Jeudi 3 mars 2011 4 03 /03 /Mars /2011 21:00

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J'ai intervenu à trois reprises sur la crise post-électorale ivoirienne, pour dire presque toujours la même chose: Gbagbo devrait quitter le pouvoir pour montrer que l'espoir du renouveau démocratique était encore possible en Afrique noire, surtout francophone. Les millions de jeunes d'Afrique, avides de modernité et de liberté, avaient besoin de cette garantie là: les valeurs universelles sont des valeurs africaines aussi. Et l'une des plus précieuses, au chapitre de la démocratie, à savoir le gouvernement de la majorité (par le respect du verdict des urnes) devrait être respectée en RCI pour que nous continuons à y croire.

Il faut penser que je me suis trompé, et Gbagbo est en passe de remporter une victoire qui se dessine à nos yeux, inexorablement. En réalité, si l'enjeu n'était pas des milliers de vies humaines, j'aurai pencher à admirer les stratégies des deux camps, la balance pour le moment étant du coté de Gbagbo. Je m'explique.

Ouattara ne peut venir au pouvoir et espérer maintenir la cohésion du pays que s'il parvient à éviter l'implication des rebelles  pendant le processus. Ouattara le sait. Voila pourquoi il a nommé Soro Premier ministre et ministre de la défense, beaucoup plus pour contenir les FAFN que les envoyer, par hordes, envahir le sud. Les récents affrontements à l'ouest en sont révélateurs. Après avoir occupé militairement Zouan Hounien et Bin-Hounien, anciennes positions des FDS, les ex-rebelles auraient poursuivi sur leur lancée, s'ils n'avaient pas été rapidement appelé à l'ordre pas les politiques. L'ennui, c'est que Gbagbo le sait aussi. Pire, il sait que le haro mondial qu'il subi en ce moment n'a de chance à basculer que s'il arrive à faire entrer les rebelles dans la guerre, créant une situation de guerre civile, où il faudra bien que l'ONU intervienne, pour faire cesser les hostilités. On ne parlera plus alors de vainqueur ou de vaincus des élections, mais plutôt de préservations de vies humaines. Un tel scénario pourrait être un remake de 2002, où l'Onu et la CEDEAO ouvriraient des négociations pour une cessation des hostilités. Et comme dans cette situation, chacun reste sur la position où la médiation est venue le trouver, Gbagbo restera Président, et pourra, à force de combines et de coups bas, revenir au devant de la scène, auréolé de sa résistance à l'impérialisme occidental et à la jalousie des Etats de la CEDEAO. Par contre, s'il ne réussit pas à faire entrer les rebelles dans le jeu assez rapidement, pour espérer un scénario à la Zimbabwéenne ou Kényane, il lorgne aussi je pense la méthode de Taylor: imposer par l'horreur son admission à la tête de son pays. Le massacre d'une dizaines de femmes lors d'une manifestation de pro-Ouattara procède de cette seconde école. Et cette école rapporte doublement. La terreur des FDS va sans doute refroidir les ardeurs des révolutionnaires oranges, qui jusqu'alors, pouvaient se permettre de manifester dans un Abobo en flamme. Si on a tiré sur des femmes, ce n'est pas sur des jeunes qu'on se gênerait.

Finalement, quel que soit le bout par lequel on le prend, Gbagbo sort vainqueur de cette confrontation avec la jeunesse engagée Africaine. Pour lui, sa meilleure carte (et celle qui le maintient en vie), et de contraindre, par la terreur, Ouattara à jeter l'éponge ou à accepter le partage de pouvoir. Il faut se demander si Mugabé ne le conseille par tous les soirs, car c'est exactement la tactique de ce dernier que Gbagbo utilise. Et si ça réussit pour Mugabé, cela peut réussir pour Gbagbo aussi. Sauf que Magabé n'a jamais eu une rébellion fortement armée occupant 60% du Zimbabwé.

D'où la seconde carte de Gbagbo: le chaos au mieux, et le martyr au pire. Causer le chaos d'une guerre civile à laquelle la communauté internationale pourrait tenter de trouver une solution par la négociation. Où alors le départ en martyr, suite à une invasion du sud par le nord. Il ferait alors le plus grand pied de nez à Ouattara, qui serait alors bien obligé de vêtir le manteau éculé de père de la rébellion.

Et Gbagbo, toujours aussi fin tacticien, même dans l'horreur absolu, a commencé à poser les pions. En coupant l'eau et l'électricité au nord, il oblige les rebelles a réagir. Il faudrait que Soro soit très convaincant, car le risque actuel est l'apparition d'actes de sédition dans les rangs FAFN. En 8 ans de séparation, Gbagbo n'a jamais sevré le nord, et ce faisant, il sait que des chefs de guerre risquent de ne plus obéir à Soro, qui continuera à appeler à la retenue. Un autre point pour le Woody.

En massacrant les femmes aujourd'hui, il explique clairement à l'opinion internationale jusqu'où il est près à aller si on conteste son pouvoir. Et cette communauté internationale, n'a de force que par des condamnations et des gels des avoirs qui n'ont presque aucun effet. L'ONU fait preuve d'une passivité affligeante, qui profite à Gbagbo. Il fait tirer impunément sur des forces onusiennes. Ses patriotes leur empêchent tout mouvement. Le peuple voit, et admire le courage du Koudou, le garçon, l'homme qui peut résister au monde entier. A coté, les troupes françaises  hier à Port Bouet ont fait montre d'une fermeté qui va faire réfléchir les Patriotes qui vont encore s'en prendre à eux. Encerclés par de jeunes excités de la cité, ils ont fait intervenir un peloton de gendarmerie équipé en MO (maintien de l'ordre) qui ont dispersé les jeunes avec du gaz lacrymogène, avant de briser l'encerclement en écrasant les véhicules utilisés pour les confiner. Pourquoi l'ONU ne peut-il pas faire preuve de la même fermeté?

Comme je l'ai dit précédemment, c'est l'Afrique noire, et par sa jeunesse (alors que du Maghreb nous parvient un tout autre champ d'espoir) qui perd ses illusions dans le développement du conflit ivoirien. Et les illusions de cette jeunesse africaine, c'est aussi en direction de leurs ainés. Le spectacle que donne l'union africaine est tellement pitoyable, que le désespoir parait un gouffre sans fin. Déjà, le mutisme de cette institution alors qu'on parle de 6000 morts en Libye est effroyable. Même la ligue arabe, si circoncepte de coutume, est sortie de son silence. Pour l'UA, silence radio. Pire, alors que tous les autres pays évacuent leur ressortissants par milliers, rien (ou très peu) n'est mis en place ni par les Etats membres (avec leur peu de moyens) ou par l'union Africaine elle-même, qui aurait pu moins organiser des camps d'accueil de long de la frontière tchadienne. Mais l'UA fait mieux dans la crise ivoirienne. Elle dit aux protagonistes:

- Désolé les gars, je ne peux rien pour vous, car si j'autorise une intervention militaires en RCI, demain, ça risque de se retourner contre 70% des présidents membres de notre organisation, qui sont tous majoritairement venus au pouvoir par la violence ou par la prédation du pouvoir.Alors, démerdez-vous. Je vais la mettre en sourdine pendant deux mois, et jusque là, j'espère que vous vous serez suffisemment trucidés que se détache un vainqueur.

C'est fou quand même comme nos dirigeants peuvent parfois être cyniques . En déclarant, à la fin du sommet d'Adis Abeba, que l'UA reconnait la victoire de Ouattara, tout le monde savait donc par avance envers qui les décisions contraignantes seront dirigées. Or, nos présidents savent que rien ne peut contraindre Gbagbo à quitter le pouvoir. Donc, on fait du dilatoire. On se donne un mois, ensuite un autre mois, pour ne pas perdre la face et donner le la du déclenchement de la guerre civile (car si cette médiation échoue, il n'y a plus d'autres recours), tout en espérant secrètement que cette période sera suffisante pour la chute de Gbagbo, ne serait-ce que sous l'effet conjugué de la crise économique aigüe, et de l'attaque des rebelles. Ainsi, l'honneur sera sauf.

Voila donc. Que Gbagbo quitte le pouvoir les pieds en avant, renversé par une invasion rebelle ou qu'il arrive à imposer l'idée d'un partage de pouvoir. Il nous aurait vaincu. Il aurait montré qu'en Afrique noire, la victoire électorale compte pour des prunes. Et qu'on peut s'imposer et massacrer tranquillement sa population, derrière les condamnations assourdies et les gels des avoirs de la communauté internationale.

Le septième de cavalerie est un mythe. Chez nous,  personne ne vient jamais si vous vous faites massacrer. Il faut compter sur vous même. Il faut croire que l'horreur du Rwanda n'a pas servi de leçon. Mon Dieu, on parle déjà de 6000 victimes en Libye, et ça va continuer. Ce que je peux regretter Kouchner aujourd'hui. Lui et son foutu devoir d'ingérence avait quelque chose de cohérent.

Dieu aide la Cote d'Ivoire.

Par Gerry - Publié dans : Coups de gueule
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