commerce. Acheter des articles pour vendre ailleurs.

A 12h 25, c’est fini, et il faut retourner à Kara achever la réparation de la voiture, tout en espérant qu’une banque soit ouverte.

 

Siou : On peut être prophète chez soi.

Ici, ce sont les miens Le spectacle que je découvre en me garant dans la cour de l’hotel ENA me coupe le souffle. La place est noire de monde. On y trouve de tout, des jeunes, certains sont même en complet kaki, et des moins jeunes. Plusieurs centaines de personnes. Je suis ému. Après tous ces déboires, cette mobilisation est un baume au cœur.  Donc j’y vais carrément, d’autant plus que je me revois, dans le regard de ces gamins, il y a une vingtaine d’années : j’avais la même candeur et la même curiosité. Je croyais que monter dans une voiture « personnelle » était déjà un délice exquis, en posséder dépassait l’imagination.

 

Les jeunes sont alertes et réceptifs, et moi, je déroule ma communication avec la plus grande des aisances, car pouvant mélanger le français  au nawdun particulier de Siou. Flavien Ottou intervient par moment, mais ici, c’est mon jeu. Ce sont les miens.

A l’éternelle question de savoir l’usage qu’ils feraient d’un million, j’ai la même réponse. Le commerce. Mais je suis habitué. Et je n’ose pas parler de services dans un tel village, où le taux de pauvreté doit titiller les 95% de la population.

La séance est levée vers 19h, à ma plus grande satisfaction. Il y avait beaucoup de filles, qui ont posés un tas de questions. Voila, je suis fier de mon village.

La nuit, j’irai fêter ça avec des vieux copains du cru, qui font dix ans plus âgés que moi. La misère, quand tu nous tiens.

 

Dimanche 30 octobre, retour à mes premiers amours.

Technologies (gps) et agriculture. Les projets sont dans ma tête.

En 1996, après avoir abandonné l’université, fait le tour de toutes les fermes du Togo et obtenu un diplôme au centre Songhaï au Benin, j’étais revenu au village avec la ferme intention de m’y installer, si jamais j’obtenais le financement que j’avais sollicité pour monter ma ferme. Je ne l’obtins jamais, mais j’avais déjà repéré un endroit.

Ce dimanche, après un sommeil réparateur, j’ai retrouvé mes vieux amours : la ferme. L’odeur de la terre qui monte, entêtante, les paysages sauvages, les animaux domestiques, et la simplicité de la vie des paysans. Du coup, le projet de création de ferme agropastoral, doublé d’un gite rural me trottine dans la tête. En voiture, j’échafaude les contours du projet, je prends les coordonnées avec mon Gps, à l’arrêt, j’esquisse les plans. Il faut pouvoir financer ça. Un projet qui emploiera environ 200 personnes, en 5 ans. Il faut juste trouver le financement..

Dimanche soir, de retour des champs, don d’un brouilleur téléphonique à la paroisse de Siou. Personnellement, je déteste les téléphones qui sonnent à l’église. Donc, j’ai offert ce bidule au père qui en est content. Je crois que les paroissiens aussi. Je m’en rends compte avec plaisir à la messe de Toussaint mardi matin.

 

Lundi. Sioutoyen

Ce lundi, je passe la journée à faire des contacts administratifs, pour accompagner les jeunes du village à résoudre certains soucis propres au village, et qui n’ont pas leur place sur mon blog. La soirée s’achève à Kara, avec l’équipe d’actions et territoires Kara pour les projets à venir.

 

Ce qu’il faut retenir.

Une seule leçon est à mon sens importante à l’issue de cette tournée. C’est que la problématique de l’auto-emploi est encore embryonnaire dans la mentalité de notre jeunesse. Le système éducatif, qui met l’accent sur l’assimilation, et non sur la créativité et l’esprit critique, associé à une pratique sociale qui célèbre la prééminence de l’ainé sur le plus jeune, sont à mon sens les premiers moteurs de cet état de fait. Il faut voir tous ces jeunes se confondant presque au sol pour me saluer. L’esprit d’entreprise est très étranger à presque tous les jeunes, qui s’attendent plutôt à trouver du travail quelque part, dans le privé comme dans le public.

D’où la conclusion que je développe depuis un an dans mes débats : l’important n’est pas de trouver des fonds à octroyer à des jeunes  pour la création d’entreprise, il faut plutôt accompagner les entrepreneurs déjà actifs à accroitre leur activité et être en mesure de recruter plus de personnel. Si vous n’avez pas la culture de l’entreprise (à ce stade, je parle de prédisposition) tous les financements du monde entier ne vous serviront à rien. Enfin, ils vous serviront sans doute à prendre une seconde femme, à avoir un joli bureau ou une belle voiture, mais vous ne créerai aucune richesse, car n’est pas entrepreneur qui veut.

S’il fallait ajouter une seconde leçon, c’est que ceux qui n’ont jamais crée d’entreprises dans notre pays ne devraient pas être autorisés à traiter seuls de la problématique de l’auto-emploi avec les jeunes. On vous dira sans doute qu’ils ont fait de grandes études pour cela, mais être chef d’entreprise au Togo est une science unique. Elle ne s’apprend dans aucune école. Et si elle devrait être enseignée, seuls les chefs d’entreprises togolais sont autorisés à la transmettre. C’est une école de la vie. Et elle est dure, rude, sans pitié, et passionnante. Heureusement, autrement, je n’y serai pas depuis trois ans.

Dieu bénisse le Togo, et les brouilleurs dans les églises.

Par Gerry - Publié dans : Info togolaises - Communauté : blogueur africains
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Dimanche 23 octobre 2011 7 23 /10 /Oct /2011 02:15

Kadhafi est donc mort, achevé d’une balle dans la tête par un jeune combattant qui pensait ainsi entrer dans l’histoire (version de certains médias). Je le pleure. Je le pleure parce dans ma tradition, le mort d’un homme reste une tragédie. C’est ainsi. Quoi que ce dernier ait pu faire, il faut le pleurer. Je le pleure aussi parce qu’il ne méritait pas cette fin si peu glorieuse. Voir son cadavre aussi souillé et malmené a quelque chose de malsain. Les Libyens devraient eux-mêmes être les premiers à en avoir honte. On ne montre pas la nudité de son parent en public. Les présidents africains, et tous ceux qui ont profité du guide libyen me laissent pantois aussi. As-t-on subitement perdu tout respect envers les morts dans notre culture ? Autant les multiples reconnaissances du CNT par les Etats africains me semblaient procéder de la  réal politique, autant le mutisme suite à la profanation du cadavre de Kadhafi me parait choquant et avilissant. Même Sarkozy, qui a mené sa guerre contre Kadhafi, a reconnu qu’on ne peut pas se réjouir de la mort d’une personne. Au moins un chef d'Etat africain (Zuma ne compte pas) devrait s'insurger du sort réservé à la dépouille d'un pair. Pauvre Afrique.

Je pense personnellement que Kadhafi a commis trois erreurs.

La première est qu’il a oublié l’époque à laquelle il vivait. Il a oublié que nous étions au siècle de la communication instantanée, de facebook et de youtube. Il a oublié qu’il était dans un siècle où les opinions publiques dans les vieilles démocraties avaient un poids énorme dans la décision des politiciens. Il y a une dizaines d’années, on pouvait massacrer tranquillement son peuple, aujourd’hui, certes, on le peut encore (la Syrie et le Yémen en sont des exemple), mais quand on le fait, on la boucle. Kadhafi n’a pas compris cela. Quand il décide de mater dans le sang la rébellion qui s’enfle à Bengazi, il donne des interviews hallucinants où il promets les pires supplices à son propre peuple. Ce faisant, il met se met les opinions internationales à dos. Personne ne peut le sauver dès l’instant où les opinions occidentales décident qu’il faut en venir à bout de ce fou furieux (on a même prétendu qu’il était devenu dément) Mêmes la Chine et la Russie, pourtant très à cheval sur la souveraineté nationale, n’useront pas de leur véto pour empêcher l’OTAN de commettre de coup d’Etat qui va sans doute inaugurer la quatrième génération des missions  de coercition de l’ONU.  Kadhafi est allé dans sa dérive meurtrière, alors qu’en réalité, sur le terrain, on enregistrait moins de morts que ce qui se passe actuellement en Syrie. Pour preuve, même le parti socialiste français, pourtant très hostile à la guerre sous tous les fronts, validera la campagne libyenne.

La seconde, c’est qu’il s’est trompé d’alliés. A lieu de chercher des alliances auprès des puissances internationales, comme le démontre la Syrie qui peut compter sur les soutiens de la Russie et de la Chine, Kadhafi a compté sur ses homologues africains. Ah, ce qu’il doit le regretter, Kadhafi, toutes ses actions à l’endroit de ses « frères » africains. Les routes, les hôtels, les banques, les écoles, les hôpitaux, il a porté plus loin qu’aucun autre panafricain le rêve d’une Afrique unifiée. Il était certes excentrique, mais il croyait en la possibilité de former un bloc africain monolithique, capable de discuter d’égal à égal avec les autres formations géopolitiques. Il a eu le tort de penser que sa fierté d’Africain était partagée, lui qui avait affronté seul les puissances occidentales, échappé à de multiples tentatives d’assassinat. Mais il se trompait. Ses confrères n’avaient ni son charisme, ni son effronterie. Je reste d’ailleurs persuadé que seul Eyadema, s’il était vivant, aurait osé porter ouvertement son soutien à Kadhafi. Ils avaient tous les deux cette caractéristique rare de nos jours. : la fidélité en amitié. Mais l’époque des dinosaures est bien finie. La réal politique veut qu’on soutienne les puissances occidentales quand elles s’en prennent à votre voisin, en priant que par cette attitude, on ne regarde pas trop dans votre casserole.

La troisième erreur, est d’avoir minimisé l’impact du printemps arabe sur la géopolitique du Maghreb. En effet, lorsque commence la révolution en Tunisie, Kadhafi pense qu’il est à l’abri d’un tel destin.  En effet, à l’opposé de la Tunisie, il dispose d’une armée bien équipée. A l’opposé de l’Egypte, cette armée ne fera pas dans la dentelle si le peuple descend dans la rue. Par ailleurs, contrairement aux autres pays, la Lybie est très peu peuplée. La population est constituée en majeure partie d’immigrés, et les Libyens ont un indice de développement humain particulièrement élevé. Le pays ne connait presque pas de chômage (ceux qui le sont sont bien payés), Kadhafi a développé le pays de façon spectaculaire. L’homme est donc serein. Il pense que les Libyens sont heureux, et qu’ils ne peuvent pas se risquer à l’aventure comme en Tunisie ou en Egypte, où le chômage frappe à plein fouet la jeunesse. Mais il y a un petit détail, c’est qu’il est au pouvoir depuis tellement longtemps, que son peuple a envie de voir autre chose, prospérité ou pas. Il me parait sans aucun doute que les Libyens, dans un dizaine d’années regretteront l’époque Kadhafi, mais l’homme est ainsi fait, il n’est jamais satisfait. Il se nourrit du changement. Kadhafi ne l’a pas compris. Et du ciel où il doit être en ce moment( enfin, c’est toujours bien d’imaginer qu’on est au ciel quand on meurt, ça permet de dire qu’on se marre de ceux qui sont encore en bas) il doit se dire :

-          Pauvre peuple, savez-vous seulement où vous allez.

Ce qu’il faut retenir, c’est que les démocraties occidentales n’ont toujours pas gardé la leçon de l’Irak et de l’Afghanistan. Dans plusieurs Etats arabes, il est préférable d’accompagner et d’appuyer les pouvoirs locaux (qui ne sont pas toujours très démocratiques) que d’inciter au changement radical de régime pour faire le lit des islamistes. Aujourd’hui, rien ne nous dit que la Tunisie et l’Egypte ne vont pas basculer sous la férule des fondamentalistes. Les réactions de la rue tunisienne suite à la diffusion du film Persépolis, et de la rue Egyptienne après les manifestations coptes nous font déjà craindre le pire.

Mais la vraie leçon de tout ceci est à l’endroit des chefs d’Etats africains. Développer le pays n’est pas une raison suffisante pour s’éterniser au pouvoir. Un argument comme celui que nous sort Wade (ou Tandja à l’époque) consistant à dire qu’on a besoin d’achever le développement du pays est une hérésie intellectuelle. Au bout d’un certain moment, il faut dégager le plancher.

C’est dans la nature humaine. Normal, l’homme lui-même est appelé, au bout d’un certain moment, à dégager le plancher des vaches. Rien n’est éternel, sauf l’Eternel. Amen.

Par Gerry - Publié dans : Actualité africaine - Communauté : blogueur africains
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Mardi 11 octobre 2011 2 11 /10 /Oct /2011 11:17

Disposant plutôt d'une connexion à la togolaise (laborieuse) je n'ai jamais pu lire en totalité cette vidéo. Il a fallu attendre hier pour lire dans la presse, l'intégralité de la décision de la cour de justice de la CEDEAO.

Depuis, j'ai un bien meilleur éclairage, et voici donc ce que je pense. En trois points, (comme d'habitude)

Primo: L'Etat togolais est réellement désavoué dans cette histoire. "En conséquence, ordonne à l’Etat du Togo de réparer la violation des droits de l’Homme des requérants et de payer à chacun, le montant de trois millions de francs CFA" En l'espèce, et c'est ce que je disais depuis le début, ils n'ont jamais démissionné, puis que pour le faire, il fallait qu'ils remettent eux-meme leur démission, et que le sujet soit débattu en plénière. De même, ils auraient dû être écouté par la cour constitutionnelle avant la décision de celle-ci. Tout ceci est contenu dans la décision dont je vous joins le lien ici.

Secondo: Ce désaveux ne signifie aucunement le retour des députés pro-ANC au parlement. C'est tout simple, les décisions de la cour constitutionnelle ne sont sucseptibles d'aucun recours. C'est l'article 106 de notre constitution qui le dit. Partant, par quelle contorsion pourait-on réintégrer les députés au parlement? On ne peut légitimement pas se lever et dire simplement "allez, les députés remplaçants sortez, et vous reprenez votre place". Il y a à mon sens trois façons de réparer le dommage et continuer à protéger nos institutions et notre arsenal juridique.En un: Une seconde réparation financière. On paie aux députés concernés les indemnités et autres primes couvrant la période de leur exlusion, plus une prime de réparation, distincte de celle imposée par la CJCEDEAO. En deux, on convertit cette réparation en accord politique: du genre, le RPT s'engage à accéder à une demande de l'ANC longtemps réfusée, ou lors d'une négociation, l'ANC peut utiliser ce joker pour emporter la décision. Pour ce faire, encore faudra-t-il qu'il y ait jamais des nécogiations entre ces deux partis. En trois: Organisation de partielles dans les circonscriptions électorales de ces députés, avec engagement pour le RPT de ne pas présenter de candidats. (C'est mieux que dissoudre le parlement). De toutes les façons, pour concerver la vitatlité de nos institutions, il faut trouver une solution négociée, qui répare la violation de droit, mais ne fragilise pas nos lois.

Tertio: Il faut faire amande honorable. M Bonfoh ne doit plus s'abriter derrière ses lunettes pour dire qu'il ne se reproche rien. Notre pays n'avancera pas de la sorte. Il faut que le président que l'Assemblée nationale reconnaisse publiquement qu'il a commis une erreur, et qu'il est bien disposé à la réparer dans la mesure du possible. Il faut que la cour constitutionnelle s'excuse auprès des députés exclus, pour le tort à eux causés. Il faut aussi que le gouvernement, au lieu de s'abriter derrière cette posture défensive, fasse preuve d'humilité, et montre sa disposition à trouver un arrangement. Si nous ne réussissons par à faire ce saut qualitatif, alors, ce serait comme je l'ai dit dans mon précédent billet, un immense gachis pour le Togo. Bon, ça ne me dérangerait pas si c'était le pays de quelqu'un, mais c'est mon pays aussi. Et ça la fout mal.


Par Gerry - Publié dans : Inspirations - Communauté : blogueur africains
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Samedi 8 octobre 2011 6 08 /10 /Oct /2011 20:36
Hier soir, j’étais à mon bureau, à Nyékonakpoè su le boulevard circulaire, quand j’ai vu passer ( plutôt sur mon écran de surveillance)  une vague orange, mélange hétéroclite de motocyclistes (Zed), de cycliste, et surtout de manifestants à pieds. C’était les militants de l’ANC qui exprimaient ainsi le joie suite à la décision de la cour de justice de la CEDEAO. Et pour tout dire, j’étais content pour eux. Ce n’était que justice pour eux. Depuis le début de cette affaire, j’ai toujours exprimé mon opposition à cette exclusion cavalière, et je suis bien aise que la CEDEAO dise enfin notre droit à notre place.

Dans la foulée, j’ai surfé un peu sur internet pour savoir comment cela se passait. Republicoftogo était le plus prompt à publier un article minimisant la portée de ce verdict, arguant que les décisions de notre cour constitutionnelle n’étaient susceptibles d’aucuns recours. Mais cet article sera retiré du site une demi-heure plus tard. C’est nouveau ça. Le héraut du régime n’a jamais été contraint à se rétracter. Enfin, pas à ma connaissance.

La question qui je suppose est sur toutes les lèvres est que : Et maintenant, qu’est ce qui va se passer ?

Trois hypothèses, à mon sens.

Primo : Le gouvernement pourrait faire preuve d’élégance et surtout de pragmatisme, et exécuter la décision de cette cour. Les députés ANC retrouverons leur place à l’assemblée nationale, et il ne perdra pas forcément la face, surtout s’il prend soin d’expliquer qu’il n’y est pour rien dans la décision juridique de la cour constitutionnelle qui est supposée être indépendante. Bien au contraire, en se comportant ainsi, il glisse une peau de banane sous les pieds de l’ANC, en l’obligeant cette fois ci à s’asseoir  à la table de négociation. Je sais, contrairement à ce que pensent mes amis de l’ANC sur facebook, que les préalables que leur parti pose avant de  prendre part au CPDC concernent aussi la remise des motos saisies lors des manifestations, la restitution des PV…, mais il ne serait pas crédible pour Fabre de poser encore d’autres conditions après sa réintégration à l’Assemblée nationale.

Secundo : Le gouvernement ne réfute pas la décision, mais traine les pieds. Si vous suivez les atermoiements de Me Zeus à sa sortie d’audience, on comprend tout de suite qu’il pourrait y avoir des problèmes d’interprétation. En s’appuyant la dessus, le régime pourrait faire du dilatoire jusqu’à l’année prochaine, et finir par réintégrer les députés à quelques mois seulement du prochain scrutin législatif. Ceci fragilisera à coup sûr l’ANC, qui aurait perdu beaucoup de forces dans la bataille bataille de la réintégration.

Tertio: Le gouvernement refuse de reconnaître cette décision, prétextant sa souveraineté. L’article 15§4 du traité de la CEDEAO est pourtant clair. » Les arrêts de la cour de justice ont force obligatoire à l'égard des états membres, des institutions de la communauté, et des personnes physiques et morales ». D’ailleurs, cette position serait incompatible avec la position affichée par le régime ces derniers temps. En effet, le ministre Bodjona a même dit attendre la décision de la cour de justice avant la poursuite des activités du CPDC. Le refus de reconnaître la décision de la CEDEAO serait d’ailleurs suicidaire pour Faure, car lui vaudrait un isolement sévère, qu’il ne saurait se permettre, au moment ou le Togo préside l’UEMOA.

Qui gagne quoi dans cette histoire ?

Personne n’est gagnant.

Le retour des députés de exclus n’est qu’une victoire de l’ANC … sur l’UFC. C’est Gil qui a voulu punir ses anciens lieutenants pour avoir osé se dresser contre lui. Leur retour est un camouflet pour lui, sauf qu’aujourd’hui, Gil ne compte pas. Le parlement aura toujours 50 députés RPT, soit une majorité confortable. La seule victoire possible de l’ANC sur le RPT est purement d’ordre psychologique. La satisfaction d’avoir eu raison. Si par contre Fabre et consorts n’avaient pas épuisé leur crédit de sympathie en marchant systématiquement tous les week-ends, cette décision aurait servi d’effet détonateur pour la campagne législative 2012. Il ne faut pas oublier que l’objectif reste les législatives de 2012, qu’il faut commencer à préparer maintenant. Mais comme je l’ai dit plus haut, l’effet induit de cette décision risque d’être l’acculement de Fabre, qui ne pourra plus s’abriter derrière son exclusion pour ne pas participer au CPDC.

Le RPT ne perd par grand-chose. Il peut toujours s’abriter derrière la séparation des pouvoirs pour ne pas se sentir concerné par la décision d’exclusion des députés pro-ANC. S’il s’exécute à intégrer les députés, il fera d’ailleurs montre de hauteur, de sagesse et de respect des institutions communautaires.

 Le Togo seul est perdant sur toute la ligne, car encore une fois, il se serait illustré à l’extérieur comme un Etat de non-droit. Au même moment où à Genève, nous sommes étrillés par les autres nations pour le peu de cas que nous faisons des droits de l’homme, cette décision écorne une fois encore l’image de notre pays. Les investisseurs ne vont pas se bousculer. Hélas.

Par contre, tout ceci soulève le voile sur deux dangers potentiels, qui vont se présenter assez rapidement. Le premier est pour l’opposition, et le second pour le régime en place.

En célébrant la décision de la cour de justice de la CEDEAO, Fabre se met dans une position délicate. Cette même CEDEAO a reconnu à deux reprises la défaite électorale de son parti à des élections présidentielle. Que va-t-il faire si dans 3 ans, la question d’un troisième mandat de Faure à la présidentielle se pose, et cette cour même trouve cette éventualité recevable selon le droit togolais. Car ainsi que cela s’est passée au Niger, cette même cour pourrait être saisie sur la légalité d’une présentation de Faure aux élections de 2015 ? Par ailleurs, en faisant la fête parce que la CEDEAO leur donne raison, pourrons-t-ils vouer cette même organisation aux gémonies si ses observateurs jugent crédibles des résultats défavorables à l’ANC lors d’une élection au Togo ?

Quant au pouvoir, le danger est encore plus terrifiant. S’ils appliquent le verdict de la cour de justice de la CEDAO sur l’exclusion des députés, ils sont tenus de faire la même chose au verdict de cette même cour sur l’affaire Kpatcha Gnassingbé, puis qu’elle a déjà été saisie par ses avocats.

C’est donc la quadrature du cercle, mais peut être, et surtout la fin de l’insouciance au Togo. Nul ne pourrait donc plus brimer impunément un citoyen en s’abritant derrière la justice de son pays, au motif souveraineté nationale.

 

Par Gerry - Publié dans : Info togolaises - Communauté : blogueur africains
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Parcours de combattants, roman


Extraits et synopsis.
synopsis
La mort du Pr Bitimuku
Madame Heanandez
Univers carcéral
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ISBN : 978-2-296-06935-0 • avril 2009
 

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