« Tirant la leçon d’une expérience de plus de dix années de vie commune, je ne puis
m’empêcher de vous dire aujourd’hui ma surprise et ma consternation en découvrant qu’une poignée d’individus existent dans nos rangs qui s’emploient a remettre en cause, par leur comportements
vils et répréhensibles, les acquis de la Révolution Togolaise, et à compromettre par là même, notre développement économique.
En effet, après la série de détournement de fonds de ces derniers mois, je me pose
la question de savoir comment nos compatriotes en sont en arrivés à n’appliquer leur imagination qu’a des inventions les plus diaboliques aux seules fins de se remplir les poches et de
satisfaire leurs ambitions personnelles.
Au niveau de l’ensemble des administrations qui ont cessé d’être de véritables
instruments au service du public, la tendance se précise de jour en jour d’un manque chronique de sens civique et de conscience professionnelle qui se traduit par une certaine anarchie, une
indiscipline caractérisée, une démission généralisé de l’autorité. Pire, tous les moyens sont bons pour créer des occasions de s’enrichir. Le moindre service est monnayé contre des pots de
vin.
On a l’impression que, lorsque nos compatriotes sont recrutés ou promus à leur poste
de responsabilité, toutes leurs ressources intellectuelles sont utilisées pour provoquer des occasions de détournements de derniers public.
Dans le choix des investissements à réaliser, les responsables ne se préoccupent
plus du critère de rentabilité : chacun cherche par tous les moyens à faire réaliser tel ou tel projet, pourvu qu’il encaisse sa commission sur le montant de l’investissement ; or c’est
l’Etat qui paie cette commission et le promoteur du projet ne perd rien.
Des avenants portant sur des travaux plus consistants que ceux prévus au
marche principal sont signés avec complaisance, des états fictifs sont confectionnés, des factures les plus fantaisistes sont établis, toujours avec la même intention de toucher des
pots de vin.
….. Quant à vous, Libanais, Syriens, Hindous, qui n’aimez que les affaires louches,
je vous invite a passer désormais par la grande porte qui est la porte de l’honneur, au lieu de continuer d’emprunter la petite porte, laquelle vous a permis, jusqu'à présent, d’organiser
l’exploitation et le pilage systématique de notre pays.
Enfin, s’agissant des entreprises ou des sociétés publiques, on a l’impression
que l’Etat n’investît que pour récolter des pertes. Aucun souci de rigueur dans la gestion. Le budget d’investissement et le budget général sont constamment sollicités pour combler les déficits
par des subventions.
Aucun effort n’est entrepris par les responsables pour redresser ces situations.
Finalement, les gens ont tendance à considérer qu’il est tout à fait normal de profiter de tout ce qui est initié par l’état.
La cupidité, la soif de satisfaire ses ambitions personnelles, au détriment de
l’intérêt des masses paysannes auront contribués à compromettre dangereusement notre essor économique, si des mesures énergiques et sans pitié, n’étaient prises pour mettre fin aux manœuvres des
saboteurs.
La démission généralisée de l’autorité, conséquence grave des interventions
intempestives et des pressions exercées par les détenteurs de la puissance publique, s’ajoutent aux diverses formes de malversations qui se sont brutalement révélées ces temps derniers, nous
oblige à une prise de conscience aiguë et à une vigilance sans faille, si nous ne voulons pas voir nos administrations se gangrener.
En tout cas, je ne peux accepter que par leurs comportements odieux et criminels,
une poignée d’individus ternissent l’image de pays sérieux, discipliné et travailleur que nous avons toujours présentée à l’extérieur, et entament par la même occasion le capital de confiance que
le Togo a acquis auprès des autres pays de la sous région et au niveau de notre continent.
…Militants Membres du conseil National,
Le Rassemblement du peuple Togolais, en vous conviant à ces journées de réflexions,
a voulu une fois de plus offrir à tous les participants, ministres, directeurs, cadres, militaires, entrepreneurs, commerçants, ouvriers, artisans, etc.… l’occasion de dire, de la façon la plus
objective et sans passion, les insuffisances de notre développement économiques et social.
…Militantes et militants,
Dans l’intérêt supérieur de la Nation, je compte sur vous, pour dénoncer part tous
les moyens, et dans tous les milieux, ces faux citoyens qui se servent de leur poste de responsabilité, de leur titre ou de leur uniforme comme passeport pour s’enrichir aux dépens des masses
paysannes.
Nous devons savoir qu’aucun sacrifice n’est trop grand pour un vrai militant,
lorsqu’il s’agit de contribuer au développement intégral de sa patrie !
Puissent les travaux de notre Conseil contribuer à consolider les bases de notre
mouvement !..."
Extrait d'un discours prononcé par Eyadema en 1978. Aujourd'hui, plus de trente ans plus tard, on a pas l'impression que les choses
aient vraiment évolué. Certes, d'aucuns me diront que l'exemple de l'ancien président togolais est mal choisi, car il n'aurait pas été un grand défenseur de la bonne gouvernance - ce qui est sans
doute vrai, eu égard à sa prodigalité mirifique-, il n'empêche que le discours, lui, est d'une actualité douloureuse.
Pour ma part, j'ai l'impression que les Togolais, enfin, ceux des milieux autorisés,
poussent le souvenir du vieux dans les placards. C'est tout de même curieux, il a disparu voici seulement six ans, mais évoquer son nom crée encore une sorte de malaise, que même ses
anciens collaborateurs réfusent à avoir.
Au dela de cette attitude qui me semble injuste, et qui inspire ce billet, c'est cette
tendance actuelle qui consiste à dire que la démocratie visite le Togo simplement depuis 2005. Il y a quelques jours, un ministre -je ne dirai pas son nom, non, non, il faut chercher un peu, vous
aussi- disait dans une interview que c'est grâce à la politique de Faure que les gens avaient aujourd'hui le droit de manifester. C'est à croire que c'est uniquement depuis cinq ans que les
Togolais ont le droit de sortir dans les rues.
C'est curieux, mais aussi loin que mes souvenirs me portent, c'est la rue qui a failli
emporter Eyadema en 1991. Et n'eut été les incohérences des leaders des partis de l'opposition, le vieux cédait.
Je me souviens encore de mes années d'étudiant, ou pour un oui ou pour un non, nous
sortions manifester. ( attention, je parle de 96-99) Ah! à cette époque, l'université de Lomé avait encore quelque esprit (n'oublions que c'est grâce à la contestation estudiantine que des hommes
comme Agbéyomé, Bodjona sont connus). Le campus n'était pas cet univers éthéré qu'il est aujourd'hui, où une sorte de clause -tacite?- interdit les manifestations des
étudiants.
Sous le fameux bras de fer du vieux, les syndicats existaient, ils ont ébranlé le régime
lors de la grève générale illimitée (qui était une erreur syndicale car le syndicat lutte pour les intérêts des travailleurs, et non pour des visées politiques), mais c'est aussi grâce aux
syndicats que des ministres comme Kokou tozoun se sont fait connaître. Aujourd'hui, vous connaissez le nom d'un syndicaliste, vous?
On ne le dit jamais assez, le Togo a été, déja depuis les années 90, l'un des pays où la
presse privée était la plus foisonnante, et, il faut le dire, n'en déplaise à certains, la plus libre. La dépénalisation du délit de presse est une réalisation d'Eyadema, et non de 2005. Par
contre, en 2009, une tentative de contrôle de cette presse a été évitée, de justesse.
C'est en 2007 que l'interdiction de manifestation en semaine a été décrétée. C'est un
retour en arrière, et ça, nous refusons peut être de l'admettre.
Par contre, attention, ne nous trompons pas sur le propos. Nous avons fait des avancées
importantes dans l'instauration de la démocratie depuis cinq ans, pour preuve, les deux élections organisées en 2007 et en 2010 qui n'ont pas connu le même cortège de victimes et d'atrocités.
L'astuce a été de ramener les militaires dans les casernes (aucun militaire au monde ne sait faire du maintien d'ordre) pour laisser aux forces de 1ère et 2nde catégorie le soin de faire leur
boulot (c'est pour ça qu'on les paie d'ailleurs). Mais faire comme si avant 2005, c'était la barbarie généralisée, est d'une part injuste - je suis toujours à la recherche d'un hagiographe
togolais d'Eyadema, c'est une part de notre patrimoine qui attend d'être revelée à la nation - et d'autre part assez inconséquent, puisqu'une bonne partie de ceux qui glosent le nouvel élan
étaient dans les petites notes de l'ancien régime.
Un jour, il faudrait que quelqu'un nous dise qui était Eyadema. Peut être que nous
autres, nouvelles générations qui en avons une image pas très glorieuse, risquons d'avoir quelques surprises.
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