Lundi 24 janvier 2011 1 24 /01 /Jan /2011 22:36

http://1.bp.blogspot.com/_6evB6G77Hs8/TQFhx0P6m9I/AAAAAAAAF-w/Bf9V2X-M4cI/s1600/francafrique2.jpg Quand on parle aujourd'hui de FranceAfrique, je revois invariablement  Fabien (pas de nom à la radio) mon ex-petit camarade de Saint-Cyr. Nous nous étions à peine parlé en école, malgré trois ans passés dans le même bataillon, puis nous nous sommes retrouvés à Pya, à l'école de formation des officiers. Un vraie complicité est née entre nous. Et durant deux ans, j'ai vu une autre FranceAfrique devant moi, évoluer, tater du terrain, allez vers autrui. Cette FranceAfrique là n'avait pas demandé à venir au Togo. A mon sens, s'il avait eu le choix, il aurait sans doute préféré rester plus longtemps à Carcassonne, où le climat est doux, leger. Mais une fois qu'il était là, je l'ai vu à payer plus cher ses employés que quiconque (certes, il était bien payé, mais combien de personnes gagnent une fortune par mois et payent très mal leur domestique), je l'ai vu trimer pour faire des commandes d'équipement pour les élèves, là où d'autres (malheureuseument) réservent ces subsides pour une destination plus personnelle. Il allait à l'Eglise, respectait son entourage, était disposé à aider, et ne m'a jamais regardé avec l'air qu'on retrouve dans certains bureaux cossus ici, où la hauteur dans le regard est à couper au couteau, malgré le même couleur de peau. Fabien, c'était peut être la FranceAfrique, mais j'aime celle-là.

A coté, un peu plus loin ou plus près, (au gré) j'en ai connu aussi, perdu dans une aventure don-quichotesque, que dis-je, Faidherbesque, un délire de partouze coloniale, où la nostalgie des temps où le blanc était un dieu se la dispute au ridicule d'un langage contre le racisme, comme pour ces gens, poser comme un pot de fleur son opposition au racisme est un sauf conduit pour la plus méprisable des ségrégations. C'est gens là vous disent:

- Ah, ces nègres, que seraient-ils sans la France?

Pour aussitôt ajouter, d'un air malicieux.

- Gerry, tu sais bien que je ne parle pas de toi, et puis, je rigole, bien sûr. hein!

Eux aussi, c'est la FranceAfrique. En réalité, c'est l'homme, dans ce qu'il a de merveilleux  et de stupide. Et on en trouve sous tous les cieux, heureusement.

Alors, je suis allé chercher plus loin. La FranceAfrique, c'est ce systeme de pillage systématique des richesses africaines, mis en place par la France. Et là, je fouille. L'Afrique, c'est 2% des échances commerciaux au monde. Déja, j'ai un haut le coeur. Pour une telle richesse, il n'y a pas de quoi se bousculer. Mais un ami sur facebook m'interpelle. 2%, certes, mais c'est beaucoup de matières premières achetées à bas coût. Mais qui le leur vend à ce prix là? pas de réponse. J'y reviendrai.

Et je continue à fouiller. en 2009, l'Afrique ( toute l'Afrique) avait une part de 5.1% (20 milliars d'euros) dans les importations (avec une prééminence pour les pays du maghreb) et 6,82% (23.3 milliard d'euros) dans les exportations de la France, contre 14 et 9% pour l'Asie, et 60 et 63% pour l'Union Européenne. Tiens donc, rien que 5% des importations, et  6% des exportations. Même L'asie, si loin, fait mieux que nous en importation. La FranceAsie devrait donc être plus forte. Et l'autre leçon, qui décourage, c'est que ces Français là en fait peuvent se passer de l'Afrique, voir du reste du monde, l'Europe et les Amériques leur suffisent. Mais comme je suis de mauvaise foi, j'argue que leur entreprise, comme Bolloré, se sucrent sur le dos des Africains. C'est forcé. Et là aussi, je fouille (de bonne foi) et je découvre, énervé, que m^me Bolloré, qui ne figure pas parmi les 20 plus grandes entreprises française en 2009 selon wikipedia, ne fait que.... 30% de son chiffre d'affaire en Afrique. C'en est trop, je veux adbiquer, surtout qu'un malin a pris le soin de me rappeler, pendant que je rédigeais cet billet, que l'Afrique subSaharienne a profité, en 2008, d'une aide publique bilatérale de l'OCDE de près de 25 milliards de dollars, et que la France y aurait mis 5 milliards, rien que pour L'afrique subsaharienne.  Comme le dirait quelqu'un, c'est à croire que les économies que réaliserait la France en Afrique sont reversées sous forme de l'aide. Oui, je sais, cette aide pose beaucoup de problèmes. D'abord, elle est très opaque, et englobe aussi bien l'aide terrain que les bourses étudiant, la francophonie et la coopération militaire. Et vlan! je me le prends dans la gueule. Voila la FranceAfrique, me dit-on, ils donnent l'impression de nous aider, mais en fait ils n'en font rien. Mais je rétorque que je ne vois toujours pas de problèmes. Une chose est certaine, les budgets d'une bonne partie de nos Etats ne comptent sur les ressources du pays qu'à hauteur de 70% à peu près. Le reste devant provenir des dons, aides, et emprunts, qu'on finit par ne jamais rembourser. Cette aide existe donc quelque part, quoi que mal utilisée.

Et c'est là que l'argument marteau, imparrable, m'est assené. C'est la France qui est à la source des conflits en Afrique, en voulant coute que coute placer ses pions la têtes des Etats Africains. Rien à dire.

Tout d'abord, je relève que les pays africains où les Français ne sont pas ne s'en sortent pas mieux (Sierra leone, Libéria, Somalie, Zimbabwé, Angola, sans compter les pays du maghreb qui vivent de vraie dictures). Oui, mais dans les pays francophones, c'est la France qui sème la discorde. Pourquoi donc? Pour les richesses du continent. Je balaie l'argument de la main. Pour la géostratégie, me répond un autre sorti de saint-cyr. Laquelle? Le choix de la stabilité, me répond-il. La France, c'est connu, poursuit-il, sera toujours accusée d'être à l'orignie des troubles dans ses anciennes colonies. Tantôt pour son intervention, tantôt pour son inaction. Donc, pour éviter de perdre des sommes faramineuses occasionnées par des missions d'interposition, parce que les Africains ont la manie de se massacrer à tire-larigot, a décidé de faire en sorte qu'en Afrique, ne soient au pouvoir que ceux qui peuvent garantir la stabilité. C'est un choix, m'explique-t-il. S'il avaient très tôt appliqué cette option en RCI, le pays n'aurait jamais connu la scission. Je suis dubidatif. Et nous les Africains, dans tout ça? Avons-nous notre mot à dire?

Là, c'est l'association survie, que les hommes d'affaires n'aiment pas beaucoup qui vient à mon secours. Dans une de leur publication, ils écrivent;

"Simple rappel, sans valeur exhaustive : On estime que le continent africain représente 8% des réserves mondiales de pétrole connues, 40% du potentiel hydroélectrique mondial, le gros des ressources mondiales de diamant et de chrome, 50% de tout l’or du monde, 90% du cobalt, 50% des phosphates, 40% du platine, de l’uranium, du coltan, etc… Sans oublier le bois, le bassin du Congo représentant le deuxième poumon vert de la planète, ni l’énergie solaire, à l’heure où le photovoltaïque aiguise de nouveaux appétits...

D’autre part, les caractéristiques démographiques africaines laissent entrevoir le potentiel en termes de débouchés : de 220 millions d’habitants en 1950, l’Afrique est passée à un milliard d’habitants au cours du premier semestre 2009, et cette évolution ne semble pas près de s’inverser (certains analystes estiment que la population pourrait doubler d’ici 2050). Un marché gigantesque, pour tous les biens de consommation courants : alimentaires et vestimentaires, mais également les transports (aériens, maritimes et terrestres), l’adduction en eau et le retraitement, l’électricité, les déchets, les télécommunications, les banques et assurances, etc..."

La réponse est donc là, devant nos yeux. L'Afrique représente alors si peu dans le commerce international, mais ses atouts économiques sont indéniables. Sa population a franchit le milliard. Ces atouts, il faut les exploiter, et toutes les entreprises se ruent dessus. Les anglo-saxons, qui ont un volume d'affaire supérieur à la France en Afrique, les Chinois, les Indiens. Au moment où je publie ce billet, l'Afrique n'a toujours pas les moyens technologiques, siciaux-économiques et politiques de mise en exploitations de ses ressources. Nous avons besoin de toutes ces sociétés: françaises, américaines, indiennes et chinoises pour exploiter nos ressources, et si possible, donner du travail à ce milliard de personnes qui, s'il continue a être affamé, va bientôt devenir la plus grosse menace pour la stabilité de la région. Mais pour ce faire, il faut assainir la gouvernance, ne plus laisser les multinationales décider (pour leur profit, ce qui est de bonne guerre) à la place des Etats.

Finalement, si j'ai bien compris, l'enjeu, ce sont nos élites. Un pays de la sous-région, je ne dirai pas lequel, a un classement IDH de 71 fois inférieur à celui que lui permet ses ressources. La France a besoin, pour exporter ses biens, d'une Afrique consommatrice, donc avec un pouvoir d'achat élevé. Elle a besoin d'Etats qui instaurent la bonne gouvernance, qui établissent l'état de droit et qui incitent à l'intiative privée. Ce n'est pas pour les beaux yeux des Africains, mais pour les débouchés des entreprises françaises. C'est du capitalisme.

Alors, finalement, c'est quoi, la FranceAfrique? Sous de Gaulle, et sous Chirac (je crois), l'Afrique était encore cette parcelle du territoire français qui donnait de la grandeur à la France. Il existait un lien ombilical, géostratégique, et paternaliste entre la France et l'Afrique. Aujourd'hui, à mon sens, c'est le regne des multinationales, qui 'n'ont rien à faire de cette grandeur de la France, mais qui cherchent à faire profit. Ce capitalisme là est froid, calculateur, manipulateur, car son objectif premier est la maximisation des bénéfices. C'est la règle, nous sommes dans un monde libéral, et nul n'empêche les entreprises africaines de faire pareil. Les Chinois et les Indiens n'en ont pas été empêché en tout cas. Ce capitalisme là, est une chance pour nos pays, à faible mobilisation d'épargne, au secteur secondaire et tertiaire liliputiens. Ces multinationales, fautes d'entreprises nationales capables d'exploiter les ressources naturelles de nos pays constituent l'unique source d'emploi de la jeunesse africaine. Nous devons les accueillir, encadrer leur activités sur notre territoire, comme le font si bien les asiatiques. Et elles y vont, les multinationales dans les pays d'Asie.

A là place, si nous continuons à faire ce que nous avons fait durant les 50 années de nos indépendances, à nous abriter derrière les sociétés capitalistes pour assouvir nos propres instincts de pouvoir et de juissance, si nous refusons de mettre sur place un cadre des affaire intraitable avec la corruption et soucieux avant tout de l'intéret du pays, nous continuerons a voir exploser ici et là des ilots de violence, des coup d'Etats, des dictateurs et autres prédateurs du pouvoir,  nous indexerons bien entendu la franceAfrique, cette grosse chimère qui se mange à toute les sauces, mais un jour, et ce jour vient, (nous sommes déja un milliard), il faudra bien dire la vérité. Il faudra bien dire à ce milliard de jeunes affamés prêts à tout sacager, que tout ce qui arrive de mal à l'Afrique, c'est bien les élites africaines qui en sont responsables. Et si elles voulaient arrêter ça, rien au monde ne pourait bien leur en empêcher. Les élites africaines, pas un leader, mais les élites, aussi patriotiquement liées à leur patrie que ne le sont les Français de par le monde pour la France. Quand on demande à une société, française, de doubler le prix d'une usine à livrer dans son pays rien que pour empocher la différence, quand on détourne tout (médicament, fonds de l'aide au développement, bourses...) rien que pour ses intérêts personnels, la France n'y est pour rien.

Et si c'était donc ça, finalement, la franceAfrique. Un mélange d'élites françaises liées à leur patrie, et d'élites africaines liées à leurs seuls intérêts?

Allez, il fait nuit, je vais au lit.

Par Gerry - Publié dans : Coups de coeurs - Communauté : BLOGS, en parler ...
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Mercredi 19 janvier 2011 3 19 /01 /Jan /2011 20:26

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Monsieur Koffigoh, il y a quelques mois, après avoir passé une semaine en votre compagnie à organiser la soirée hommage à feu le ministre Dorkenoo, et la présentation de votre recueil de poésie, j’écrivais sur mon blog, vous concernant surtout, que l’histoire de notre pays était un immense gâchis. Un gâchis pour avoir pressé comme de vulgaires agrumes votre vivacité d’esprit et votre amour pour votre patrie,  avant de vous jeter à la vindicte populaire, vous qui sous d’autres cieux, dans d’autres contextes, auriez inspiré hymnes, monuments et reconnaissance éternelle de la nation pour votre engagement dans d’autres domaines autres que la politique. Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions, dit-on, et notre pays regorge malheureusement d’hommes comme vous : vifs d’esprit, de bonté d’âme, généreux et humanistes, mais qui ne traverseront jamais l’histoire. Depuis cette première rencontre, nos relations ont évolué, et je peux aujourd’hui me targuer d’être de vos amis. C’est au nom de cette amitié que je me permets de vous adresser cette lettre ouverte. Mais pourquoi utiliser un tel canal, au lieu d’un entretien en tête-à -tête, dans l’ambiance docte d’un échange d’idées et d’arguments ?  Parce que je suis persuadé que nous sommes tous deux, des  personnes ressources - vous en tant qu’ancien homme politique, et moi en ma qualité d’écrivain et de blogueur - et nos débats ne sauraient se détourner de tous ceux et celles à qui notre analyse de l’actualité pourrait aider à mieux se forger une opinion.

Monsieur Koffigoh, le 30 novembre, soit deux jours après le second tour des élections en RCI, vous signiez le rapport de la Mission électorale de l’union africaine que vous présidiez. Voici ce qu’on lit aux points 09 et 10 de ce rapport :

9. Au terme de la mission, les observateurs de l'Union Africaine ont fait les constats suivants:



-la participation relativement massive des électeurs particulièrement aux premières heures du scrutin;- la présence remarquée des forces de l'ordre sur les lieux de vote;- la disponibilité des agents électoraux;-la disponibilité du matériel électoral dans la plupart des bureaux de vote;-le déroulement du scrutin dans la discipline et la sérénité dans la majorité des bureaux de vote.



-la mission a relevé avec regret:des actes de violence graves notamment des pertes en vies humaines, des atteintes à l'intégrité physique, des séquestrations, des intimidations, des tentatives d'enlèvement et de dégradation du matériel électoral.

Autant d'éléments qui devraient faire l'objet d'une appréciation minutieuse de la part des organes compétents afin de déterminer leur impact sur le scrutin;



En outre la mission déplore:- L'ouverture tardive de certains bureaux de vote;- Le manque de sticker dans certains bureaux de vote;- Le climat relativement lourd aux alentours des lieux de vote.



- Enfin, la mission déplore la séquestration de deux de ses observateurs et remercie les agents de l'ONUCI pour le dénouement heureux intervenu à temps.



10. Sous réserve de l'appréciation par les institutions compétentes de l'impact des actes de violences et d'intimidations sur le scrutin, la mission d'observation de l'Union Africaine juge globalement satisfaisant le déroulement du second tour de l'élection du président de la République en Côte d'Ivoire.

 

Excellence, je reconnais ne pas être trop versé dans le langage diplomatique, et que ma connaissance du droit ne se limite qu’à une ridicule maitrise en droit international humanitaire, mais il m’est avis qu’il y a comme une sorte d’incohérence dans cette partie de votre rapport. A l’article 09, vous reconnaissez que le matériel électoral était disponible dans la plus part des bureaux de vote, que les agents électoraux et les forces de l’ordre étaient tous déployés, et que le scrutin s’est déroulé dans  la discipline et la sérénité dans la majorité des bureaux de vote, pour aussitôt, dans le paragraphe suivant, citer une suite d’incidents graves qui, sortis de leur contexte, suffiraient à faire invalider le scrutin. Le rapport dit une chose, et son contraire. Et ce flou se poursuit à l’article 10, où, si je me permets de décrypter, il faudrait lire ceci :

« Il y a eu des irrégularités sur lesquelles ont peut s’appuyer pour remettre en cause les résultats d’une partie du scrutin, mais dans l’ensemble, tout s’est bien passé »

Ce double langage vous a autorisé, le 4 décembre, à être présent à la présidence ivoirienne pour assister à l’investiture de Laurent Gbagbo comme président de la Côte d’Ivoire. Ceux qui ont accusé votre geste avaient tort. Vous y étiez en tant qu’ami personnel du chef de l’Etat, votre mission en RCI étant achevée. Et je conviens avec vous que n’ayant pas à vous ingérer dans les affaires internes de la Côte d’Ivoire,  vous n’aviez pas à refuser l’invitation d’un ami de si longue date, un compagnon de lutte, un homme qui, le seul en Afrique, a organisé une marche chez lui pour vous soutenir alors que vous étiez pris de le maelstrom de la lutte politique dans votre propre pays. Dans la cacophonie générale générée par la proclamation des résultats du scrutin présidentielle du 28 novembre, et le manichéisme apparent qui en a résulté, avec d’une part les bons représentés par le camp Ouattara, et d’autres part les mauvais annexés au camp Gbagbo, vous avez fait le choix de la loyauté. Je vous admire pour cela, quoi qu’en disent vos détracteurs.

Mais, Excellence, les conclusions de votre rapport : « la mission d'observation de l'Union Africaine juge globalement satisfaisant le déroulement du second tour de l'élection du président de la République en Côte d'Ivoire. » ont aussi logiquement conduit l’UA à reconnaître la validité du scrutin, et à accepter ainsi comme président légitiment élu, M Ouattara. Cette reconnaissance ne s’appuierait que sur la seule proclamation des résultats par la CEI, hors délai, en violation flagrante de la décision du conseil constitutionnel du pays souverain qu’est la Côte d’Ivoire, qu’aujourd’hui je serai de votre avis lorsque vous avez récemment déclaré, sur une chaine de radio togolaise, je cite : « La communauté internationale veut saboter l’espoir du processus de démocratisation née des années 90, en Afrique », avant de poursuivre « « Il faut saluer la position de Laurent Gbagbo, il existe deux armées en Côte d’Ivoire et aller dans ces conditions à une élection est anormale ». Et sur ces entrefaites, certains leaders de l’opposition,( CDPA, ANC) ont largement abondé dans votre sens, établissant un parallèle douteux avec la situation togolaise, et arguant, comme M Fabre, que la communauté internationale récolte en RCI ce qu’elle a semé au Togo.

Monsieur le premier ministre, avec toute l’amitié que j’ai pour vous, je crois que votre jugement est erroné. En m’appuyant sur mes sept mois passés en Côte d’Ivoire comme Casque bleu, sur l’étude synthétique que j’ai du déroulement des événements de ces dernières années dans ce pays, et sur mes lectures de tous les avis postés ici et là, tant sur internet que dans les médias traditionnels, voici pourquoi je trouve que vous faites erreur :

 

1 : En 2000, Mr Laurent Gbagbo accède au pouvoir dans un contexte qu'il qualifie lui-même de conditions calamiteuses. Ce qualificatif trouve son origine dans le fait que les leaders des principaux partis politiques (Henri Konan Bedie, Alassane Ouattara...) sont écartés par une cour constitutionnelle aux ordres du General Guei, chef de la junte. La conséquence directe d'une telle exclusion, c'est le refus de 70% d'Ivoiriens de participer aux élections qui opposent véritablement Laurent Gbagbo à Guei Robert. Le ministère de l’intérieur, aux ordres (on en parlait déjà), désigne Guéi vainqueur. Gbagbo rejette le verdict et en appelle à la rue. L’affrontement tourne en faveur de Gbagbo qui bénéficie du soutien de l’armée. La commission électorale nationale le déclarera vainqueur du scrutin, faisant de lui le quatrième président de la République Indépendante de la Côte d’Ivoire.

 

2 : En 2001, Gbagbo organise les élections locales en RCI, et les perd. Non seulement le RDR, le parti de Ouattara s’en sort grandement vainqueur avec 64 communes sur 197, mais le PDCI de Bédié devance le FPI( parti de Gagbo), obtenant 59 communes contre 33 pour le FPI. Cette déculottée va marquer le retour du concept de l’ivoirité, que Gbagbo n’a pas inventé, mais qu’il va utiliser pour asseoir son autorité, lui le bété issu d’une ethnie minoritaire. Désormais, pour ne pas se trouver à perdre toutes les élections à venir, Il faut une liste électorale taillée donc sur mesure. La solution trouvée est toute simple : trier, dans une population cosmopolite et d’immigration, le vrai Ivoirien, (favorable au président) du faux, de préférence partisan du RDR, l’adversaire de toujours. Dès lors, les milices se mettent à l’œuvre, les assassinats (des militants de l’opposition aussi bien que de journalistes étrangers) plongent la côte d’Ivoire dans l’incertitude. La stigmatisation est là : L’ennemi, c’est l’étranger. Implicitement, et sans jamais le dire ouvertement, l’homme du nord est un étranger. Fanalement, certains militaires, essentiellement originaires du nord, prennent les armes et intentent un coup d’Etat  militaire.

 

3 : Le 19 septembre, l’opération, déclenchée à Abidjan, Bouaké et Korhogo échoue, mais très rapidement, la rébellion se replie vers les régions du nord, renforce sa position et commence à envahir le sud du pays. Les 26-29 septembre, un contingent militaire français intervient à Bouaké et à Yamoussoukro pour évacuer les ressortissants étrangers. Paris annonce que la France apporte son «soutien logistique» à Abidjan. Le 29  la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) décide la création d'un «groupe de contact» pour assurer une médiation, et l'envoi d'une force de paix pour s'interposer entre rebelles et forces gouvernementales. Le 17 octobre,  les rebelles signent à Bouaké, sous l’égide de la CEDEAO, un accord de cessation des hostilités. Le président Gbagbo accepte l'accord et demande à la France de contrôler le cessez-le-feu. Le 20,  les militaires français se déploient sur une ligne traversant le pays d'est en ouest dans le cadre de l'opération «Licorne».  Le 3 janvier 2003,  arrivent à Abidjan les  premiers éléments de la force ouest-africaine, envoi décidé le 29 septembre 2002 par la CEDEAO, puis le 4 avril, c’est le début de l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (Onuci), avec le passage sous Casque bleu des 1 300 soldats ouest-africains. (J’ai fait partie de cette mission).

 

4 : Le 6 Avril 2005, les principaux protagonistes de la crise Ivoirienne (Gbagbo, Ouattara, Bedie et Soro) se sont donné rendez-vous à Pretoria sous l'égide de Thabo Mbeki en vue de ramener par le dialogue la paix tant souhaitée par les populations ivoiriennes et leurs partenaires africains. A la satisfaction de tous, un accord qui définit les modalités d'organisation d'élections libres et ouvertes à tous, est trouvé et les parties signataires s'engagent à le respecter. Pour faire tomber le mur de méfiance, les principaux leaders et Mr MBeki demandent à a l'ONU de s'associer au processus électoral dans le strict respect de lois Ivoiriennes. Comme toutes les constitutions des Etats modernes, la constitution ivoirienne stipule en son article 87 je cite: "Les Traités ou Accords régulièrement ratifiés ont, dès leur publication, une autorité supérieure à celle des lois, sous réserve, pour chaque Traité ou Accord, de son application par l'autre partie". ET comme vous le savez si bien, Excellence, les résolutions du Conseil de Sécurité de l'ONU (contrairement a celles du Conseil General) sont supérieures a nos lois nationales. Dans cette dynamique, l'ONU prend une nouvelle résolution sur la Côte d'Ivoire (la 1721 du 1er Novembre 2006). Le point 22 de cette résolution est clair: "le Haut Représentant pour les élections, avec le plein appui du Premier Ministre et en consultation avec celui-ci...sera la seule autorité habilitée à rendre les arbitrages nécessaires en vue de prévenir ou résoudre toute difficulté ou contentieux liés au processus électoral, en liaison avec le Médiateur". En d'autres termes, en cas de contentieux, le dernier mot revient au représentant spécial de l'ONU... Et cette résolution, conformément à la constitution ivoirienne, est supérieure au nouveau code électoral de la Cote d’Ivoire.

 

5 : En faisant l'hypothèse que cette résolution n’ait jamais existé, la question du contentieux électoral est traitée dans l'article 64 du nouveau code électoral. Il y est écrit ceci: "Dans le cas où le Conseil constitutionnel constate des irrégularités graves de nature à entacher la sincérité du scrutin et à en affecter le résultat d'ensemble, il prononce l'annulation de l'élection. La date du nouveau scrutin est fixée par décret en Conseil des ministres sur proposition de la Commission chargée des élections. Le scrutin a lieu au plus tard quarante-cinq jours à compter de la date de la décision du Conseil constitutionnel." Le législateur, pour éviter justement que les membres du conseil constitutionnel n’offrent en cadeau la victoire à un des protagonistes sur la base de leur bon vouloir, impose donc à l’institution le choix de désigner le président si seulement il est celui proclamé par le CEI, (absence de recours, où recours ayant un impact insignifiant sur les résultats proclamés) dans le cas contraire, il faut réorganiser le scrutin.

 

Voila, Excellence, les raisons qui me permettent de vous dire que vous faites erreur à vouloir soutenir M Gbagbo avec des arguments autres que ceux que vous impose votre amitié pour lui.

En voulant le passer pour un anticolonialiste, vous jetez l’opprobre sur tous ces valeureux Africains qui se sont battus, jusqu’au sacrifice suprême, pour la dignité de notre continent. Les Français se sont déployés en Côte d’Ivoire sur demande de M Gbagbo. En 2004, alors que j’étais en patrouille profonde dans la zone rebelle en compagnie d’un groupe de combat français, nous avons failli avoir un accrochage avec des rebelles à cause de la présence des Français, qui avaient arrêté à Man, le 1er décembre 2002, une forte colonne rebelle progressant vers Abidjan.

 

Vous dites qu’il existe deux armées en Côte d’Ivoire. Cela est vrai. En tant que légaliste, comme vous, je réprouve toute tentative de prise de pouvoir par les armes, et les responsables d’une telle forfaiture devraient être traduits devant les juridictions de la république ivoirienne. Seulement dès l’instant qu’un groupe armé (rebelle) devient suffisamment important pour jouer à jeu égal avec l’armée nationale, voire la déborder (ce qui était le cas en 2002), et qu’il faille faire intervenir la négociation pour la cessation des hostilités, le groupe devient de facto parti d’un conflit armé interne, et on lui applique non plus la loi du pays d’origine, mais plutôt le chapitre V de la charte des Nations unies, portant règlement pacifique des conflits. C’est parce que l’armée nationale ivoirienne n’a pas été capable de contenir la rébellion, contrairement à ce que les armées togolaises, sénégalaises, maliennes et nigérianes ont fait ou font dans leur pays respectif, que les casques blancs de la CEDEAO (Chapitre VII de la charte des Nations unies) suivis des casques bleus (chapitre VI), se sont déployés dans le pays du nationaliste Gbagbo. Autrement, vous reconnaissez avec moi que le Sénégal fait face depuis des années à une rébellion sur son territoire, mais son armée la contient, et nul n’irait demander à M Wade de faire venir des Casques bleus pour une interposition. Le Sénégal organise régulièrement des consultations électorales, où on vote sur l’étendue du territoire.  Une erreur est souvent commise, par beaucoup de partisans de Gbagbo, sur la mission de l’ONU en Cote d’ivoire. A mon temps, nous étions souvent pris à partie par des Ivoiriens qui nous reprochaient de ne pas désarmer les rebelles. Les résolutions des Nations unies sur l’ONUCI ne l’énoncent pas de cette façon. Le processus DDR (désarmement, Démobilisation et Réinsertion) ne visaient pas que les FN (dont l’effectif étaient de 8000, pour 4000 appelés à être réintégrés dans la nouvelle armée) mais aussi les FANCI (dont, pour les 12000 qu’ils étaient a l’époque, y compris les nombreuses milices, il était prévu 8000 à intégrer dans la nouvelle armée). Il est même curieux que vous invoquiez cet argument, puisque des ministres issus de la rébellion étaient dans le gouvernement, dirigé par le patron en personne de leur parti. Cet argument est d’autant plus facétieux que le LMP a fait campagne dans toutes les régions du pays au premier tour, et a préféré mettre l’accent sur le pays baoulé au second, compte tenu des très faibles scores (autour de 9%) obtenus au premier tour dans la région CNO (Centre Nord Ouest)

 

Vous semblez prétendre que Gbagbo est un patriote. Il aime sans doute son pays, mais depuis l’accession de la Côte d’Ivoire à l’indépendance, aucun autre président ivoirien n’a autant livré le pays à la prédation des multinationales, surtout d’origine française : l’agence française Euro RSCG (marché de 2 millions d’euros, ?), filiale de Bolloré, pour conduire sa communication lors des dernières présidentielles, Bouygues pour le marché de la construction du troisième pont de la capitale économique ivoirienne au détriment d’un groupe chinois, Bolloré renouvelé pour le marché de gré à gré de la gestion du port à conteneurs d’Abidjan et Vinci pour de grands chantiers à Yamoussoukro dont le palais présidentiel. Quant à au Groupe Total, il fait son entrée au pays, en se portant acquéreur, en octobre 2010, d’une participation de 60% dans l’important permis d’exploitation CI-100 (champ offshore de 2 000 kilomètres carrés situé à 100km au sud-est d’Abidjan), avec la bénédiction du gouvernement ivoirien.

Autre secteur où le patriotisme de Gbagbo n’a pas joué, l’agriculture. En 2010, les exportations de cacao, la filière la plus importante du pays, sont contrôlées à 90% par Cargill, ADP, Saco, Cemoi et Oustpan. Le patriote Laurent Gbagbo a poursuivi l’application de la doctrine libérale de la Banque mondiale là où son devancier, Houphouet Boigny, était intraitable, gérant la filière à travers une caisse de stabilisation (la Caistab) qui garantissait un revenu minimal aux planteurs. Aujourd’hui, l’Etat ne contrôle plus le secteur ni en amont ni en aval. Les financements des principales opérations se font à travers la Société Générale, la Standard Chartered et la BNP Paribas, les banques locales servant pour le paiement de taxes et de redevances à l’exportation. Pour finir, M Gbagbo serait patriote, ou nationaliste, que pour défendre sa position qui semble de plus en plus isolée sur la scène internationale, il aurait plutôt fait appel à des avocats ivoiriens –car la Côte d’Ivoire en regorge, -  ou tout au plus, à des avocats africains, pouvant d’ailleurs compter sur votre longue expérience du barreau, et vos talents professionnels qui ne sont plus à démontrer. Mais qui va-t-il chercher, notre nationaliste ? Des avocats français, venus de cette France qui ourdirait un complot contre sa personne.

 

Vous appuyez la légitimité de la victoire de Laurent Gbagbo par la décision du conseil constitutionnel. Mais comme vous le constatez vous-même dans mon point 05, le conseil constitutionnel n’a pas lu le droit. S’il avait une décision à prendre qui soit contraire aux résultats proclamés par la CEI, c’était une réorganisation du scrutin, dans les 45 jours. Vous pourrez arguer que la proclamation des résultats de la CEI était hors délai, mais le monde entier a vu les images des représentants de Gbagbo déchirant les feuilles des résultats (la décence recommandait qu’il blâme cette attitude), et nul ne peut expliquer qu’un pays qui a attendu 10 ans pour organiser des élections devant mettre fin à la guerre, ne puisse pas attendre quelques jours de plus, même en faisant entorse aux textes (ils n’ont fait que ça depuis une décennie) pour permettre à la CEI de donner des résultats consensuels. (La Guinée l’a fait, et s’en est sortie de façon plutôt admirable)

 

Vous accusez la communauté internationale de saboter le processus de démocratisation de l’Afrique née des années 90. Monsieur le premier ministre, je croyais que ce processus était né après le discours de la Baule, prononcé par un président français, membre influent de cette communauté internationale que vous décriez. Et vous en faites partie, Monsieur, puisque vous avez représenté l’UA en Côte d’Ivoire, et cette UA, fort de votre appréciation concernant l’organisation globalement satisfaisante du scrutin, demande aujourd’hui à Gbagbo de partir. Et même si ce n’était pas le cas, vous convenez bien avec moi, qu’en vertu de la démonstration que j’ai faite en point 04 concernant la certification des résultats par le représentant de l’ONU, la communauté internationale est bien dans son droit de reconnaitre la victoire de M Ouattara, suite à l’arbitrage de M Choi. (Trois méthodes ont été utilisées pour cette certification, et les conclusions de ces trois méthodes, en prenant en compte tous les recours introduits par les candidats, ont continué à donner M Ouattara vainqueur). Le représentant de l’ONU avait autorité à dire qui a remporté les élections, car les accords de Pretoria lui en donnent le droit. Le conseil constitutionnel aussi, mais accessoirement, seulement en cas de scrutin transparent (ce qui n’est plus le cas si on élimine le vote de 600 000 votants, tous issus d’une même région, où le score de M Gbagbo n’a pas sensiblement changé entre le premier et se second tour des élections). Et la constitution de la république souveraine de Côte d'Ivoire donne à l’ONU, en son article 87 et par le biais de la résolution 1721 du 1er Novembre 2006, le droit de se situer au-dessus des décisions du conseil constitutionnel pour ces élections là (c’est une première en Afrique, je le concède).

 

Pour finir, je dirai que je suis atterré par votre position, ainsi que celle d’une partie de la classe politique togolaise, qui semble se gargariser du mal qu’a la communauté internationale à faire partir Gbagbo, sous le simple prétexte qu’elle aimerait elle aussi bénéficier des mêmes soutiens, au lendemain des élections au Togo. Tout en évitant d’établir des parallèles qui risquent de nous éloigner de mon propos, et même si je déplore que ces politiciens fassent preuve d’une si grande amnésie sélective en ne se souvenant pas des sanctions subies par notre pays durant 15 ans pour déficit démocratique, et de la mobilisation de cette même communauté internationale suite à la première accession de l’actuel président de la République au pouvoir, je dois avouer ne pas comprendre pourquoi la certification des résultats par l’ONU n’apparait pas au démocrate que vous êtes, comme une bouée de sauvetage pour le règlement du contentieux électoral dans les pays africains. Dans nos pays où la mauvaise foi et la tentation de la fraude sont omniprésentes, comment ne pas trouver dans cette forme d’arbitrage (où autre panacée à la guinéenne, où le Président de la CENI était un étranger), la voie royale pour renouer avec le gouvernement de la majorité dans nos pays ravagés par la prédation du pouvoir ? telles sont les questions que je vous pose, avec la certitude que vous me répondrez, votre sens de la répartie et de la joute intellectuelle étant restés intacts.

 

Je conclurai en vous rapportant ce conseil que Laurent Gbagbo avait donné à Milosevic, le président serbe ayant, lui aussi, eu maille à partir avec la communauté internationale. «   Si dans un village tout le monde dit qu’un pagne et blanc et toi tu dis qu’il est rouge, c’est que c’est toi qui a des problèmes. » L’histoire parfois, est un éternel recommencement. Le président Gbagbo, en réalisant un score de 45%, fait largement mieux que les 17% obtenus par son parti aux locales de 2001. Cela veut dire qu’il a travaillé, qu’il a su convaincre ses compatriotes. Il a mieux fait que travailler, il a montré son patriotisme en acceptant la certification des résultats par l’ONU (peu de présidents africains l’auraient fait), il a fait preuve de grandeur d’esprit en laissant la CEI être aussi outrageusement dominée par les partisans de l’opposition (2/20 pour le LMP). Il a montré qui était un grand politicien, tenace, habile, courageux. Il était mon candidat. Je le supportais pour sa proximité avec le peuple, pour ses pas de dance, pour sa maîtrise du nouchi, cette langue petit-nègre des maquis de la rue princesse. Je pense que les Ivoiriens le regretteront, et qu’il pourra revenir dans cinq ans, car les boucantiers s’accommoderont difficilement de l’austère Ouattara. Mais il les a perdues, les élections. Le décompte des voix lui donne-il réellement perdant ? je ne le sais pas, mais l’autorité constitutionnelle chargée de proclamer les résultats (M Choi, et non le conseil constitutionnel) a déclaré M Ouattara vainqueur. S’il est respectueux des institutions, il doit l’accepter. Il peut certes se dédire, et organiser  un repli faussement identitaire et nationaliste comme il tente de le faire. Mais il ne combat pour aucune dignité des Africains, après avoir bradé les ressources de son pays aux multinationales françaises. Aucune leçon de dignité en Afrique ne rime avec le déni de la parole donnée et l’irrespect de ses engagements. D’ailleurs, ses pairs africains lui demandent de céder le pouvoir. Les élections étaient supposées mettre fin à dix ans de scission du pays, une décennie de haine entretenue et de fausses promesses. La guerre ne devrait plus visiter ce pays de rêve, et je m’oppose à l’envoi immédiat d’une force militaire en Côte d’Ivoire. Mais une chose ne devrait pas être négociable : c’est le maintien de Gbagbo comme président élu de la Cote d’Ivoire. Il ne peut être qu’un usurpateur, un imposteur, un putschiste, mais certainement pas un président élu. Vous avez le droit de le soutenir dans l’opprobre, mais ce faisant, vous tournez le dos au droit, qui vous est pourtant cher.

Voila, Excellence Monsieur le Premier Ministre, Monsieur Koffigoh, mon ami, ce que j’avais à vous dire. Cette lettre, je la publierai dans la presse, sur mon blog, et je vous enverrai une copie, parce que j’ai envers vous, un attachement sincère. Et ne pas vous dire ma vérité si j’ai le sentiment que vous vous trompez, serait manquer à mon devoir. Et ça, je ne le peux. Vous êtes mon ami.

Par Gerry - Publié dans : Actualité africaine - Communauté : blogueur africains
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Samedi 1 janvier 2011 6 01 /01 /Jan /2011 00:04

http://img5.cherchons.com/marchand/assets2.shopix.fr/img/diable.jpg

Le diable est un outil de levage et de transport de charges, à la forme d'un petit chariot muni de deux roues basses, utilisant le principe du levier pour permettre de mouvoir des charges lourdes. Il est une merveilleuse combinaison de la roue et du levier, deux inventions qui ont marqué significativement le génie humain: le génie humain, cette porte entrouverte dans l'esprit, sur l'éternité. Pour 2011, ayons donc du génie. Le génie de soigner notre corps avachi par la société de consommation et notre planète qui suffoque.  Le génie de créer du travail, de la valeur et du patrimoine. Et enfin le génie d'aimer. Ah, l'amour: cet autre élan farfelu dont on n’arrive pas à se lasser.

Pour 2011, faisons revivre le génie qui a fabriqué ce astucieux outil de levage et de transport. Pour la nouvelle année, carburez donc au diable.

Par Gerry - Publié dans : Délires - Communauté : BLOGS, en parler ...
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Lundi 20 décembre 2010 1 20 /12 /Déc /2010 01:22

http://koaci.com/photo_art/mini1/1292677909.jpg

Les images ont été diffusées ce week-end par TF1, et ont aussitôt été brandit par Gbagbo pour demander le départ de l'ONUCI de la Côte d'Ivoire. Dans la bataille de l'information que se livre actuellement Gbagba et le reste de la communauté internationale, c'est plutôt Gbagbo qui marque des points...en RCI, et aidé en cela, et c'est là que la chose devient cocasse, par les chaines de télévision internationales. Celles-là qui sont justement accusées d'inciter à la haine (et interdites de diffusion en RCI) . Déja, le documentaire sur France 2 traitant de la FranceAfrique a été longuement diffusée sur la RTI. Mais voici que s'ajoutent ces images  (extraites d'une vidéo), montrant des combattants cagoulés (difficile d'imaginer que ce soit des militaires de l'ONUCI) mais avec des brassards bleu ciel de l'ONUCI, faisant le coup de feu.

Ces images vont rendre très difficile le travail des troupes onusiennes sur le terrain (elle vont être obligées de se terrer, ou de sortir seulement avec des moyens renforcés, voire des blindés), Mais le gros risque reste la collusion forcée que cette cette escalade va mettre entre les forces nouvelles et les troupes onusiennes. En 10 ans de présences sur le terrain, l'ONU a toujours fait l'effort de conserver une certaine impartialité. J'ai été casque bleu, c'était parfois difficile, mais pas impossible. Disons même que comme l'Onuci avait son siège à Abidjan, le rebelles nous suspectaient souvent d'être du coté des loyalistes, les loyaliste nous suspectant du contraire car dans leur esprit, nous devrions nous déployer pour les aider à combattre les rebelles. Mais sommes toutes, l'équilibre a toujours été respecté.

Plus maintenant. Les rebelles que j'ai rencontré sur le terrain ont souvent une valeur combative supérieure à celle des casques bleus, soumis à la règle de légitime défense, et souvent peu enclins à allez faire le coup de feu pour une cause qui n'est pas leur. Mais la communauté d'intéret, (ONUCI et FN par leur soutien à Ouatara) va inéluctablement jeter l'ONU dans une situation fort embarrassante, quand les rebelles vont deterrer leur caches d'armes (qui a cru qu'ils ont tout rendu) et passer à l'action, en utilisant parfois, comme c'est le cas ici, les attibuts de l'ONUCI. Qui irait bien les en empêcher, eux qui sont cernés à l'hôtel du Golfe, seuls contre tous? Qui se dresserait devant eux si, dans une opération commando d'une parfaire audace comme eux seuls savent l'entreprendre, ils s'emparaient de quelques engins de l'ONU pour aller faire le coup de feu en ville et réjoindre leur camarades au nord.

Pire, qui se dressera sur le chemin à présent, s'ils se renforcent et attaquent Tiébissou, verrou qui ouvre la voie sur Yamoussoukro, et Abidjan. Pas les Français en tout cas, habitués par le passé à le faire, mais sommés de partir eux aussi, et malgré tout à la sécurité des 15000 compatriotes présents majoritairement à Abidjan. Certainement pas l'Onuci, qui n'en a pas les moyens, ni la motivation, encore moins les motifs.

De la à retrouver les Nations Unies épaulant une rebellion dans un pays en guerre, le pas est vite franchi, d'où le piège.

La seule solution réside dans une sortie de crise rapide, faisant l'économie d'une reprise de la guerre civile. Par consequent, amener Gbagbo a quitter le pouvoir. L'ennui, c'est qu'il le sait, Gbagbo, que le temps est de son coté. Et ce temps est un piège pour l'ONU.

Par Gerry - Publié dans : Inspirations - Communauté : Les relations Europe Afrique.
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Dimanche 19 décembre 2010 7 19 /12 /Déc /2010 20:41

http://fr.academic.ru/pictures/frwiki/70/Flags_onu_geneva2.jpg

L'actualité nationale et internationale est dominée ces derniers jours, dans notre presse locale, par deux faits majeurs: La situation en Côte d'Ivoire, et la suppression de 80% de la dette extérieure togolaise.

Pour l'actualité en Côte d'Ivoire, je m'étais avancé, certain de mon fait, dans la reconnaissance sans complaisance non seulement de la victoire de M Ouatara, mais dans le soutien de la position de la communauté internationale. Et je croyais, bien naïvement il est vrai, que la majeure partie de ceux qui revendiquent le partage de quelques valeurs universelles telles que la démocratie et l'Etat de droit, partageaient mon point de vue.

Eh bien, non. Quelle ne fut pas ma surprise de constater que certains proches amis, dont un éminent journaliste togolais dont je tairai le nom, mais qui se reconnaîtra facilement, justifiait le position de Gbagbo, en brandissant la carte de la souveraineté nationale." Le conseil constitutionnel est souverain, lui seul est habileté a donner les résultats définitifs, même si on a l'impression (voire la conviction) qu'il a une position partisane, on doit s'alligner, car c'est cela aussi, l'Etat de droit" disent-il pour soutenir leur position. Mais alors, quand ce même conseil constitutionel décide de violer lui même le droit, en violant notamment l'article 64 du code électoral (le scrutin est invalidé et reconvoqué dans un delai de 45 jours en cas d'irrégularités importantes pouvant entacher la fiabilité des résultats), sommes-nous encore dans l'Etat de droit? Oui, disent-il. Les arrêts du conseil n'étant susceptible d'aucun recours, il faut s'alligner. C'est leur leitmotiv. Ah, le droit, quand tu nous tient.

Mais ce ne sont pas mes amis de Lomé qui m'ont le plus surpris. Ce sont plutôt ceux de la diaspora, mes amis virtuels, des forums et autres réseaux sociaux. De jeunes intellectuels africains soutiennent Gbagbo sous le simple prétexte de résistance contre l'impérialisme occidental. Gbagbo serait le rampart d'airain contre la FranceAfrique. Même si durant les 10 ans de sa présence à la tête de la Cote d'Ivoire, les entreprises françaises ont renforcé leur mainmise sur l'économie Ivoirienne, même si cette même économie s'effondrerait immédiatement si la France, et le reste des entreprises internationales se retirait unilatéralement de la RCI (que feront les Ivoiriens de leur fêves de café, de le cacao et de leur gomme d'hévéa), ces amis virtuels trouvent dans la prédation du pouvoir de M Gbagbo, le ferment d'un nationalisme d'une autre époque. Et comme on pouvait s'y attendre, le paralelle avec le Togo fleurit, et sent bon la menthe et le jasmin. La communauté internationale est injuste, pratique une politique de deux poids deux mesures. Pourquoi le Togo n'a jamais bénéficier d'un tel radicalisme de la communauté internationale, pourquoi a-t-elle fermé les yeux sur les résultats des élections de 1998, de 2005, de 2010, si des intérets économiques et partisans ne soutendaient pas ses réactions pour la cas de la RCI. Même les leaders de l'opposition, au cours de leur meeting hebdomadaire à la plage hier, n'ont pas manqué de fustiger le communauté internationale, pour sa partialité. En un sens, on pourrait leur donner raison pour sur certains sujets. En 2005, il y a eu des violences au Togo qui ont fait près de 400 morts, selon le rapport de l'ONU. Même si ce rapport établit des responsabilité de part et d'autres, on a jamais vu la CPI brandir des menaces de poursuite comme elle le fait pour la RCI en ce moment. Mais au même moment, on pourrait rétorquer que les menaces brandies par ces institutions visent à empêcher le remake des massacres de 2002 et 2004, massacres contre lesquels la même communauté internationale était resté plutôt évasive, comme dans le cadre togolais.

Cependant, la réponse à propos de de la différence de traitement entre le RCI et le Togo à mon avis bien simple: La communauté internationale ne s'empresse pas trop aux cotés de l'opposition togolaise car celle-ci est trop ingrate. En effet, le togo a été  l'un des pays qui a le plus été touché par les sanctions de la communauté internationale, à commencer par l'Union Européenne. Près de 15 ans durant, le pays a été sanctionné, pour déficit démocratique. Ceci a conduit néanmoins à la l'organisation dans des conditions transparentes des élections législatives en 1994, à la signature de l'accord cadre de Lomé, en 1999 (qui a certes accouché d'une souris), mais surtout à la signature des 22 engagements, véritables préludes à l'APG( on me dira, qui a aussi accouché d'une souris, mais bon, c'est toute une autre histoire). . Et que dire du lever de bouclier suite à la passation roccambolesque de pouvoir de févier 2010. Que dire de la position ferme de la CEDEAo, de la francophonie, de l'UA, bien avant l'onu et l'union européenne, qui ont ont dans un concert parfait, obligé un certain retour à l'ordre constitutionnel? Bien avant la Cote d'Ivoire, le Togo a été le premier pays a expérimenter durement le véto international, et ça a marché à l'époque.

Bien entendu, les résultats du scrutin présidentiel de 2005 n'ont pas été à la hauteur des attentes d'une partie de la classe politique. Faure a-t-il gagnéles élections en 2005? Difficile de le savoir. En dehors de sondages (encore que ) et de la bonne foi de tous les acteurs, il est difficile de se faire une idée exacte. Et les violences qui ont suivi ces élections ont vite fait de décréditer le pouvoir en place. La seule chose que je sais, c'est que sur la base des résultats des législatives de 2007, où le RPt s'en est sorti avec 32% de l'électorat et l'UFC 30%.  Dans une élections présidentielle à 1 tour, ce sont les 38% restant, qui n'appartiennent pas aux deux poids lourds, qui font la différence. Et du diable si je sais pour qui les 38% ont voté. Mais les élections de 2005 étaient calamiteuses, toutes les parties cherchant à entuber l'autre, et comme je l'ai dit, les violences ont tout occulté.

Mais alors, le communauté internationale serait-elle aussi versatile? ou alors inconséquente? Peut-elle unanimement décrier un responsable politique, pour l'adouber dans les jours suivants? Les observateurs ont-ils un mandat impératifs, sont-ils sous le joug des instutitions qui les mandatent, au point d'être soumis à la loi du silence? Je me permets d'en douter. Mon avis est que les fraudes, lorsqu'elle existent, sont devenues plus élaborées, plus difficiles à déceler. Comme cela a été constaté ces derniers temps lors de certaines élections, les achat de conscience sont plutôt difficile à appréhender, surtout pour un étranger. Comment un observateur peut-il déceler la supercherie quand TOUS les membres d'un bureau de vote sont par exemple d'accord pour bourrer l'urne de ce bureau de vote, ou pour modifier l'ensemble des procès verbaux? Plus de subtilités, plus de rafinement dans la fraude, mais d'un certain coté, on peut dire que c'est de bonne guerre. A l'opposition de trouver la parade. Lors des élections au Kenya, les jeunes ont trouvé des moyens de faire suivre en direct, par sms et par appareils photos des portables, tous les incidents qui se passaient dans les bureaux de vote. Ainsi, les observateurs se déployaient à temps, dès qu'une alerte était donnée. Il y avait plus de preuves par l'image, et la communauté internationale a pu ainsi se faire une idée de l'étendu des fraudes, et a ainsi pu peser de son poids pour le partage du pouvoir (mesure certes insuffisante, mais salutaire). Si chez nous, notre opposition passe sont temps à crier au loup entre deux élections, et place ensuite dans les bureaux de vote des militants de dernière heures, attirés plus par l'appât du perdiem que par l'engagement politique, il ne faut guère s'étonner que les espèces plus sonnantes et trébuchantes de la partie adverse n'aient pas raison d'un idéal qui en réalité n' a jamais eu le temps d'être construit.

Mais il y pire: l'absence de relais dans la communauté internationale de nos leaders politiques. Qui peut dire aujourd'hui quel ami, ou proche un Fabre, un gilchrist ou un Agboyobo a en Europe, aux Etats Unis ou au Japon. Quel parlementaire ou homme politique africain se targue ouvertement d'être un ami d'un homme politique togolais. Cette absence de lobby extérieur fait du combat de la classe politique togolaise une joute isolée, sans relais internationaux, sans caisse de résonnance, sans visibilité internationale. Lorsque Fabre a été frappé par un gendarme lors d'une manifestation, il aurait dû y avoir une multitude de réactions internationales, fustigeant une telle atteinte à l'immunité du parlementaire qu'il est, mais aussi de l'homme politique tout court. Mais nada. Pourquoi? Parce que chaque fois que la communauté internationale a reconnue la validité d'une élection au Togo, elle a été traitée de tous les noms d'oiseaux par nos politiques. Pourquoi est-ce que l'Union européenne, qui a pourtant été très dure contre le régime Eyadema puis le régime Faure en 2010, irait-elle faire preuve de compassion pour  notre opposition, si celle-ci la traite de valets de la FranceAfrique et liées par des intérêts économiques au Togo chaque fois que ses décision ne vont pas dans le sens de ses intérèts?

Allez, je vais filer. Pour finir sur le sujet de notre rapport à la communauté internationale, celle-ci ne peut se résumer à un seul rôle d'assistance à l'opposition pour la prise de pouvoir, car en réalité, chaque fois que la communauté internationale a pris des sanctions contre le régime RPT, notre opposition a applaudi, mais quand elle valide une élection où l'opposition n'est pas victorieuse, la même communauté devient subitement un valet du néocolonialisme.

Pour finir, je parlais en début du billet de l'atteinte par le Togo du point d'achèvement de l'initiative PPTE (pays pauvre très endettée). Il y quelque chose qui m'a toujours genée dans cette procédure. Dès que cette initiative a été annoncée, certains pays africains, y compris la cote d'Ivoire d'ailleurs (tiens), ont fait feu de tous bois pour être elligible. Donc, des pays qui a priori pouvaient s'en sortir, ont tout fait pour qu'on dise qu'ils sont pauvres, parce qu'à la clé, il y avait la suppression d'une partie de la dette. Je résume de façon simpliste la chose. On emprunte de l'argent, on traine un peu les pieds pour payer (même si individuellement on vit dans une oppulence que même notre créancier ne puit se permettre) puis, après, on va demander au créancier de considérer qu'on est très pauvre, qu'on ne peut plus honorer ses engagements, et que d'ailleurs le service de la dette grêve le développement du pays. Le créancier dit,

-ok, très bien, mais pour ce faire, il faut réduire les dépenses publiques, adopter la bonne gouvernance, intaurer la démocratie.

Alors, ne pouvant réduire son propre train de vie, on va rogner sur les subventions ( hausse du prix de carburant alors que certaines taxes pouvaient être supprimées sur la nomenclature des prix) hausse de certaines taxes à l'importation,  (COTEC: près de 3000 petits transitaires mis au chômage, baisse de 36% des immatriculations pour 16% environs de hausse des recettes, sans compter le départ de certains importateurs de véhicules d'occasion), maintien à une hausse importantes du coût des télécommunications (hausse relative des recettes), tout ceci contribuant à une paupérisation accentuée de la population, mais pour l'atteinte dans de brefs délais du fameux point d'achêvement de l'initiative PPTE. Ceci efface 1.8 milliard de dollars de l'ardoise, et ouvre une nouvelle ère. J'aurai pu faire preuve de mauvaise foi pour demander à quoi avaient servi ces prêts, ou alors observé que ceux qui avaient sollicités ces prêts étaient toujours au commandes. Mais je n'irai pas jusque là, car nous sommes sur un nouveau départ, n'est-ce pas. Les leçons ont été retenues, comme l'a si bien dit le grand frère Bawara sur les plateaux télé aujourd'hui. Le tableau a été effacé. Réjouissons-nous. Mais quand demain, ou dans un mois, dans une année, ce créancier a qui nous avons si prestement obéi pour l'effacement de notre ardoise et la mise des compteurs à zéro, nous demandera de lui rendre compte de la gestion de nos institutions et du respect de la démocratique, quel crédit aurons-nous pour lui opposer notre souveraineté pour ne pas nous plier. La souveraineté, c'est le respect de ses engagements, la capacité d'honorer ses dettes. Pourquoi diable n'avançons nous donc pas l'argument de souverainté quand il nous faut payer nos dettes, contactées en notre qualité de de notion souveraine (que personne n'oppose à cet argument la supposé vénalité de nos dirigeants, ils empruntent au nom de la nation), mais sommes plutôt prestes a dresser les barrières nationales lorsqu'il est question de rendre compte de la gestion de nos pays de la solidarité internationale qui nous maintien sous perfusion. Parfois, nos natioanaliste s'offusquent même à l'idée que les donateurs OSENT demander des comptes sur l'utilisation de leur dons (fruit du labeur de leur contribuable). 

Et pourtant, à l'échelle togolaise par exemple, un meilleur cadre des affaires, une assainissement de la justice, une politique d'ouverture envers la diaspora, une décentralisation concertée et volontariste  et une utilisation du tourisme et de la culture comme vecteurs économiques pourrait faire multiplier par deux le PIB du pays en quelques années, rapportant à l'Etat les récettes nécéssaires pour faire face à son service de la dette(voire auto financer ses élections), et revendiquer à ce moment là, en regardant la communauté internationale bien dans le blanc des yeux, notre souveraineté nationale le jour où elle tentera de s'ingérer dans nos affaires.

Allez, il faut que je file. Un nouveau livre à commencer.

Par Gerry - Publié dans : Actualité internationale - Communauté : blogueur africains
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Samedi 4 décembre 2010 6 04 /12 /Déc /2010 23:05

http://d.yimg.com/i/ng/ne/rtrs/20101204/16/4275703411-laurent-gbagbo-prete-serment.jpg?x=225&y=345&q=75&sig=sGJwol9IFCvJEGkou6yzpQ--

Ah, le peuple merveilleux, acorte et candide que j'ai connu, fréquenté, cotoyé et aimé durant six mois. J'étais casque bleu de l'ONICI 1 en côte d'ivoire, entre mars et octobre 2004. J'étais déployé sur la zone de confiance, j'étais parmi des hommes et des femmes que tout devrait pousser à l'affliction, au déserpoir et à la mélancolie, mais ce peuple de côte d'ivoire, ce peuple Gouro que j'ai bien connu, avait, avec cette bravade qui lui est caractéristique, réfusé de se laisser aller. Leur joie de vivre délirante contrastait avec notre mal-vivre à nous, Togolais qui avons pourtant presque tout pour être heureux. Sauf le pouvoir d'achat, peut être. Enfin, bref, l'histoire de notre continent est en train de se jouer devant nous, là , en Cote d'Ivoire.

Certains me diront que j'exagère un peu. Mais l'équation est bien simple: Depuis plus d'une décennie, on nous bassine les oreilles avec le droit d'ingérence. Kouchner a été le premier à employer cette expression, disant, comme je l'avais écouté lors d'une communication qu'il nous avait faite à Saint-cyr, que "le monde ne pouvait plus se permettre de regarder un dictateur massacrer sa population au nom du principe sacro-saint de souveraineté nationale". (attention, je cite Kouchner). Et la communauté internationale s'est engouffrée dans la brêche, en prenant bien soin de laisser derrière les grandes puissances, toutes les bonnes vieilles casseroles bien puantes que tout le monde sait bien feindre de ne pas voire. Qu'à cela ne tiennent, les relations internationale sont un rapport de fort à faible.

Cependant, ce qui se passe en côte d'ivoire se pose en une équation bien simple. Est-ce que la communauté internationale peut imposer sa volonté au président d'un pays qui a ouvertement décidé de la narguer? De la réponse à cette question, dépend le sort de la jeunesse africaine. Si la réponse est non (car les exemples du fiasco de la communauté internationale pour s'imposer sur le continent sont légion, je ne citerai que El-Béchir et Mugabé), c'est que c'est mort pour les futures générations africaines, car les futurs Gbagbo vont fleurir partout en Afrique, fort de l'effet jusispudence que la résistance du président ivoirien aurait produit. Adieu donc, jeunesse qui aspire à changer les choses dans vos pays. Il faudrait supporter vos présidents jusqu'à ce que mort s'ensuive.

Si par contre la réponse est positive, ceci ouvrirait un horizon d'espoir et d'audace inespéré à toute cette jeunesse africaince, enfants de facebook, de twiter et de wikileaks, qui ne voit plus les barrières nationales, lingustiques et raciales telles que les voyaient les pères des indépendances. Ce serait l'affirmation d'un monde où tout est encore possible, à condition d'y croire et de travailler dur. La victoire de la communauté internationale sur le jusqu'auboutisme de Gbagbo serait celle de l'espérance contre l'extrémisme, de la liberté contre le fascisme. Je suis tenté de dire une victoire du bien contre le mal, mais je n'irai pas à un tel...extrémisme.

Tout va se jouer dans ce mois de décembre. Et nous avons la chance exceptionnelle de vivre cela, aux premières loges grâce à internet et aux médias.

Par contre, avant de fermer ce billet, je ne puis m'empêcher de me demander qui a bien pu avoir eu l'idée de donner à M Gbagbo le surnom d'animal politique. Celui qu'il l'a affublé de ce surnom plutôt flatteur ne l'a pas beaucoup aidé, car il faut croire que dans cette identification, il a fait le choix de s'appesantir lourdement sur la première partie de son surnom, (je n'ai pas pu m'emêcher, la formule était trop tentente). Car voici donc un fin stratège qui accumule, depuis la fin du vote du second tour, bourdes sur bourdes, au point d'amener tout le monde à prévoir dans les moindre détails ce qui allait se passer après l'expiration des trois jours, délais de rigueur pour la proclamation des résultats par la CEI.

Primo: Pourquoi faire rapatrier l'équipe de la RTI, alors que celle-ci était supposée rester sur place pour la proclammation définitive des résultats.

Secondo: Pourquoi, avant que les résultats ne sont pas encore donnés, commencer à instrumentaliser cette même RTI, abandonnant de fait le faire-play et la neutralité dont avait fait preuve cet organe pendant tout le scrutin.

 Tertio. Pourquoi en pas intervenir à temps, alors que la scène se passait en direct, pour arrêter les deux partisans qui manifestement tentaient d'interdire la proclamation des résultats provisoires. On voyait bien que les deux avaient leur portable en main au moment où ils s'interposaient.

 Quarto: Pourquoi diable ne pas condamner leur agissement dans l'immédiat (montrant ainsi une bien fausse bonne foi) quitte à récompenser les deux compères d'une autre manière.

Quinto: Pourqoi prendre des mésures exceptionnelles (fermeture des frontières et coupure d'émission des chaines internationale) alors que jusqu'à ce point, aucune réaction hostile n'avait encore été prononcée.

Et pour couronner le tout, pourquoi ne pas peser de son poids pour amener le conseil constitutionnel à faire semblant d'étudier réellement les recours, 22000 PV quand même, afin de donner l'impression que tout n'était pas cousu de fil blanc. Gbagbo aurait gardé le fait-play dont il avait fait preuve pendant le premier tour, il aurait condamné ses sbires qui ont jeté le discrédit sur l'Afrique entière, il aurait donné l'imression d'accepter les résultats de la CEI, et il aurait laissé le conseil constitutionnel faire un traivail de fond sur six jours, pour donner son verdict au septieme jour, meme en sa faveur, que la communauté internationale aurait été bien emmerdée, et lui il aurait eu beau jeu de dire qu'on ne peut tout de même pas lui demander de réjeter les conclusions du conseil constitutionnel de son pays. Il aurait eu des soutiens dans le monde, et peut être aujourd'hui, on s'acheminerait vers un enième gouvernement d'union. Mais en décidant de passer en force, par bravade et en ne prenant aucun gant, il a plus, comme je le disais plus tôt, agit en animal qu'en politique. Et la facture va être salée. Pas pour lui, malheureusement. Il est bien gardé et je pense qu'il est à l'abri du besoin. Mais plutôt pour le peuple merveilleux que j'ai décrit plus tôt, car maintenant plus que jamais, le pays est irrémidiablement partagé en deux, avec très peu de chances pour que les rebelles accordent encore la moindre confiance à un président qui a décidé de leur dénier leur ivoirité pour se maintenir au pouvoir. Qui oserait encore prétendre que la voie des urnes est le chemin royal pour retrouver la paix en Cote d'ivoire? La menace d'une possible reprise des hostilité est plus que jamais d'actualité, avec une inconnue de taille. Depuis 2002, ce sont les Français qui ont enraillé toutes les offensives des rebelles en direction d'Abidjan. Sarkozy va t-il, alors que Gbagbo déclarait aujourd'hui qu'il n'avait demandé à personne de gerer son pays, encore sauver la mise du premier producteur de cacao au monde?

Car toute l'inconnue se trouve là. Le monde est-il prêt à réduire sa consommation de chocolat, et tous les dérivés du cacao, pour les beaux yeux d'ADO, d'autant plus qu'avec la rapacité des Chinois, Gbagbo n'aura pas beaucoup du mal à trouver des débouchés pour ses matières premières. La réponse est cruciale, mais une seconde inconnue s'est invitée à l'équation. C'est le poids d'Obama. En s'invitant au débat et en reconnaissant la victoire de Ado, la situation du coup n'est plus semblable à celle qu'elle était en 2000, car les Américains n'ont pas les même types d'intérèts en Cote d'ivoire que les Français, qui en 2004 ont cedé au chantage de lynchage des Français résidents en cote d'ivoire et fait marche arrière. Obama, en reconnaissant la victoire du rival de Gbagbo, joue toute sa crédibilité, et celle de l'Amérique en Afrique.

La vérité est qu'il y a deux évidences. La première est que Gbagbo en 2000 s'est retrouvé dans une situation similaire, et est resté dix ans au pouvoir. La deuxième est que chaque fois que les Etats Unis ont eu quelqu'un dans leur colimateur sur le continent africain, ce dernier a rarement fait de longs os.

Tout se joue juste à coté, nous sommes aux premères loges, et tout notre avenir en dépend.

Puisse la miséricorde du Seigneur épargner les innocents de ce pays où coule le lait et le miel. Amen.

Par Gerry - Publié dans : Actualité africaine - Communauté : BLOGS, en parler ...
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Samedi 4 décembre 2010 6 04 /12 /Déc /2010 21:17

http://www.togoone.com/imagestogo/imgcctogo.jpg

Notre pays est comme une femme qui réfuse qu'on l'aime, et qui veut coûte que coûte qu'on l'entende hurler dans le quartier.

Les préparatifs d'ouverture de ma société sur le boulevard m'absorbent tellement que je n'ai pas le temps de bloguer. Le ventre, quand tu nous tiens.

Dans un précédent billet, j'avais parlé de la fin des temps au sujet de l'accord historique AGO-RPT, soulevant que la colaboration de l'icone Gil avec le RPT marquait à coup sûr, pour des milliers de Togolais, la fin de l'espérance. Il n'en fut rien, puisque Fabre eut le bagou pour reprendre le flambeau, avec la même hargne et le même extrémisme que son mentor désormais vomi.

L'extrémisme est nuisible partout. Et dans le cas de Fabre, cette attitude est d'autant plus incohérente que son usage pendant vingt ans n'a rien produit de positif pour le peuple togolais.

Donc, ce n'était pas la fin des temps. Pas encore. Celle-ci est survenue dans notre pays il y a deux semaines, quand la cours constitutionnelle a juger bon de "démissionner " neuf députés, suite à la demande des responsables de leur ancien parti. Oui, là, nous avons touché le fond, et le temps s'est arrêté.

Je ne suis pas juriste (enfin, si, j'ai une maîtrise en droit quand même), je ne suis pas journaliste, et je n'aime pas trop les éternelles gesticulations du clan Fabre, qui ridiculisent l'opposition togolaise dans son ensemble, au grand dam de tous ceux qui veulent l'aider, mais il y a une limite à tout dans la vie, pour les citoyens d'un pays. Cette limite, c'est la loi. Parfois, l'exécutif, pour asseoir sa politique, tente de la transgresser, et on est bien à l'aise de s'en remettre à la cour constitutionnelle, instutition immaculée, qui n'a - à priori - en sus de son rôle pendant les élections, que la mission de s'assurer du respect de la constitution. La cour constitutionnelle, c'est notre épée de damocless qui gravite au dessus des institutions de la républiques et sur les responsables de ces institutions. C'est le visage de la justice et surtout de l'impartialité. C'est le dernier recours. Le dernier rempart avant le saut dans le néant. Et cette cour, cette vierge immaculé, a décidé de se maculer de la plus decevante des manières.

Je ne vais pas lister la litanie de denis de justice que cette décision de la cour constitutionnelle comporte, le groupe synergie Togo l'a si bien fait, qu'il suffit d'aller voir leur site pour comprendre le sujet. Mon inquiétude à moi est ailleurs:

Cette année, après la proclamation des résultats définitifs par la cours constitutionnelle, j'ai été de ceux qui ont invectivé Fabre, trouvant le manque de confiance qu'il avait envers cette cour, injurieux pour mon pays, vexé à l'idée que M Assouma, qui avait à plusieurs reprise donné des signes d'indépendance surtout par sa position sur la corruption, soit prétendument considéré comme n'étant pas en mesure de dire des résultats tels qu'ils sortaient des urnes. Je m'appuyais aussi sur le fait qu'en 2007, cette même cour avait rejété des recours faits par les deux camps, RPT opposition, à la suite des élections législatives.

La prise de position de notre la cour constitutionnelle sur ce dossier lui ôte dorénavant toute prétention d'impartialité. Comment demander encore à une opposition de faire confiance au jugement d'une si importante institution, quand dans un dossier aussi limpide, on s'attendait que les réquérants, les AGO, soit boutés au moins pour trois raisons.

La première est que les députés sont des représentants de la nation, (le mandat impératif étant interdit) par conséquent une personne extérieure au parlement, président national de parti ou pas, ne peut pas demander leur remplacement par d'autres personnes.

La seconde est que pour que la démission du député soit prise en compte, il faut que lui meme en fasse la demande auprès du président du parlement. Tous les députés ANC ont toujours nié avoir fait une telle demande. Comment se convaincre d'une action, quand son auteur affirme, de bonne foi, ne pas en être responsable.

La troisième est que dans sa lettre envoyée à la cour constitutionnelle, le président de l'assemblée nationale a eu l'honnêteté de préciser que les lettres en question lui avaient été transmises par le député Aholou (AGO), et non pas des députés en question, et que ces lettres étaient des photocopies, non datée, avec sur l'en-tête, la simple mention manuscrite du nom et prénom des députés. C'est à ce point hallucinant car il faut croire que n'importe qui peut se lever, imiter la signature d'un député, et le faire démissionner du parlement rien qu'en envoyant cette lettre au président du parlement.

En ne saisissant par les trois occasions pour bouter ce dossier (il y a d'autres, mais il faut allez sur synergie togo) notre cour constitutionnelle a arrêté le temps, dans notre marche vers plus de démocratie. Elle a ouvert une boite de pandore, celle de sa crédibilité que nous autres, naïfs (parfois) et surtout patriotes, lui accordions sans confession.

A qui profite le crime. A Gil, bien sûr, qui assouvit ainsi une vengeance personnelle, et mantient un chantage abject sur les 11 députés restant, car si tous les députés ont signé le fameux pacte, autant que tous les dissidents subissent le même sort.. C'est vil, c'est veule, c'est dégueulasse. Qu'on utilise ainsi les plus prestigieuses institutions de mon pays pour faire joujou entre ancien compagnons devenus riveaux a quelque chose de choquant. 

Faure et le RPT n'y trouve aucun avantage. J'ai entendu des journalistes dire que le RPT veut faire entrer dans la constitution ce fameux régime présidentiel tempéré. Diable, aujourd'hui le président togolais a la constitution la plus à son avantage, qui lui permet de se maintenir à vie, quelque soit la composition du parlement, à la tête du pays. Pourquoi irait-il ajouter un machin truc de présidentiel tempéré, qui est une coquille vide, car si le président à l'autorité de nommer celui qu'il veut au poste de premier ministre (c'est d'ailleurs déja le cas), il a tout intéret à avoir une majorité au parlement, parce que ce n'est pas le prémier ministre qui vote les lois. Et pour le moment, nous ne sommes pas encore retourné à cette période où le président gouvernait pas ordonnance. Ah, nous autres, togolais.

Bref, Gil est content, Faure perd sur toute la ligne, parce qu'il apparait encore comme un prédateur de la démocratie, et Fabre gesticule, en allant encore marcher aujourd'hui, pour entre autre, demander à ce qu'on lui remette le pouvoir. C'est à ne rien comprendre. Il y a pourtant un mois, les mêmes jubilaient parce qu'un ministre de ce gouvernement  (qu'ils ne reconnaissent pas) leur avait donné le précieux récipissé qui consacrait leur existence comme parti politique. J'avais même commencé à éprouver un certain plaisir à entendre Mme Ameganvi dire qu'ils allaient faire des tournée dans le pays pour consolider leur parti. Et là, patatra, retour à la case départ. Ah, nous autres, Togolais.

Ce que j'aurai aimé, dans ce bras de fer, c'est de voir les autres députés ANC démissionner en bloc, et amener dans leur sillage tous les suppléants. Gil, incapable de faire accepter au parlement des membres de son parti n'ayant pas été sur la liste électorale, aurait été bien emmerdé, et serait resté malgré tout avec ses seuls 7 députés. Tout le monde aurait été bien emmerdé d'ailleurs car la constitution et le règlement intérieur du parlement ne prévoient rien dans ce cas. (enfin, je crois) Et que personne n'aille prétendre que le départ des autres députés ouvre là porte à une modification de la constitution. Dans la configuration actuelle, le couple RPT/AGO a déja les 4/5° des députés. Mais pour faire quoi donc? Notre constitution est trop favorable au président actuel pour qu'il se risque à la modifier pour une abracadabrante question de Régime présidentiel tempéré. Ah, oui, j'oubliais, que les autres députés ANC démissionnnent, il faut mettre une petite équation qui s'appelle 800 000F CFA/mois. Ah, le ventre quand tu nous tiens (mais eux aussi? hein!)

En attendant, le vôte du budget attend. Le temps s'est arrêté. Parce que tous les repères ont volé en éclat, et que nous avons manqué de hauteur, à cause d'une bataille de chiffonniers.

Que Dieu ait pitié de nous.

Par Gerry - Publié dans : Info togolaises
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Vendredi 19 novembre 2010 5 19 /11 /Nov /2010 01:10

http://ricardoblog.fr/wp-content/uploads/2007/07/morice_enerve.jpg

Je quittais le bureau, et à la lecture des dernières infos sur le net, je n'ai pas pu m'empêcher de jeter hativement ces notes sur mon blog.

Ils nous emmerdent, nos députés, tous, les uns comme les autres. Je n'ai pas l'habitude d'être aussi cru, mais là, je suis vraiment furieux.

Le mois dernier, enfin, en ce début du mois, la baguette de pain  a été augmentée de 25%. C'est passé comme une lettre à la poste. Des milliers de gens sont encore sinistrés, éplorés et envahis par les eaux. Je ne parle pas des autres maux qui gangrennent ce pays. Et eux, quand on entend parler d'eux, c'est pour une misérable affaire de formation d'un groupe parlementaire, ou d'opposition à sa formation. Enfin, bref.

Diable, pourquoi on ne les laisse donc pas former ce groupe. Cela changerait quoi? Que vont-ils faire à 20, qu'il n'ont réussi à faire à 27. Même si pour une question d'éthique politicienne, on ne devrait pas faire rentrer ainsi, un parti qui n'existait même pas aux dernières législatives, allez, qu'ils y aillent donc. Je ne comprendrai jamais certains caciques du régime. On a l'impression qu'il faut absolument s'opposer, à l'opposition. Parfois pour du rififi comme maintenant.

Ensuite, on a l'impression que l'oppostion togolaise se nourrit de crises. Là où il y en a pas, elle va les chercher. C'est comme pour le récipissé. On pouvait faire une demande avec seulement 30 personnes, (pragmatisme), ils ont en présenté 600. Aujourd'hui, au parlement, ils peuvent créer un groupe parlementaire avec un nom bidon (groupe de la renovation, du changement, de l'alliance, de Ignace le vénérable) cela ne posera pas de problèmes, mais ils veulent faire rentrer l'ANC, ça crée des problèmes, et le parlement, au lieu de se pencher sur la loi de programmation budgétaire, s'amuse aux évalas. Triste sort pour ce pays.

Et je crois qu'un président de l'assemblée nationale, second homme fort du pays, devrait faire preuve d'une rigueur que malheureusement le notre a décidé de mettre au placard ces derniers temps. Après la triste sortie sur les violence de 2005, le voila qui donne l'impression que nous n'avions pas assez de problèmes que cela, ceci à notre parlement. On dirait qu'on joue la comédie. Au dépend de milliers de gens qui meurent, et qui souffrent dans leur chair.

Et pour Finir, Fabre aurait donc rejoint le parlement. Triste fin que celle là.

Fin de ma pause.

Au lit, avec un goût amer à la bouche.

Par Gerry - Publié dans : Coups de gueule - Communauté : blogueur africains
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Dimanche 14 novembre 2010 7 14 /11 /Nov /2010 19:25

http://www.togocity.com/IMG/diaspora_togo.png

Tel est le sort réservé à notre diaspora pour ce recencement général de la population togolaise. Nos frères de l'extérieur contribuent à hauteur de 10% du PIB, ou 20% du budget national, et ils ne sont pas comptabilisés dans le décompte de la population en cours en ce moment au pays. Tout le paradoxe du Togo. D'un coté, nous avons un pays comme la Côte d'Ivoire, qui sort de 10 années d'instabilité politique mais qui fait voter sa diaspora, et de l'aute, notre pays, qui jouit pourtant d'une certaine stabilité, et qui considère toujours cette diaspora comme des empêcheurs de tourner en rond. Pourtant, à l'époque d'Eyadema comme à celui de Faure, on voit souvent une colonie togolaise de l'extérieur débordant de joie et de fébrilité à chaque passage de l'exécutif dans ces pays. Ah, ce que nous perdons. Les Togolais ont su exporter leur dynamisme, leur sérieux et leur vitalité partout où ils sont installés. Et une meilleure collaboration avec eux devrait inciter une bonne partie d'entre eux soit à revenir s'installer au pays, où au moins à y créer des emplois.

Quand je vais à Accra et je vois le nombre de jeunes qui reviennent s'installer, tout en gardant leur base à l'étranger, c'est effarant et beau. Nous sommes capables de faire la même chose. C'est des centaines me milliers d'emplois que nous manquons de créer en n'impliquant pas notre diaspora.

Que le RPT ne soit pas pressé de le faire, parce qu'une bonne partie de cette diaspora émarge à l'opposition, sans l'accepter, on est au moins tenté de le comprendre, mais que les partis d'opposition ne s'en émeuvent pas, en se fendant au moins d'un communiqué, en lieu et place d'une intervention dans un débat qui est désormais clos par le couple RPT-AGO, c'est tout hors de compréhension.

Le CAR et la CDPA sont sortis de leur réserve il y a une semaine pour appeler la population à coopérer  avec les agents recenceurs (la communication sur ce dossier est d'un niveau d'amateurisme effarant). L'ANC se cherche encore (il faut le croire) et donc va regler ses problèmes de groupe parlementaire, avant de se pencher sur le recencement. Le temps qu'ils y songent, le recencement serait fini.

Sur facebook où mes billets sont publiés, j'ai le plaisir de trouver des militants de l'UFC, que dis-je, de l'ANC qui répondent à mon argumenraire. C'est bien pour nous, jeunes de ce pays, d'échanger. Même s'ils feignent de ne pas remarquer mes réserves quant à la politique du gouvernement, et ne voient dans mes écrits que certaines de mes attaques contre les marcheurs de la plage, ces échanges sont enrichissantes et ouvrent le débat. Ce qui est curieux, c'est qu'on voit beaucoup de jeunes arborer le maïs aux meeting au Togo, mais il est rare de trouver, sur ces plateformes communautaires, des Togolais qui se réclament ouvertement du RPT et vont à la discussion. C'est dommage. Le débat contradictoire est le ferment de la démocratie.

Allez, je vais filer à la maison car je reste trop au boulot. On est dimanche quand même. Et Arlène qui doit s'ennuyer.

Tiens, voici donc plus d'un mois que les marches de samedi  ont cessé. Est-ce pour de bon? Ce serait une perte sèche pour le clan Fabre. Parce qu'il faudra expliquer à ces milliers de Loméens pourquoi ils ont enduré autant d'humiliations, inhaler quantité de gaz lacrymogènes, pour une victoire qui était proche, imminente, la volonté de peuple étant invincible. Voila  une situation telle que ce qui me déserpère dans ce pays. Au lendemain des élections présidentielles, qualifiées de transparentes par la communauté internationale (qui pourant ne nous a jamais ménagé par le passé) tout le monde savait qu'une révendication d'une pseudo victoire, sans s'appuyer sur des leviers internationaux forts, avait peu de chance d'aboutir. Et depuis le début d'année, tout le monde s'avait aussi que le recencement général de la population était prévu pour novembre 2010. Un combat était perdu d'avance: la revendication de la victoire. Un autre pouvait être gagné, si on jouait sa partition d'opposition, ie de formation politique présente au parlement, à même de faire des proposition sur des sujets importants comme celui du recencement, propositions succeptibles d'être écoutées puisque c'est la communauté internationale qui apporte le pognon. Ce combat était au dessus de tous les autres. Pour la diaspora et ses 100 milliards, pour le découpage électoral, pour la structure sociale de notre société. Et bien, ils ont tourné le dos à ce combat là. Et même, alors que le récipissé leur donnait l'occasion de montrer que dorénavent, la lutte fraticide interne au sein de l'UFC appartenait au passé, et bien non, nous voila engagé dans un autre round où il est question de création de groupe parlementaire, tout comme si le groupe parlementaire ANC, avec 20 députés, fera mieux que l'ex-groupe parlementaire UFC, dirigé par la même personne, et qui n'a, au cours des trois ans de présence à l'assemblée, fait aucune proposition de loi, quitte à ce que celle-ci soit rejeté par un vote majoritaire.

Je sais, mes amis "ANCiens" de facebook vont encore me rentrer dedans, mais j'attends mieux d'une opposition qui prétend changer les choses dans ce pays.

C'est définitif, je file.

Bonsoir chez vous.

Par Gerry - Publié dans : Coups de coeurs - Communauté : blogueur africains
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Vendredi 12 novembre 2010 5 12 /11 /Nov /2010 20:23

http://p.ld5.fr/t/prw/36847.jpgBlog en berne. Manque de temps. Il faut bien vivre.

Je suis en train d'amenager sur le bouvelard. C'est tout de même curieux. Des non-togolais me demanderont: lequel, des boulevard. A Lomé, quand on parle de boulevard, cela s'entend celui circulaire. C'est dire comme la ville est petite. Bref.

Donc, amenagement sur le boulevard, pour être à proximité des affaires. On verra. Nouveau siteen perspective. Il faut bien travailler. Curieux quand même, ce pays. Nous parlons de chômage, et je cherche des agents de sécurité à placer, sans en trouver. Bref. Petite source de satisfaction tout de même, j'ai placé mon 180ème agent hier, dand une société de sécurité partenaire. Brave petit Togolais que je suis. Se féliciter parfois, pour en avoir l'air.

Se gargariser ainsi pour se sentir exister, parfois même se pincer pour s'actualiser, tellement cette ville, ce pays pue le cauchemard. Par où commencer. Je m'étais improvisé analyste politique, jusqu'au jour où la politique m'a submergé, me laissant en pâmoison devant la donquichtesque togolaise. Diable, nous serions maudits?

Et pourtant, tout aurait pu être aussi simple. Au lieu de nous pondre un régime présidentiel tempéré, pourquoi ne pas faire en solo, sans l'opportuniste revanchard des AGO, des reformes qui vont relancer notre pays, tant à l'échelle nationale qu'internationale. Tout serait si simple. Si demain, le parti au pouvoir décidait de doter le pays d'une constitution à l'échelle des canaux internationaux, ils auront les 3/5 nécéssaires pour le faire, car je ne vois pas un parlementaire de l'opposition s'opposer à cela. Le renforcement de nos institutions n'a nullement besoin de négociations sans fin pour être une réalité. Il suffit de cette volonté difficile à trouver. Ah! que d'occasions ratées. Pourtant, avec tous les leviers qu'il dispose à ce jour, le pouvoir en place à une plus grande marge pour asseoir la démocratie que dans quelques années, si après 2012 les rapports de force changent au parlement.

Régime présidentiel tempéré. Pourquoi tempéré un régime qui existe déja de part le monde. Je suis moi pour un régime présidentiel, avec un parlement fort certes, mais qui reste à sa place et joue son rôle. Le bicéphalisme à la française n'est intéressant que lorsqu'on préssent des conflits à venir.

Au régime présidentiel tempéré, avait répondu par anticipation, il y a quelques temps, la création de l'ANC, Alliance Nationale pour le Changement. Autant j'ai trouvé Fabre flamboyant dans sa résistance, autant je trouve la dénomination de ce parti un tantinet partichien. Certes, dans le domaine de sigle, il n'y a guère de droit d'auteurs, mais diable, pourquoi ne pas trouver autre chose comme banière? Ensuite, un parti qui voudrait avoir une envergure internationale devrait éviter de porter la confusion à cette échelle, car sur notre planète, quand on dit ANC, l'écho répond Afrique du Sud. Qu'à cela ne tienne. C'est une excellente chose, que la création de ce parti. La bataille de chiffonniers va donc cesser. non? et bien, il faut croire que non. Nous avons dans ce pays le chic de s'embouiller pour des broutilles. Actuellement, les séances au parlement sont suspendues pour une question de groupe parlementaire. Alors que des questions brulantes sont à traiter, nous allons encore passer des mois à lambiner, pour qu'à la fin, aucune décision ne soit prise, en dehors du désistement. C'est ainsi depuis....20 ans. L'un des partis crée un blocage, crie à qui veut l'entendre qu'il ne cedera jamais, et finit par céder, sans vergogne.

Cela a été ainsi durant tout 2009 et 2010. Que ce soit pour la CENI, le CPDC, les élections, la proclamation des résultats ou le lendemains de celle-ci, c'est la bravade, sans manifestement aucun calcul derrière. Rien que l'envie de ruer dans les brancards pour se prouver une certaine virilité, et recolter quelques acclamations vite évanouis.

Et pourtant, Dieu, ce que c'est dur. La situation devient de plus en plus invivable. On a dit qu'avec Contour Global, c'était la fin des délestages, mais le vrai délestage, ce sont ces familles où on mange une fois par deux, par moitié des membres. Il faut voir cette cohorte de gens qui vont à pieds, du matin au soir pour aller au travail, faute d'argent pour se payer le taxi. Je ne parlerai pas de nos hopitaux, où il faut mieux finir en route avant d'y arriver, pour préserver la santé des siens encore sains. Ah, ce que c'est difficile, le chômage rampant qu'il y a ici. Il y a une semaine, je cherchais un techniciens réseau, j'ai publié une annonce sur facebook, et j'ai recu une centaine de propositions, dont près de la moitié de non professionnels. La misère crasse qu'il a dans les quartiers innondés est terrible. Dormir à sec est un luxe qu'on imagine pas.

Et pourtant, on a l'impression que pour nos politiques, seuls la conquête du pouvoir les intéresse. J'ai été ulcéré de ne pas voir un seul membre de notre opposition à la marche des organisations des droits de l'homme.

Tiens, voici aussi un autre sujet qui fait notre spécificité. On laissait cette marche suivre son court, avec un représentant du ministre des droits de l'homme pour les accueillir à leur arrivée, ce ne serait pas un évenement. La dispersion en a fait un. Et on en a parlé à l'international. Dur dur, de se présenter Togolais, par ces jours. Bref.

Donc, marche des ODDH, et aucun politique à l'horizon. L'affaire redemarre concerne des milliers de togolais, et silence radio de leur coté. Il y a un mois, la mairie et la préfecture a cassé les cabanes des petits marchands au bord des routes, avec des explications bien curieuses, comme celle qui assimilerait ces cabanes à des repères de bandits, aucun homme politique ne s'en est ému. Les députés UFC de ces arrondissement n'ont pas levé le petit pouce (remarque, dans les autres villes du pays, les députés RPT n'ont pas bronché non plus). Les étudiants travaillent dans des conditions d'un autre temps. Tout coute cher: Le téléphone, internet, le prix du pain a été augmenté dans l'indifférence général. Déja, il se murmure que Contour Global est une grosse arnaque (personnellement, je n'aimais pas l'idée que les américains nous construisent une centrale gratuitement, et qu'ils nous la donnent après 25 ans). Si cela se trouve donc, nous irons vers une augmentation du prix de l'électricité. La corruption est devenu un sport national. Le classement du pays sur les indicateurs internationaux est mauvais (doing business, transparency international, jusqu'à la scandaleuse dernière place pour le bien être dans le monde: sondage gallup). ça craint.

Et pourtant, nous avons un pays merveilleux. Une jeunesse pétulante et industrieuse. C'est justement à ce niveau que je suis très soucieux. J'ai vu la composition du bureau national de l'ANC. Aucun jeune. Ce sont les mêmes, qui ont dirigé l'UFC à ce jour. Les mêmes qui, depuis 20 ans, ont porté la politique du tout ou rien de ce parti. Si Fabre est désigné pour porter la flamme de l'opposition togolaise, dans le même esprit, autant dire que dans 20 ans encore, je ne verrai pas ce pays exemplaire éclabousser de son génie l'Afrique et le monde entier, car les mêmes causes produiront nécéssairement les mêmes effets. Et pour notre générations (déja sacrifiée), et celle à venir, je trouve que c'est scandaleux.

Que Dieu ait pitié de nous autres, pauvres hères fiers de notre patri

Par Gerry - Publié dans : Coups de coeurs - Communauté : blogueur africains
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Lundi 4 octobre 2010 1 04 /10 /Oct /2010 00:46

http://actualite.portail.free.fr/sport/07-07-2010/amen-l-autre-versant-du-foot-en-afrique/h-20-2143820-1278508061.jpgDes choix difficiles

 

La jeep file droit sur le boulevard Eyadema. La circulation est quasi-inexistante ; aucun taxi en maraude. Quelques véhicules personnels remontent la route à vive allure vers le nord. Au croisement du boulevard de la Kara, place Senghor, nous manquons d’emboutir un zemidjan déboulant d’Adewi en pleine vitesse. Mon  conducteur, un caporal komcomba[1], le couvre  d’injures en autant de temps que nous avons pour l’éviter et poursuivre notre progression vers le centre ville. Face au danger, l’homme l’a tancé en komcomba[2], ce qui fait qu’une minute après l’incident, j’en ai pour un bon fou rire.  Le soldat, s’étant rendu compte de sa méprise, m’a présenté ses excuses, d’où mon hilarité, que je lui transmets comme la grippe A H1N1. Le voila donc à se tenir les côtes lui aussi, en plus du volant, bien sûr.

Arrivés au rond point de la colombe de la paix, je fais un arrêt pour observer la basse ville, mais les arbres rendent l’opération impossible. Je pousse donc vers le collège saint-Joseph, quatre cent mètres plus à l’est.

Le belvédère me donne d’excellents secteurs d’observation. J’ai des vues sur les quartiers Amoutivé, et les premiers pâtés de maisons de Bè. Une scène curieuse que ces épaisses colonnes de fumée qui montent en tourbillonnant, par volutes successives. Un peu plus à l’est, vers les quartiers d’Akodessewa, la fumée est plus compacte, et semble ramper sur les toits des basses maisons, comme d’immenses poulpes à la recherche de leur proie. J’aurais pu être tenté de trouver une certaine poésie à ce tableau si par moments, ne venaient heurter à mon oreille exercée, des clameurs et les explosions de lacrymogènes, preuve que ça ferraille dur en bas.

J’ordonne au conducteur de poursuivre en direction du rond point de Bè Kpota.

Le carrefour Cerfer dépassé, je vois immédiatement un de nos camions garé dans la station service. Le capot d’une jeep militaire pointe derrière le bâtiment principal. Je dirige mon véhicule dans cette direction :

 

- Lieutenant Tamera, hurle le colonel aussitôt que je débarque, qu’est-ce que tu foutais, tu devrais être ici depuis 30mn au moins ?

Je ne réponds pas. Surtout ne pas tomber dans le jeu : simple manœuvre d’intimidation. Si je commence à me justifier, je vais vraiment le mettre en colère or je sais que ce vieux m’a à la bonne.

Le colonel est debout, accoudé au capot de la jeep. Son béret est de guingois, il a des cernes aux yeux, mais les profonds sillons nasogéniens de son visage lui donnent un charme viril.

- C’est moi qui t’ai demandé pour cette mission. L’officier que nous avons déployé dans ce secteur ce matin a été évacué tout à l’heure ; traumatisme crânien. Il a reçu la moitié d’une brique de maçonnerie sur la tête.

Voila qui s’annonce bien. L’envie de lui dire qu’il s’est trompé de personne me titille la langue. Je suis de l’arme blindée, et nous n’avons pas vocation à faire du maintien d’ordre.

- Les hommes que tu vois là sont les rescapés de sa section. Tu vas poursuivre la mission. Approche, ajoute-il en me faisant un signe de la main, sur la carte que voici…

 

Le colonel est parti depuis cinq minutes. La jeep avec le Konkomba hilare aussi. Je me retrouve seul, face à ma solitude et la trentaine de militaires qui me prouvent, par la mine qu’ils font, qu’ils n’ont aucune raison de m’aimer et que de toute les façons, le rassemblement que je viens de réclamer ne peut leur amener que des emmerdes. Mais heureusement qu’il y a les sous-officiers (Dieu les bénisse). Un sergent-chef, deux-fois-cinq comme on les appelle[3], bondit et glapit des ordres. Ça bouge, ça gesticule, les rangs sont formés, les bottes claquent, les visages se figent, que voila les reflexes du CNI[4] qui ressurgissent : Ah ! discipline, merveilleuse discipline militaire. Comme je t’aime.

Mais point de poésie : l’heure est grave.

Gray, ton bon vieil ami Gray Tamera, est dans une merde de foin, que dis-je ? le foin, c’est chez les blancs ça, chez nous, je dirai une merde de chiendent. Aie ! Oui, je sais que mes histoires maintenant commencent à te lasser. La dernière fois que nous nous sommes quittés en effet, j’étais dans une situation désespérée. Tu dois te demander comment suis-je parvenu à m’extirper du traquenard de l’hôpital de Tokoin[5] pour me retrouver ici, dans cette station d’essence, avec une trentaine de militaires qui auraient bien voulu que j’y laissai ma peau. Et bien, figure-toi que ce jour là, à l’hôpital, ils m’ont trucidé, les salopards, et proprement.

Remarque, si tu n’as pas encore lu ma précédente aventure, inutile que je te l’explique ici, il faut la lire, et on en reparlera…

Maintenant que tu l’as lue, tu sais donc que nous nous sommes séparés alors que j’étais dans une salle d’hôpital jouxtant la morgue, soudé par les parties à une morte, voué à l’extermination certaine par le Togo tout entier, partagé entre un suicide honorable, en me brulant la cervelle avec mon Beretta 9mm, ou la fin en douceur, en avalant un poison « aux effets mortels lénifiants » laissé à moi par le père de ma victime. Bien entendu, comme tu commences à me connaître, un Tamera, descendant d’une fière ligné d’irréductibles guerriers nawdas, ne se suicide pas. Donc, j’ai pris le choix d’armer mon pétoire, et d’attendre la morgue à l’âme (et à proximité) mes génocidaires.

 

Pour lire la suite de cette histoire, télécharger la version pdf ou acheter le livre papier, une seule adresse: www.editions-moffi.com



[1] Ethnie du nord du Togo

[2] NDA : Langue parlée par cette ethnie au nord du Togo, que le Zemidjan est certainement loin de comprendre

[3] Le deux fois cinq est un ensemble de scarification (une paire au front, deux paires sur les tempes, et deux paires sur les joues) qu’on rétrouve chez les Pedas, au sud Togo et Benin.

[4] Centre National d’instruction. Lieu où tout militaire reçoit sa formation initiale.

[5] Lire « le second mari »

Par Gerry - Publié dans : Extraits du roman - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Lundi 4 octobre 2010 1 04 /10 /Oct /2010 00:27

http://bahrulfikri.files.wordpress.com/2009/04/marker-focus.gif?w=256&h=256Le second mari

 

 

 

Nous étions assis sur la terrasse de Croque-en-bouche: une boulangerie-cafétéria de Bè-Klikamé ; banlieue nord de Lomé. Il y avait Nabil : Nabil le débile. Au départ, tout le monde l'appelait Débile, à la place de Nabil, et ça le rendait très très débile. Depuis, nous sommes revenus à Nabil tout court. Il est toujours aussi débile, mais il ne le fait plus exprès, et nous, nous gagnons au change. Donc, il y avait Nabil, sa fiancée dont je n'ai jamais su le nom. Nabil a toujours eu une fiancée, sauf que ce n'est jamais la même. Puis il y avait Rodrigue le basketteur. Son vrai surnom était Rodrigue le racketteur, parce qu'il demande systématiquement tout. Si un jour on lui dit que le Togo appartient à quelqu’un, il ira lui demander de le lui donner cadeau. Nous avons cessé de l'appeler le racketteur parce que plus personne ne voulait faire sa compagnie. Tu irais manger toi, avec un type qui te demande tous les morceaux de ton plat ? Pour varier, nous l'appelons le basketteur, et comme il fait 1m53, tout le monde sait qu'on se fout de sa gueule.

Il y avait tout ce beau monde, et moi bien sûr, ton humble serviteur. Je venais de passer cinq jours d'affilés au régiment pour une faute de négligence de deux de mes meilleurs sergents, et je savourais cet instant de civilité - vie dans le civil - avec la volupté d’une étreinte passionnée. Je buvais à l'occasion une vodka, pour me rappeler ma lointaine origine russe. Et nous parlions, comme d'habitude, de tout ce dont les gens parlent dans les cafés, donc, de rien de franchement intéressant.

Un moment, une rutilante Jaguar vert-bouteille s'est arrêtée, dans un crissement de pneus, devant la boulangerie. Nous avons casé notre babillage, suspendu la respiration, et comme dans une chorégraphie, braqué nos yeux sur la voiture. Une sorte de gnome est sorti du coté chauffeur, puis une somptueuse fille s'est révélée du coté passager. Nabil a entamé un sifflement, je lui ai plaqué ma main sur la bouche. Il s'est mit à gesticuler tellement je l'étouffais. Moi, j'avais les yeux englués sur la fabuleuse créature qui progressait devant moi. Je croyais même respirer son parfum, mais ça doit être comme pour mon origine russe : difficile à prouver.

Je ne vais pas me risquer à faire un portrait de cette fille, au risque de la caricaturer, mais l'idée qui m'a traversée l'esprit à ce moment précis est que j'aurais bien aimé l'avoir dans une vitrine, dans ma chambre : une sorte de musée Grévin en viande rouge et molécules. Sa seule vue à mon réveil suffirait à me rendre optimiste. J'ai finalement libéré la bouche de Nabil, qui n'a pas hésité à s'écrier :

- Cà, c'est une femme.

Cette remarque lui a valu une bourrade dans les cotes. Rodrigue, comme on pouvait s'y attendre, a lâché :

- Qui va me donner ça ?

Moi, je n'ai rien dit. Mais d'avance tu sais ce que j'en pense.

Il y avait autour de la table une autre personne qui aussi n'avait pas parlé, en dehors de la ruade dans les cotes de Nabil. Et je me disais que ce n'était pas très normal quand elle a éclaté de rire. J'ai dressé l'oreille, tout en regardant mon modèle de musée s'engouffrer dans la boulangerie.

- Vous pouvez tout faire, vous n'avez aucune chance. Je connais très bien cette fille.

Je me suis retourné.

- Oui, nous avons fait le collège ensemble, a-t-elle poursuivi. Elle vit avec ce monsieur depuis l'âge de quinze ans, et elle l'aime vraiment.

Nabil a rétorqué :

- Ce n'est pas possible. Ne me dis pas que le nain avec qui elle est passée est son mari.

- Bien sûr, a répondu la fiancée. Et j'aimerais que tu saches que ce nain, comme tu aimes à le dire, est quand même propriétaire d'une grosse compagnie maritime dotée d'une dizaine de bateaux, d'une grande société de télécommunication et de beaucoup d'autres choses que je ne citerai pas ici.

- Ok, là je comprends. C'est à cause de son argent, a dit Nabil. Vous les filles, vous êtes toutes les mêmes. L'argent vous attire comme des mouches.

- Ah bon ! a susurré la fiancée, je ne dois pas être une bonne fille alors !

- Les enfants, vous allez m'arrêter ce chahut tout de suite, ai-je lancé sur un ton péremptoire. Très bien, ai-je poursuivi en m'adressant à la fiancée, toi qui prétends connaître cette fille, comment-est-ce qu'on l'appelle ?

- Solange.

-Elle fait quoi dans la vie ?

- Elle ne travaille pas. Son mari ne veut pas, mais elle a une maîtrise en droit des affaires, si tu veux savoir.

- Et tu dis qu'elle est réellement amoureuse de son lutin ?

- Ecoute, Gray, je ne te raconte pas des histoires. Elle vit avec cet homme depuis près de dix ans. Elle a même fait un pacte de sang avec lui. Si elle le trompe, elle meurt.

- C'est l'homme qui a insisté qu'elle le fasse, j'en suis certain, a proclamé Nabil.

- Non, mais vous ne comprenez donc rien. Elle vivait avec Georges avant que ce dernier ne fasse fortune. Il a travaillé avec un Allemand installé au Togo depuis trois générations. C'est cet Allemand qui lui a légué sa fortune à sa mort, et c'est ainsi qu'il est devenu si riche. Le pacte de sang est bien sûr antérieur à tout ça.

- Donc le gars là l'a gbassée[1], c'est ce que j'en dis, poursuit Nabil.

- On voit très bien que tu ne comprendras jamais rien aux femmes, toi, répartit la fiancée.

- Tu veux dire, si je suis ta logique, que personne ne sort avec cette fille en dehors de son diablotin ? dis-je.

- Absolument personne. Plusieurs dignitaires ont essayé, et ont mordu la poussière. Et quand je dis plusieurs, il faut brasser large.

- Moi je pourrai.

Je ne sais pas ce qui m'a pris, mais c'est sorti comme ça.

- Tu pourras faire quoi ? demande Nabil.

- Si je veux, je deviens son second mari.

- Pas possible, pas la Solange que je connais. C'est la fiancée qui s'emporte.

- Très bien, on fait un pari.

- Combien ? C'est Rodrigue qui demande.

- Je ne sais pas trop. Donnez un prix, dis-je.

- Je sais, je sais, ânonne Nabil. Si tu perds, tu nous amènes faire un tour de cinq kilomètres minimum dans un de tes chars.

- Tu sais bien que c'est impossible, que je réponds.

- Je sais que c'est impossible, oui. Mais ma fiancée vient de te dire que draguer cette fille était impossible aussi. Si tu peux réaliser cette œuvre de titan, tu peux aussi bien nous amener faire un tour dans un char.

Je suis dans un régiment blindé, et ce que Nabil me demande est irréalisable. Mais sa logique tient la route. J'accepte. Je suis sûr de mon fait.

- Et si je gagne ? que je demande.

Nabil fixe sa fiancée.

- Tu es certaine de ce que tu dis ?

- A cent pour cent, tous les grands de ce pays ont tenté en vain.

- Ok, dit Nabil en me regardant, si tu gagnes, je te vends pour un franc symbolique ma Ténéré[2]. Je sais que tu en rêves.

- Top là. Je suis preneur.

- Je te donne deux mois pour tenir ton pari, poursuit Nabil.

- Non, cinq au minimum. Je n'ai pas que ça à faire.

- Trois, trois mois c'est suffisant.

- Ok. Va pour trois mois, et commence à lustrer ta Ténéré. Bientôt elle va changer de main.

C'est ainsi que tout a commencé.

 

Rentrer dans l'intimité d'une femme à la beauté sculpturale, mariée à un richissime, et qui, selon les propos de sa collègue d'enfance, est fort éprise de son compagnon : telle était ma nouvelle mission.

Je n'ai pas mis longtemps à localiser le domicile du couple. Leur maison était située en bordure de la route de Kégué, pas trop loin de la maison de feu un ancien ministre nommé PANOU : une aubaine  car en pleine zone de responsabilité du régiment. Un bar animait dans un coin de la rue, face à leur pâté de maison. Un autre point pour moi. Dès le troisième jour, j'ai commencé à surveiller la maison à partir de ce bar. Et très vite, j'ai découvert les habitudes du couple.

Ils habitaient une solide villa d'un étage, construite suivant une architecture ultra moderne, avec d'énormes baies vitrées et de la pierre sèche. Ils étaient cinq à habiter la maison : le couple, la bonne, le cuisinier et un homme à tout faire. Ils avaient quatre voitures. L'homme roulait, quand il allait travailler, une petite Toyota coupée rouge-bordeaux. Et quand le couple se déplaçait, il prenait la jaguar. La femme quant à elle disposait d'une Mercedes C class cabriolet bleue nuit. L'homme à tout faire de la maison roulait la quatrième voiture. Un pick-up Toyota Hilux blanche.

J'ai passé des nuits entières à échafauder mes plans d'opération, mais aucun n'aboutissait. J'ai pensé à me présenter au mari comme un client potentiel. Je suis même allé à son secrétariat, mais rien qu'à voir le luxe avec lequel la pièce était meublée, j'ai fui comme un malpoli. Je déparais dans cet univers, moi, le petit fonctionnaire de l'Etat. J'ai aussi pensé à aller carrément sonner à la porte de leur domicile, un jour où le mari sera en voyage, pour tenter crânement ma chance. Cette solution cavalière me séduisait, sauf que je n'avais aucune envie de me torturer les méninges plus tard pour trouver une esquive pour ne pas amener cet enfoiré de Nabil faire un tour dans les blindés.

La Solange était une place inexpugnable. Elle se déplaçait rarement, et quand elle le faisait, l'homme à tout faire lui servait toujours de chauffeur et garde du corps. C'était la quadrature du cercle. Mais ce cercle n'avait pas prévu une seule chose. Et cette chose, c'est quoi, devine ? Le cheval de Troie...

(Pour découvrir la suite, télécharger le fichier pdf ou acheter le livre en papier, une seule adresse: www.editions-moffi.com)

[1] jeté un sort 

[2] Yamaha ténéré 600

Par Gerry - Publié dans : Extraits du roman - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Lundi 4 octobre 2010 1 04 /10 /Oct /2010 00:20

http://editions-moffi.com/tlchgmts/ouvrages/covers/thumbnails/chroniques%201_0x0.pngExtra correspondance

 

 Voila. Je suis revenu d’une séance de sport au cours de laquelle je me suis volontairement épuisé, rien que pour voir les jeunes du régiment se pâmer d’admiration pour moi. C’est bien, d’être admiré. On se sent comme un sous neuf.

Affalé dans le fauteuil, je me surprends à regarder mon pied ; le pied droit, pour être exact. Et bien que je ne me trouve pas particulièrement bien fait, là, je ne discerne aucun défaut sur cette partie de mon corps. Et c’est à ce moment précis, vas-y comprendre quelque chose, que je me dis que Dieu existe. Oui, tu vas certainement relever que découvrir l’existence de Dieu pour une affaire de pied, c’est léger - enfin, ce n’est pas le pied - mais à chacun son chemin de Damas[1].

Donc, Dieu existe. C’est bien. Je suis un peu avancé. Mais alors, s’Il existe, pourquoi y a-t-il tant de misère sur la Terre ? C’est l’œuvre de Satan. Là, c’est tante Thérèse qui répond. Elle n’est pas là, ma tante, mais c’est la réponse qu’elle ferait si elle avait été là. Je résume : Dieu existe car c’est Lui qui a forgé ce pied exceptionnel, et Il nous aurait fait don de d’autres chefs d’œuvres sensationnels si Satan ne foutait pas sa merde. Mais pourquoi le bon Dieu n’envoie-t-Il pas le mauvais Satan au diable ? D’abord parce que Satan et le diable, c’est kif-kif, et les deux ont été envoyés sur Terre pour nous éprouver : dixit tante Thérèse. 

Ok. Je crois que j’ai suffisamment fait de l’esprit pour un samedi. Il faut seulement que j’aie le courage de soulever ma carcasse pour filer sous la douche.

Mais cette question existentialiste revient, tenace comme un palu[2]. Si Dieu existait, pourquoi est-ce qu’Il ne trouverait pas un moyen pour nous marier Lui-même là haut, avant de nous parachuter en ce bas monde ? Pour Lui, ce n’est pas grand-chose : une petite ligne de code à insérer dans un programme génétique ! Et ceci nous éviterait, tu conviens avec moi, bien de soucis dans notre vie terrestre. Si chacun naissait locké sur un partenaire précis, imagine un peu le bonheur que ce serait. Plus de chagrin d’amour, plus d’infidélité, plus de divorce, nous aurons été programmés pour n’aimer qu’une seule personne et vice-versa. 

Pourquoi est-ce que mon esprit exténué s’amuse-t-il à cet exercice, n’est-ce pas ? Simplement parce que si ce binômage avait existé, moi Gray, je ne serai pas en train de fricoter avec une étudiante délurée, alors que ma fiancée que j’aime de tout mon cœur – je trouve cette expression débile, je n’ai jamais vu à quoi ressemblait mon cœur – est sur le point de quitter son boulot prometteur en Allemagne pour venir me rejoindre à Lomé.

En vérité, s’il n’avait été que question de flirt, je comprendrais, et toi aussi, je suppose – que celui qui n’a jamais péché, hein ? -  mais là, c’est que je n’arrive plus à me passer de Sardine… ne ris pas, elle s’appelle en réalité Sabine, mais moi je l’appelle Sardine, parce qu’elle est comme ce poisson ; fine et tellement moelleuse… bref, pour revenir à moi, je disais que je n’arrive plus à me passer de Sardine, tout en préparant avec Ursula, notre mariage prochain. Si je ne suis pas dans une m… profonde, dis-moi quel autre nom donner à cette situation.

Je regarde distraitement la montre murale à ma gauche. Tiens, il est midi cinquante cinq. Dans quelques minutes, Sardine sera là. On sonne. C’est elle. J’envoie mon ordonnance[3] aux nouvelles. Je suis sale comme un cochon. Elle va encore gueuler.

- Tiens, Gray, je viens de vivre une scène incroyable.

Elle se dévoile devant moi. Elle porte une jupe, enfin, une jupette bleue qui peine à couvrir son fessier. Le haut est accroché par un chemisier beige, qui fait pitié à voir tant il est tendu par une poitrine arrogante, dont on devine la fermeté par la raideur des tissus. Elle a des espadrilles au pied. J’ai la gorge en feu, et l’histoire du binômage pré-naissance me revient à l’esprit comme un cauchemar. Comment rester honnête face à une offensive pareille ?

- Tu as rencontré King Mensah[4].

Le King, c’est son idole. Elle en est amoureuse. Si je voulais l’épouser, j’aurai été peinard. Le temps qu’elle lui mette la main dessus, je lui aurai fourgué quantité de mômes dans le ventre, de quoi lui ôter toute chance d’être remarquée par son dieu.

- Non, je viens du cyber. Je suis tombé sur un site magique.

- Qui distribue des billets de banques ?

- Ne dis pas des sottises, réplique-t-elle, boudeuse. J’ai trouvé un site qui permet de communiquer avec les morts.

- Avec une webcam ? Je suis mort de rire.

- Je te jure que c’est vrai. J’ai envoyé un message à ma mère, et elle a répondu.

Sardine a perdu sa mère il y a trois ans.

- Tiens, que je dis, je ne savais pas qu’elle jouait du clavier, ta mère. Ou alors elle a pris des cours par correspondance à l’au-delà. Remarque, ils ne doivent pas être trop occupés, ceux de l’autre coté.

- Penses-en ce que tu voudras, moi je sais que j’ai demandé une information à ma mère. Elle seule pouvait l’avoir et elle me l’a communiquée. Ça se passe grâce au médium en ligne. Il prend le texte, se met en relation avec le mort et te retourne la réponse. Tout ceci en moins de deux heures.

Tout d’un coup j’ai une idée. Voici sept mois que j’essaye de me prouver que je suis en mesure de faire autre chose que de tirer au canon de 90mm[5]. Et je m’étais mis à l’écriture d’un roman dont le nombre de pages à ce jour n’a guère franchi le chiffre deux, la page de garde y compris. Je me dis donc que je vais jouer le jeu de Sardine, quitte à la confondre plus tard.

Je  bondis de mon fauteuil et vais allumer mon ordinateur.

- Très bien, que je dis à Sardine qui me suit comme une ombre, voila ce que nous allons faire. Je vais écrire une lettre que tu vas envoyer, par le truchement de ton médium, à des messieurs qui sont de l’autre coté depuis des siècles.

- Je suis d’accord, dit-elle en s’affalant dans le canapé.

Je me mets au clavier et voici la lettre que je rédige.

 

A messieurs Charles Baudelaire et Jean-Marie Arouet, alias Voltaire, écrivains résidants au quartier latin de Paris d’outre-cieux.

 

Chers messieurs,

J’ai honneur de venir respectueusement solliciter auprès de votre immortelle science, un conseil pour ma carrière d’écrivain qui peine à commencer. Je suis un jeune écrivain africain, africain de peau noire, je tiens à le préciser, car les choses ici ont bien changé depuis que vous avez quitté ce bas monde. Je ne sais pas si de votre nid haut perché vous avez pu vous-aussi vous fabriquer des télescopes qui vous permettent de voir ce qui se passe sur la Terre. Vous me verrez dans ce cas assis devant une drôle de machine, qui reproduit des mots dans cette langue qui jadis a fait votre fierté. J’espère tout du moins que vous avez entendu parler d’un certain Senghor, avec qui vous devez probablement avoir beaucoup de choses à échanger, depuis que lui aussi a franchi le Rubicon de la vie terrestre.

Ma situation, ma foi, est un peu embarrassante pour quelqu’un qui aspire à embrasser la carrière d’écrivain. Mais enfin, à quoi bon tergiverser, voici mon problème : je n’ai pas d’inspiration.

Notre littérature, voyez-vous, est née dans des conditions bien particulières : affirmation et valorisation de la culture noire, qu’on disait à l’époque. C’était, je ne sais pas si cette référence vous dit quelque chose, dans les années quarante, quand les premiers des nôtres sont sortis diplômés de vos écoles. Le défi était important, l’enjeu stratégique. Après avoir, plusieurs siècles durant, été réduits au simple rôle de bête de somme, aux facultés intellectuelles douteuses, à l’âme inexistante, nous pouvions, par l’écriture, exposer le témoignage de notre humanité, de notre universalité. Le Noir, ce soi-disant descendant de Cham, pouvait enfin accoucher sur du papier les circonvolutions de son esprit torturé. Les sujets abondaient, on les ramassait à la pelle. Nous avons trempé nos plumes dans le sang de nos frères suppliciés sur les bateaux négriers. De la misère des esclaves dans les champs de cotons, nous avons écris des hymnes à la souffrance. De l’arrogance du colon siphonnant les richesses de nos pays, nous avons écris des drames dignes d’Epicure.

Puis il y a eu les années soixante, avec les indépendances. Ô, indépendance ! mot libérateur, mot enivrant, malin mot. Vous auriez dû voir ça. Le spectacle en valait le déplacement. Encore une fois, j’espère vraiment que vous avez la technologie des télescopes. Pour faire la fête, l’Africain n’a pas son pareil. Nous avons tellement ripaillé, tellement jubilé, tellement adoré Bacchus que le temps de nous rendre compte que la fête s’éternisait, il était trop tard : notre liberté nous avait échappé des doigts. Nos propres frères, ayant pris vos habitudes soit lors de leurs études chez vous ou simplement parce que vous ayant servi ici, chez nous, fondirent sur les places laissées vacantes par votre départ et renforcèrent l’oppression. Quelqu’un ici a appelé ce phénomène : peaux noires, masques blancs. Et les lendemains nous ont vite déchantés. Et que pensez-vous que la littérature a fait ? Elle a repris du poil de la bête. De la pétarade des exécutions sommaires, de merveilleux alexandrins ont été clamés. Des romans dostoïevskiens ayant pour toile de fond le sadisme de nos leaders (Oh oui, on parle ainsi de nos jours) ont fait le tour du monde, récoltant ici et là des prix, synonymes de notre percée dans l’intelligentsia planétaire. Du soleil des indépendances, nous avions basculé à l’éclipse de la liberté, et la littérature était là, témoin privilégié de cette page sombre. Les lettres pouvaient rendre compte, au quotidien, comme vous l’aviez fait à votre époque, des dérives de nos contemporains.

Puis, au bout d’un quart de siècle de saisons giboyeuses pour l’inspiration littéraire, les vôtres ont trouvé un pernicieux moyen pour nous mettre les bâtons dans les roues : ils nous ont imposé la démocratie. Enfin, ils ont imposé ça à nos dirigeants, - parce que nous, vous vous imaginez bien qu’on ne demande jamais rien à nous autres – donc, ils ont obligés nos dirigeants à accepter la démocratie. Démocratie : du grec demos qui veut dire peuple, et cratos : pouvoir. Le pouvoir au peuple donc. Enfin, je ne vais pas vous faire un dessin, vous savez sans aucun doute de quoi il est question. Mais alors, si le peuple a le pouvoir, c’est un peu la merde, pardon – on prend de ces habitudes aujourd’hui– c’est très fâcheux pour notre littérature ! Parce que notre peuple, il souffre toujours certes, mais à qui la faute ? Les gouvernants, c’est nous qui les élisons, et s’ils ne font pas l’affaire, nous les virons par notre suffrage. Par conséquent, pour un art versé dans la victimisation de ses sujets, l’inspiration littéraire se retrouve alors en sérieuse difficulté.

C’est la raison pour laquelle je vous envoie ce billet bien audacieux. Vous, monsieur Baudelaire, vous n’avez pas votre pareil pour peindre sous un jour avenant la plus lamentable des misères, et j’ai confiance en votre verve pour éclairer mes muses. Quant à vous, monsieur Voltaire, votre réalisme m’a toujours émerveillé. En ces moments sombres pour notre littérature, je m’en remets à votre pragmatisme.

Dans l’espoir de vous lire tantôt, veuillez agréer, chers messieurs, l’expression des mes terrestres salutations.

 

( Pour découvrir la suite, télécharger le livre ou l'acheter, une seule adresse,www.editions-moffi.com)


[1] Si tu connais St-Paul, tu peux lui demander.

[2] Diminutif de paludisme

[3] Militaire attaché au service personnel d’un officier

[4] Chanteur de Pop music togolais.

[5] Calibre des chars légers en services dans la plus part des armées africaines

Par Gerry - Publié dans : Extraits du roman - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Parcours de combattants, roman


Extraits et synopsis.
synopsis
La mort du Pr Bitimuku
Madame Heanandez
Univers carcéral
allez sur le site de l'éditeur en cliquant ici.

ISBN : 978-2-296-06935-0 • avril 2009
 

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